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Nouveau blog, nouvelle idée. Un blog qui résumera l'ensemble des personnages et des sites auxquels je me suis référé pour mon blog passion poésie. Sur se site je décrirais en détail si du moins j'ai toutes les informations sous la main, la vie, les œuvres des poètes et écrivains présentaient sur passionpoésie. D'abord je commencerais par les sources sans toutefois dévoiler la totalité des renseignements qui me sert à créer mes articles, eh ! Oui autrement mon blog n'aurait plus lieu d'être.

 

PassionPoésie

 
Lundi 9 avril 2007
Voilà pour moi un des très grands poète du dix neuf siècles, Victor HUGO, poète et homme engagé, il a été un géant. Que puis-je dire de plus que vous ne connaissez déjà, d'ailleurs sur le net on peut trouver une quantité de site qui parle de lui de façon admirable et qui mettent en valeurs sa vie d'écrivain, de poète, d'homme politique, d'amant et d'homme mariée et de père de famille. Hé oui c'est un "cavaleur de première" qui  a aimé les femmes
Armando

 

Maidon de Victor Hugo, Paris
Victor Hugo jeune,,
dessin d'Adèle Foucher,
la future Madame Hugo.

Victor Hugo est né à Besançon le 26 février 1802. Fils d'un général de Napoléon, il suivit d'abord son père dans le hasard des expéditions et des campagnes, en Italie, en Espagne, où il fut page du roi Joseph et élève au séminaire des nobles de Madrid. Vers l'âge de onze ans, il vint s'établir avec sa mère, séparée à cette époque du général, à Paris, dans le quartier, presque désert alors, du Val-de-Grâce. C'est là qu'il grandit dans une liberté d'esprit et de lectures absolue, sous les yeux d'une mère extrêmement indulgente et assez insoucieuse à l'endroit de l'éducation. Il s'éleva tout seul, lut beaucoup, au hasard, s'éprit, dès quinze ans, à la fois de vers et de mathématiques, se préparant à l'École polytechnique et concourant aux Jeux floraux.

 

Victor Hugo dans l’arène politique où le poète au service de l’humanité

lundi 14 novembre 2005.
 
Victor Hugo, vous connaissez ? Je n’en suis pas si sûr, c’est sans doute la raison pour laquelle les éditions Bayard viennent de faire paraître, sous la plume de Michel Winock, un ouvrage qui pousse une porte nouvelle.
Michel Winock : Victor Hugo (dans l’arène politique)
Michel Winock : Victor Hugo (dans l’arène politique
Depuis la disparition de celui qui marqua le XIXe siècle de son oeuvre titanesque, nous nous apercevons que le poète est aussi un "labyrinthe-océan".

Ce catholique, ce royaliste, du parti des ultras, après un périple de quatre vingt trois ans, meurt républicain !

Catholique, certes, mais certainement pas dévot, puisqu’il traîne les pieds pour se rendre à la messe, comme le lui demande de l’abbé de Lamennais. À 20 ans, on le nomme poète des ultras. Pourtant son père ce "héros au visage si doux", Général des armées napoléoniennes, devenu durant les 100 jours gouverneur de Thionville, refusa la capitulation et combattit jusqu’au 13 novembre 1815. Il représente aux yeux du jeune poète, le vaincu de l’histoire, le demi solde, consigné à Blois, en résidence surveillée. Surprenant ?

peut-être pas, car ce général fut aussi un père autoritaire qui voulut enfermer ses fils dans de ténébreux collèges, les privant ainsi de liberté, mais également de l’affection de Sophie, leur mère, née Trébuchet.

Le choix politique de Victor semble donc une prise d’opposition vis-à-vis de son père, en faveur de sa mère, fille de vendéens, donc fidèle à la royauté. Le modèle masculin de notre jeune poète et comme pour toute une génération se nomme René François de Chateaubriand, l’auteur du Génie du Christianisme, qui écrivit également de Buonaparte et des Bourbons. Adolescent, Victor Hugo n’aurait-il pas juré "Je veux être Chateaubriand ou rien !".

Les frères Hugo créent une revue littéraire Le conservateur littéraire. Victor tombe amoureux d’Adèle Foucher, jeune bourgeoise, insignifiante et sans dot, que les yeux de notre poète amoureux métamorphosent en une muse bénie des dieux. Après le décès brutal de sa mère, c’est le général Hugo qui finira par consentir à cette union. Pas de certificat de baptême, qu’à cela ne tienne, son père lui adresse une attestation et l’abbé Lamennais signera un billet de confession de complaisance. Ce mariage rapprochera le père et le fils qui recevra, quelques mois plus tard, une pension du roi, à la demande de la duchesse de Berry.

Chateaubriand, chassé du ministère des affaires étrangères, passe à l’opposition et son admirateur, sans l’ombre d’une hésitation, le suit. Le roi meurt et son successeur, Charles X, décore le poète de la Légion d’honneur.

Le premier événement remarquable, se produit avec la pièce Cromwell dont la préface définit le nouveau théâtre. Hugo réclame la liberté dans l’art que seul le drame peut incarner. Marion Delorme sera censurée, Alexandre Dumas a réussi à faire jouer sa pièce Henri III et sa cour.

La bataille entre les classiques et modernes, trouvera son apogée à la première d’Hernani en février 1830. Ce drame romantique bouscule toutes les règles et ouvre une ère nouvelle. Quelques mois plus tard, ce sera Les trois glorieuses. L’acte le plus fort, sans doute, sous la restauration sera la publication de son livre Le dernier jour d’un condamné.

La critique se déchaîne mais derrière ce personnage sans identité, c’est la peine de mort qui est mise sous les projecteurs. Ce plaidoyer doit atteindre son but et pour cela, il ne vise que l’abolition de cette acte injustifiable. Toute sa vie, le poète luttera contre ce crime inutile et barbare, car en tuant le condamné, on lui retire tout espoir, toute possibilité de rachat.

En 1845, il est nommé Pair de France. En 1846, il défend la Pologne qui subit la répression austro-russe, mais il n’est pas suivi. Après la révolution de 1848, il se voit offrir par Alphonse de Lamartine, le ministère de l’instruction publique. Hugo refuse. Pourtant le gouvernement provisoire obtient l’abolition de la peine de mort, que le poète qualifie de "fait sublime". Il propose une république universelle, et face au drapeau rouge, il préfère "la sainte communion de tous les Français".

"J’ai usé mon mandat depuis trois jours pour concilier les coeurs et arrêter l’effusion de sang... ". Puis, ce sera la loi Falloux, votée en 1850, qu’Hugo combattit de toutes ses forces. La droite perd du terrain, et imagine, pour restreindre le suffrage universel, que seules les personnes ayant résidées pendant trois ans dans le même canton, deviendront électeurs : "Dites-leur qu’ils sont insensés", s’écrit Alexandre Dumas.

Ainsi, la classe ouvrière, la plus livrée au nomadisme, sera amputée de plusieurs millions de voix. 1851 est l’année de la révision constitutionnelle qui permettrait au président en exercice de se représenter à l’issue de son mandat de quatre ans pour lequel il n’est, pour l’instant, pas rééligible.

Hugo est contre ce rétablissement pernicieux de l’Empire " Napoléon, après Charlemagne, et prendre dans vos petites mains ce sceptre de titans, cette épée de géants ! Pourquoi faire ? Quoi, après Auguste, Augustule ! Quoi ! Parce que nous avons eu Napoléon Le Grand, il faut que nous ayons Napoléon Le Petit !" . Jamais le Prince Président ne se remettra de ce trait de plume !

Puis, ce sera le coup d’état du deux décembre et l’exil pour Victor Hugo, dix neuf ans de résistance et de créations sublimes. Le retour en France et la montée vers la gloire éternelle.

Ce nouveau livre sur Victor Hugo, nous prouve que le poète est une source inépuisable et que son visage est une foule. Il est dans cet ouvrage, plus vivant que jamais. Il représente notre conscience à travers les siècles, il est, et demeure, la grande âme des peuples, à la proue de l’Histoire.

Octobre
Ils sont là, menaçant Paris. Ils le punissent.
De quoi ? d’être la France et d’être l’univers,
De briller au-dessus des gouffres entr’ouverts,
D’être un bras de géant tenant une poignée
De rayons, dont l’Europe est à jamais baignée ;
Ils punissent Paris d’être la liberté ;
Ils punissent Paris d’être cette cité
Où Danton gronde, où luit Molière, où rit Voltaire ;
Ils punissent Paris d’être âme de la terre,
D’être ce qui devient de plus en plus vivant,
Le grand flambeau profond que n’éteint aucun vent,
L’idée en feu perçant ce nuage, le nombre,
Le croissant du progrès clair au fond du ciel sombre ;
Ils punissent Paris de dénoncer l’erreur,
D’être l’avertisseur et d’être l’éclaireur,
De montrer sous leur gloire affreuse un cimetière,
D’abolir l’échafaud, le trône, la frontière,
La borne, le combat, l’obstacle, le fossé,
Et d’être l’avenir quand ils sont le passé. (Extraits, l’année terrible, 1872)

   
Samedi 7 avril 2007
Aujourd'hui je vais vous parler d'un auteur que j'ai découvert récemment, et dont j'ai dévoré et le mot n'est pas trop fort, un de ces livres : "L'anneau du pêcheur"donc il m'a semblé logique de vous en dire un peu plus sur l'auteur. Je vais pour ma part me mettre en que de trouver d'autres livres du lui car je peux vous dire qu'il écrit très bien et vous êtes vite pris par l'intrigue et par les personnages
Armando

Bien qu'il soit né à Chemillé-sur-Dême (Indre-et-loire), le 5 juillet 1925, Jean RASPAIL affirme volontiers, à l'occasion : «Ma famille est languedocienne. Département de l'Hérault » ( La Hache des Steppes.)

 De son enfance et de son adolescence, si l'on sait peu de choses - sinon qu'il est le fils de d'Octave Raspail, Président des grands moulins de Corbeil, Directeur général des mines de la Sarre et de Maguerite Chaix, qu'il fréquenta le collège Saint-Jean-de-Passy et l'Institution Sainte-Marie-de-Monceau, à Paris, qu'il fut l'élève de Marcel Jouhandeau et poursuivit ses études à l'École des Roches de Verneuil-sur-Avre - on peut du moins en reconstruire vaguement les contours, selon ce qu'en dit Jean Raspail au début de Pêcheurs de Lune : « [Au printemps 1949], je ne laissais derrière moi, à Paris, que le manuscrit d'un roman de quatre cents pages refusé par toutes les maison d'édition et qui portait un titre ridicule, et une jeune fille que je croyais aimer. [...] A mon retour en France, un an plus tard, j'avais tant idéalisé la jeune fille que, naturellement, je m'en séparai. Elle n'était plus un être de chair. Quant au manuscrit du roman, abandonné chez des amis, oublié, jusqu'à son titre, mais retrouvé par hasard quarante-quatre ans plus tard, je viens de le lire. Ah, ce n'était pas le missing ring que j'espérais ! Un vide autobiographique consternant. A présent, je comprends pourquoi j'avais tout plaqué et tourné le dos à moi-même. Je n'étais pas encore né et je crois que la jeune fille le savait...»

A quoi peut-on reconnaître un grand écrivain ?

A son style, assurément. 

Et puis à sa façon particulière d'aborder les êtres et les choses. Un grand écrivain les voit d'une façon à nulle autre pareille; et ce faisant, il nous les fait redécouvrir, à nous autres qui sommes ses lecteurs. Prenez Jean Giono. Personne avant lui n'avait vu les Alpes de Haute-Provence comme lui les a vues dans ses romans. Il en va des grands écrivains comme des grands peintres : ils modifient le regard que nous portons sur notre environnement.

Enfin, un grand écrivain se reconnaît aussi, sans doute, à sa capacité de créer son propre monde, avec sa géographie, sa cohérence, ses thèmes récurrents, ses leitmotiv, ses figures, ses saveurs, ses couleurs... Bref, le propre d'un grand écrivain est d'être son propre démiurge.

Après s'être essayé à l'écriture de manière infructueuse au sortir de l'adolescence, Jean Raspail a très vite eu l'intuition de ses manques - et de la nature même de ce qui lui manquait : un vécu et une perception qui lui soient propres. Il lui fallait, pour commencer, prendre la mesure de lui-même, se tester en quelque sorte, se frotter au monde pour en tirer la substantifique moelle d'un univers qui demanderait à être mis en forme ensuite, par l'écriture.

Il repose donc la plume et tourne la page. 

La France de l'après-guerre panse ses plaies et, avec la décolonisation, rétrécit singulièrement sa ligne d'horizon.  Le jeune Jean Raspail, lui, aspire au contraire à s'échapper vers le vaste horizon. Il met le cap par conséquent vers la terre mythique de toute une génération (via les westerns de John Ford), qui, au temps de l'enfance, oubliait avec délice l'école, des après-midi d'été entières, en jouant dans les herbes hautes et les bosquets aux Indiens et aux cowboys.

En garçon sage et bien élevé, Jean Raspail se garde toutefois de prendre comme modèle un quelconque aventurier par trop aventureux. Son "Saint-patron" sera le père jésuite Jacques Marquette qui, né à Laon, dans l'Aisne, en 1637, mort le 18 mai 1675, «au milieu des forests», non loin de l'actuelle ville de Luddington (Michigan), avait été à l'origine de la première exploration du Mississipi par les Français.

Mais ce qui attend Jean Raspail aux États-Unis, ce n'est pas le monde des westerns; c'est un village oublié à la Theodor Kröger; un village algonquin - porte qui s'entrouvre un bref instant, pour le jeune homme, sur un au-delà qui lui fait confusément pressentir qu'il vient de découvrir son vrai "chez lui" - là où il se sent bien, où il se sent en accord avec lui-même, avec le monde, avec quelque chose de mystérieux et d'insaisissable, mais de profondément envoûtant, qui appelle à être exploré.

Le pressentiment est néanmoins encore trop vague, trop imprécis pour inspirer le désir irrésistible d'en fixer la trace sur le papier. Jean Raspail rejoint ses amis et se remet en route. Il lui faut poursuivre le voyage. Aller plus loin. S'ouvrir davantage l'espace...

Ce sera alors bientôt le grand raid trans-américain, depuis la Terre de Feu jusqu'en Alaska. Et cette fois, l'aventure est telle, qu'elle exige un compte-rendu. Jean Raspail s'y attellera, méthodiquement, comme on fait un rapport d'arpentage. Presque tout ce qui deviendra par la suite la substance de son oeuvre romanesque s'y trouve... en puissance, naturellement. Les mondes perdus des Kaweskar de la Terre de Feu, des Incas, des Indiens d'Amérique du Nord, la Patagonie, les rencontres les plus inattendus dans les lieux le plus inattendus, la mélancolie d'une absence, les désillusions et parfois l'ironie du regard... à telle enseigne qu'en 2001, après plusieurs dizaine de romans, de récits de voyages et de recueils de nouvelles, Jean Raspail commencera son nouveau livre - Adiòs, Tierra del Fuego - par une évocation des lieux dont la description,  un demi-siècle auparavant, constituait pour ainsi dire l'ouverture de son tout premier récit - Terre de feu-Alaska.

Entre deux : tout un monde.

Car en un demi-siècle, Jean Raspail est parvenu, sans conteste, à construire un univers bien à lui, immédiatement reconnaissable pour n'importe quel oeil de lecteur un tant soit peu exercé, un univers dont la note de basse fondamentale est empreinte d'une immense mélancolie.

Né trop tard, désillusionné trop tôt - par une France offrant le spectacle de sa lamentable débandade de l'été 40 ( il faut relire à ce propos les pages hallucinantes,  si cruellement réalistes, de L'île bleue), Jean Raspail n'a cessé de livre en livre d'affirmer son style, tandis que se développait l'originalité de sa vision du monde et que s'organisaient les grands thèmes qui parcourent ses oeuvres. En cela, il a renoué avec la longue tradition des auteurs à la fois populaires et appréciés d'un cercle de fervents admirateurs qui, presque plus qu'ils ne lisent ses oeuvres, les vivent... Comme si, entre ses lecteurs et lui, Jean Raspail était parvenu, au nez et à la barbe d'une certaine critique, à faire passer le mot, à cristalliser un certain type d'imaginaire collectif en une communauté d'esprit et de cœur qui, pour l'occasion, aurait pris pour nom : Royaume de Patagonie.

Jean Raspail a donc beaucoup voyagé, de l'Amérique à l'Asie, en passant par les Caraïbes, les «Terres saintes et profanes» d'Israël, de Jordanie et du Liban, le Japon...  Tout cela, avant de retourner (ou de se retourner) vers son propre pays et d'y découvrir, là encore, une absence terrible...

Politiquement incorrect, Jean Raspail l'est depuis toujours, au sens fort du terme, et l'est même devenu de plus en plus à mesure qu'il avançait en âge,  ne cessant de mettre à mal les idées reçues et convenues, principalement depuis la parution de son célèbre Camp des Saints.  Mais c'est peut-être qu'à la faveur de ses nombreux voyages à travers le monde, Jean Raspail a pu se faire une idée très précise des ravages de cette uniformisation grise qui nivelle aussi bien les peuples que les mœurs, les spécificités culturelles, religieuses, morales de chacun, pour les ramener au plus petit dénominateur commun. Ce que Jean Raspail aime par-dessus tout, ce sont les différences et ce qui le différencie, lui, de cette espèce de consensus (pour reprendre un terme très en vogue) qui se fait passer volontiers pour une nouvelle morale universelle, c'est son refus de prôner toute forme "d'intégration" au profit d'une affirmation forte et fière de ces différences. Encore faut-il avoir la fierté de ses propres différences, non pas en avoir honte... Une fierté qui, chez Jean Raspail, s'exprime avant tout par la mémoire vécue et par une certaine attitude qui, tout en se moquant d'elle-même avec humour et légèreté, est seule en mesure de donner une belle colonne vertébrale à l'homme occidentale moderne. En d'autres termes, s'il faut aux peuples disparaître fatalement un jour ou l'autre, alors mieux vaut pour eux disparaître, comme les Kaweskars de Terre de feu, seuls, sans compromis avec l'Autre, qu'à la façon de cette petite tribu sédentaire du bas Pérou, dont Jean Raspail nous narre l'histoire exemplaire dans La Hache des steppes :

«Mes Guanaquis, donc, vivaient dans un village de branchage et de chaume, mais sans refuser d'admettre l'existence d'un univers différent du leur, s'accommodant aimablement d'une cohabitation sans osmose qui faisait leur force et leur originalité. [...] Je me souviens parfaitement que dans leur merveilleux outillage, figuraient de nombreuses haches de pierre assez semblable à ma hache de basalte. Ils s'en servaient pour toute sorte d'emplois, avec une dextérité stupéfiante qui révélait une longue technique transmise de père en fils, en même temps que les haches. [...] Vingt ans plus tard, m'a raconté le comte de Umbolt, ethnologue allemand, le village était presque désert. Trois familles y croupissaient dans une misère de bidonville et cependant, alentour, rien n'avait changé. [...] J'avais demandé au comte de Umbolt : "Et les haches de pierre?" Il me répondit qu'il n'en avait vu aucune mais que les hommes semblaient bien maladroits avec leurs hachettes de fer rouillé, si on en jugeait par l'état pitoyable de leurs cabanes. Je suppose qu'un triste jour, par je ne sais quelle aberration, ils s'étaient laissé tenter au passage du bazar ambulant. Dès lors, ils avaient perdu le contact qui leur avait fait traverser les siècles. Le peuple guanaqui n'existe plus. Il n'y a plus que des individus.» 

Et tout est dit !

Est-ce que réellemnt tout est dit ? Ne devons-nous pas toujours chercher plus loin, puisque d'après certain la Vérité est ailleurs ! Mais où est-elle, où devons-nous la chercher ? Beaucoup en parle mais combien sommes-nous à la détenir, à l'avoir approcher un tant soit peu, réfléchissons ensemble à ça.

«On ne renonce pas à la fidélité. [...] La fidélité n'est peut-être pas une fin en soi et on perd beaucoup de monde en chemin par refus de transiger, mais pourquoi transigerait-on quand on tient la vérité? Dans notre cas...» 

Jean Raspail

Vendredi 6 avril 2007


Le Dragon de Poussière

mercredi 1er novembre 2006.
 
Victor Varjac a entrepris une œuvre immense autant qu’énigmatique : décrypter le sens de la vie et analyser un destin qui nous échappe. Cette partie de l’œuvre considérable de Varjac est un grand poème mettant en scène un triple tryptique. L’Homme Imaginaire comprend trois parties ; Le Dragon de Poussière comporte trois chapitres La Rouille des Jours (en cours d’écriture) comptera trois sections.
Victor Varjac : Le dragon de poussière
Victor Varjac : Le dragon de poussière
Edition Melis, illustrations de René LACROIX
Si trois fois trois égalent neuf - chiffre ésotérique par excellence - ces neuf côtés, ces neuf miroirs, ces neuf portes ont pour mission de cerner sinon de piéger l’histoire individuelle, renouvelable et donc éternelle de l’homme.

Le titre "Le Dragon de Poussière" est une antinomie et recèle tous les germes de la contradiction, le dragon immortel serait la forme et l’amalgame de la poussière, par essence légère et périssable. Le mot dragon est dérivé de verbe grec « darkomai » qui signifie « regarder avec intensité » (n’est-ce pas l’œil du poète ? )

L’enveloppement de ce regard de feu a le pouvoir de tuer et de protéger. Sa forme mystérieuse et hybride, corps de reptile, serre d’oiseau de proie, ailes de chauve-souris le relie à la terre, au feu et à l’air. Il garde les trésors d’un monde souterrain, vénéré dans l’Antiquité et l’Orient, le nom de chrétien avec St Michel et St Georges ont pour but d’exterminer sa force primitive.

"La vie est trop brève pour ne pas oser l’impossible" dit le poète. Pour le dragon dont le corps est composé de milliards de molécules changeantes la vie ne sera ni brève et l’impossible sera constant. En effet la complexité de ce dragon est d’être constitué par ces milliards de poussières. Chaque grain est un destin fugace et permanent parce que renouvelable. Chacune de ces poussières connaît l’angoisse de la contingence humaine. "Le petit espace que je remplis et même que je vois, abîmé dans l’infinie immensité des espaces que j’ignore et qui m’ignorent, je m’effraye et m’étonne de me voir ici plutôt qu’ailleurs, car il n’y a point de raison, pourquoi ici plutôt que là, pourquoi à présent et plutôt que Lors" (Pascal). Cette vie d’incertitude et d’interrogation commence par un cri de lumière, un hymne à la joie (première partie du tryptique) :

"Au premier souffle
de ma vie
l’âme de ton visage
était en moi..."

Ce rayonnement éclatant d’espérance va s’assombrir :

"Lorsque l’existence _ éventra tous mes rêves _ je sentis l’arbre _ de ma vie _ doucement se craqueler. _ J’avais perdu le jour
qui ne m’appartient pas
et je dus affronter
le dragon de poussière
pour ensevelir la ténèbre
et le cri de la malchance."

L’homme doit affronter un univers de rupture, de trahison, de douleurs au point de désirer un retour à un état antérieur :

"Poussière pour poussière je convoite la cendre et par la métamorphose admirable du feu je glisserai mon âme entre les doigts crispés du rythme sans visage."

Après l’éblouissant amour qui conduit aux portes de la lumière, malgré l’obsession du temps, s’ouvre la seconde partie du recueil « Visage de sable ». Cette partie débute par une longue supplication « à ce dieu improbable » en qui le poète ne croit pas mais qu’il implore pour que sa mère recouvre la santé. Voici le portrait d’une femme indomptable, meurtrie par la vie, blessée mais invaincue. Cette femme, cette mère malade, Varjac la confie donc à Dieu :

"même si tu n’es qu’un nom
un conte une légende
offre lui la parole
qui permet de poursuivre"

L’analogie entre la poussière et le sable s’impose, arrive l’innombrable cortège des visages animés. C’est le recensement de l’amitié, l’outre-tombe de maîtres admirés.

"Trop de morts sont cachés
dans l’écho de nos voix."

Un penseur surgi du passé, tel Tolstoï, sert de méditation sur l’innocence de l’homme et le renoncement. Des ombres passent et agrandissent le cercle des amis vivants ou disparus, enfin vers une aube incandescente, ainsi Suzanne l’épouse de H.C Buret, de même que ces milliers d’anonymes dont les corps se désagrègent, sont évoqués, convoqués à l’ordre du poète. Enfin un ultime appel s’adresse à l’homme, à une certaine catégorie d’hommes, aux égoïstes, aux bourreaux du bonheur avides d’Avoir oubliant l’Etre, ces

"Judas misérables
sans corde et sans remords"

Le tome II, malgré l’éloge des plus pures amours résonne avec la voix intransigeante du commandeur. Le tome III « l’Eternel Inachevé » tente de relever l’homme de sa chute :

"Ne marchons pas cachés
derrière nos visages
affrontons le Destin
condamnés que nous sommes
par la chair et le sang."

C’est « l’allegro vivace » du rondo final qui libère la marche vers l’impossible et dégage l’illusion, l’instable aller vers la vie, aller vers la vie au-delà de toute apparence, tel est le programme à réaliser, tandis que l’humanité encense le Veau d’Or, le poète prévient, hurle, combat l’utopie, cherche les mirages, invite à la recherche de ce Graal que chacun possède au fond de soi.

Le verbe inlassable est l’astre combattant de cette écriture. La prédominance du vocabulaire affectif n’exclut pas les mots concrets, réalistes, qui savent s’allier à des termes mystiques. Les images puissantes sont enfantées par les émotions et expriment une vision en accord avec un état d’âme ; les mouvements de la phrase coulent simplement d’une source sans cesse réalimentée, mais sont parfois interrompus dans leurs courses par des halètements, des invocations, des interrogations.

Ce dragon de poussière est la résultante, des milliards de morts et d’amours. C’est une méditation lyrique sur la condition humaine. Le désespoir sur ces vies meurtries et incomplètes se mêle à la joie et à l’ énergie qu’elles ont engendrées.

Le poète face à cet état vit dans l’impossibilité de résoudre les contradictions, conscient à la fois de la précarité des corps et de la richesse de l’esprit. Ce livre est le témoignage d’une âme élevée qui souhaite ardemment l’accès à l’Infini et se sent prédestinée à jouer un rôle salvateur :

"Moi le poète le saltimbanque le clown minuscule je marcherai sur votre âme les bras chargés de vos crimes pour que dans le ciel demeure un peu de cette lumière qui recompose le monde"

Jeudi 5 avril 2007
Bonjour à toutes et à tous, j'espère que vous pourrez cette fois ci lire plus facilement l'article posté sur une grande poétesse russe, je vous remercie de l'effort que vous faite en continuant à me suivre chaque jours. Toutefois puis-je vous suggerer une petite astuce, si cela ne vous dérange pas, de mettre le texte en surbrillance afin d'avoir un meilleur confort visuel. J'ai conscience d'abuser de votre gentillesse et je vous en remercie par avance. Je vous laisse en compagnie de Marina et de sa prose en vous souhaitant une bonne lecture
Amicalement
 
Les Editions du Rocher nous proposent aujourd’hui Souvenirs de Marina Tsvétaïéva. Dans cet ouvrage la poétesse nous livre un carnet de croquis où les mots se métamorphosent en visages et en scènes inédites.
Marina Tsvétaïéva : Souvenirs - Anatolia
Marina Tsvétaïéva : Souvenirs - Anatolia
Editions du Rocher, EAN : 9782268057194, 22 €
Presque toute l’oeuvre de cette artiste, à part sa correspondance et ses cahiers, est poétique. Dans ce recueil, il s’agit de toute autre chose. Nous sommes en présence de textes en prose écrits au moment de l’émigration, qui nous parlent d’écrivains, d’artistes que Marina connaît ou a bien connus et qui sont demeurés en Russie.

Notre poétesse tente de retrouver ses racines amicales et artistiques par la magie du souvenir et le sang de l’écriture. Car l’exil ressemble à un coup de sabre qui tranche et rompt les amarres de ce quotidien, qui donnait de l’assise à la vie.

Dans la fuite, il y a aussi le spectre de la solitude, vent qui glace le silence et durcit l’isolement. C’est sans doute les raisons pour lesquelles Marina Tsvétaïéva comprit que cette séparation avec « sa Russie », mais également avec tous ses amis, était définitive et sans appel. Alors une sorte de panique l’envahit et pour conjurer le sort mais aussi pour ne pas sombrer dans la mélancolie, notre poétesse s’accroche au passé où sa jeunesse demeure intacte. Là, elle retrouve les lieux, les dates et même les voix, de toutes celles et de tous ceux qu’elle a dû quitter. Elle remonte le temps, sans doute, pour simplement tenter de survivre au naufrage de l’exil.

Sa plume devient le « Sésame » qui ouvre toutes les portes. Même loin de sa patrie, elle défend ses amis. Elle a toujours eu ce réflexe généreux et sans calcul. Les souvenirs sont toujours des moments revisités, c’est-à-dire idéalisés par la mémoire et immortalisés par la magie du verbe.

Mais comment éviter, avec l’espace-temps de cette passion toujours prête à jaillir du volcan du coeur, oui, comment éviter cette réécriture du passé : "la subjectivité est un péché qui donne du charme à ses écrits et les transforme en poésie" disait Vladislav Khodassevitch. Mais au fond, qu’importe la soi-disant « vérité ». N’existe-t-il pas autant de « vérités », c’est-à-dire d’interprétations que de témoins ? Laissons l’artiste s’exprimer comme elle l’entend, car elle n’a jamais eu le prétention de faire oeuvre de mémorialiste et il s’agit bien ici de ses souvenirs, donc d’un passé que le présent met en lumière et que l’artiste grave dans le marbre des jours.

Marina est et demeure Marina avec tout ce que cela comporte d’excès, mais aussi de réserves. Laissons nous prendre par la main, laissons-nous entraîner par cette prose alerte, émouvante et drôle. C’est à un face-à-face avec la vie, celle dont elle a rêvée, que nous convie Marina Tsvétaïéva. Ouvrons nos bras sans aucune arrière-pensée, acceptons de rencontrer Mandelstam, Vélochine, Brioussov, Balmont et tant d’autres.

Cet ouvrage nous permet d’entrer de plain-pied dans le jardin secret d’une des plus grandes poétesses du XXe siècle. Je ne peux, par conséquent, que recommander cette promenade au pays de la mémoire car elle ouvre une fenêtre qui donne directement sur le coeur vif et brûlant de Marina Tsvétaïéva ! Il s’agit bien, mes amis, d’un livre rare et c’est pourquoi, je vous invite chaleureusement à l’acquérir... Ce maître livre sera l’un des fleurons de votre bibliothèque et le fidèle compagnon de vos heures de lecture.

"Des nuages très bas, très bas, un soleil pâle ;
Potagers, cimetière - caché par un mur blanc ;
Tombés de leurs potences, des mannequins de paille
Sont allongées dessous, sur le sable, en rang.

Et je vois par-dessus les pieux de la barrière
Des soldats débraillés, des arbres, des chemins.
Saupoudrant de gros sel son pain noir, une vieille
Sur le pas de sa porte mâche et mâche sans fin.

Pourquoi te déchaîner sur ces pauvres chaumières,
Seigneur ! Et transpercer toutes ces poitrines, pourquoi ?
Sifflet de train, cris de soldats, flots de poussière,
Poussière sur la voie qui recule, s’en va...

Etre mort ! Mieux, n’être pas né, ne pas entendre
Ces braiments de bagnards, ses goualantes, ces pleurs
Sur leurs belles amies - noirs sourcils, yeux si tendres...
Ces soldats, comme ils chantent ! Ô mon Dieu, ô Seigneur !

" Alexandrov, le 3 juin 1916 : "ma mère mourut à l’âge que j’ai actuellement. Sauf ce qui concerne les désirs des autres, je la reconnais en moi en toute chose dans les mouvements de l’âme et des mains. Moi aussi je veux que ma fille soit poète et non artiste (ma mère voulait que je sois musicienne et non poète), moi aussi j’exige tout des miens et rien des autres, moi aussi... Si j’étais un livre, toutes les lignes coïncideraient. Je ne peux pas ne pas conclure par le dernier poème (tragique !) de mon cahier d’enfant. Un dessin : moi à mon bureau. Visage : une lune, main à la plume (d’oie) : plume, non, aile tout entière ! Menton atteignant tout juste le bord du bureau d’où dépassent, par contre, des jambes de cigogne prolongées par des chaussures à languettes, en chevreau (soyons réalistes !)".

Sous le dessin, la légende : Marina Tsvétaïéva compose.

"C’est la fin de mes chers poèmes
Je ne les recommencerai plus
Ne me les rappellerai plus
je les aime »

Vous n’avez jamais fait de mauvais vers ?
Si, bien sûr, mais tous mes mauvais vers datent d’avant
que j’aille à l’école.
Les mauvais vers, c’est comme la rougeole. Il vaut mieux _ s’en débarrasser dès l’enfance.
Cahiers vierges ! Une ode au cahier vierge ! Feuille
blanche, sans rien encore, avec - déjà - tout !

"

"Les Allemands ont le mot « scheu », souvent accompagné de l’épithète « heilige » (quelque chose comme la crainte révérencielle), cette intraduisible. Eh bien, cette « scheu » sacrée, je l’éprouve jusqu’à ce jour devant la page blanche. Malgré les dizaines de kilos de papiers noircis ? Oui. À chaque nouveau cahier, ça recommence. Qu’un cahier soit là, les vers suivront. Chaque cahier vierge est un reproche vivant, bien plus : une injonction. (« Moi, « j’existe », et toi ? »). Vous voulez de grandes œuvres ? Donnez de grands cahiers.

-  Ce n’est pas possible, personne n’a jamais eu la curiosité de savoir quelle était la forme de votre tête ? La tête, chez un poète, c’est le principal ! Et maintenant, parlons.

Et nous parlons - ce que j’écris, comment j’écris, ce que j’aime, comment j’aime - abandon complet à l’autre, examen, exploration, je ne quitte pas des yeux le visage et l’âme de l’autre - et quels yeux : blancs à force d’être pâles, aigus à faire mal (c’est ainsi que les larmes vous viennent quand vous regardez une lumière intense, mais ici, c’est la lumière qui vous regarde), ce ne sont pas des yeux mais des vrilles, des yeux réellement clairvoyants. Parce qu’ils ne sont pas grands, ils sont davantage « voyants » - et vus. Extérieurement : deux gouttes d’eau de mer ; dedans, deux brûlures : les pupilles ; derrière, du feu - non, pas du feu, des éclaboussures comme celles qui restent sur les mains quand, dans le jardin de Volochine, la nuit, on court en criant : « Venez vite ! Venez vite ! La mer brille ! » Ce ne sont pas deux gouttes d’eau de mer, mais deux étincelles de vivant phosphore marin, deux gouttes d’eau vivante.

Surveillée par ces yeux-là, la sauvageonne que je suis alors s’ensauvage encore plus : je ne me tais pas, je ne tais rien : - je dis le plus intime, j’en dis trop : je parle de Napoléon que j’aime depuis l’enfance, du Napoléon II (l’Aiglon de Rostand), de Sarah Bernhardt pour qui je me suis enfuie à Paris l’an dernier, que je n’y ai pas trouvée, et pourtant, là-bas, je n’ai vu qu’elle : de ce Paris-là - avec des N majuscule partout - des N sur les frontons des bâtiments -« son » Paris, « mon » Paris. Lèvres souriantes mais regard perçant, il écoute ; de loin en loin, lorsque je reprends mon souffle, il glisse un mot : Et Baudelaire, vous ne l’avez jamais aimé ? et Arthur Rimbaud, vous connaissez ?

je connais, je n’ai pas aimé, je n’aimerai jamais, je n’aime que Rostand et Napoléon Ier et Napoléon II - quel malheur que je ne sois pas un homme et que je n’aie pas vécu à la bonne époque pour aller à Sainte-Hélène avec le premier et à Schönbrunn avec le Deux !"

Dimanche 1 avril 2007
Comment peut-on concevoir un nouveau livre sur Henri Michaux après la biographie de Jean Pierre Martin ?
Robert Bréchon : Henri Michaux
Robert Bréchon : Henri Michaux
Edition Aden, Collection le cercle des poètes disparus, EAN:9782848400761, 25 €
Robert Bréchon n’a pas écrit à proprement parler un autre livre, mais il a relevé le défi que lui lança, il y a environ un demi-siècle, Henri Michaux, lui même : montrer son oeuvre sans parler de sa vie ! De toute manière, ’je ne savais rien de lui’... Je devais tout tirer de ses textes... ’, alors, pour réaliser ce véritable exploit, Robert Bréchon ne possédait que trois repères sous la forme de trois dates : 1/ 1945 : la découverte de l’oeuvre. 2/ 1956 : la rencontre de l’artiste. 3/ 1959 : la publication du livre.

L’aventure commença vers la fin de la seconde guerre mondiale avec l’achat de « Panorama de la jeune poésie française » de René Bartelé, publié à Marseille en 1943. Un poème toucha tout particulièrement Robert Bréchon qui avoua, que 60 ans plus tard, ce poème « emportez-moi » le touche toujours autant.

Puis, ce fut la découverte en 1946, dans la collection « Poète d’aujourd’hui » chez Seghers, de Michaux. Il y eut, plus tard, Raymond Bellour qui donna un « Henri Michaux ou une mesure de l’être » paru chez Gallimard, mais aussi, les introductions des oeuvres complètes en trois volumes à la bibliothèque de la pléiade, toujours chez Gallimard.

Tout semblait dit... Il n’y avait plus, peut-être, qu’à souligner ou suivre la route déjà balisée... Mais relever un défi, est avant tout faire acte de création. Pour atteindre son but. Robert Bréchon eut recours à l’écriture. Une écriture qui, ne cherche pas l’effet, une écriture, qui connaît le chemin de l’âme toute simple, toute pure. Avec cet ouvrage, Robert Bréchon réalise une synthèse entre l’homme et son œuvre, tout en respectant l’un et l’autre, ce qui représente un véritable tour de force.

Seul Michaux, artiste peintre, demeure quelques pas en arrière, laissant à l’écrivain le rôle principal, car l’oeuvre picturale connaît une audience universelle encore à venir pour la prose et la poésie.

Michaux est-il un poète à part entière, un poète véritable ? N’est-il pas plutôt un pionnier du monde visible, mais également et surtout du monde invisible ? Mais, me direz-vous, devenir comme dans le Nouveau Monde, l’aventurier des grandes plaines, n’est-ce pas justement incarner « le poète » dans ce qu’il a de plus authentique et de plus sacré ?

Michaux a suivi la piste des hallucinogènes pour atteindre et pénétrer dans des univers fantastiques. De ces expériences mystérieuses, le poète nous a laissé une écriture qui sent la foudre et où les éclairs de la vie claquent à l’intérieur de chaque mot, comme autant de paroles inconnues qui nous traversent, nous bousculent, transfigurant le pas minuscule de notre quotidien. N’est-ce pas ainsi que l’artiste se métamorphose en mythe ?

Hors de tous les courants, de toutes les modes éphémères, Michaux, a refusé tous les honneurs, les décorations, car il considérait que ’l’écriture ne suit pas, elle précède’. Il ne faisait que poursuivre une direction qui depuis sa naissance, ’lui fait choisir sa voie singulière’. Le poète se défiait de tout ce qui pouvait limiter, clore, enfermer, sa marche dans le doux ronron hypnotique de la ’ routine’.

Michaux savait maintenir « cet état d’éveil » qui s’exprimait par une présence active. ’Nous dormons notre vie, nous passons à côté d’elle, nous sommes des somnambules, l’ambition du poète c’est de parvenir à ce niveau supérieur d’éveil qui est à l’éveil ordinaire ce que celui-ci est au sommeil’

’j’écris pour me parcourir...’. L’écriture semble bien à la recherche du poète. De cette chasse naît, derrière chaque mot vaincu, un nouveau personnage ! Aussi le poète incarne-t-il ce ’fameux point d’interrogation en marche’. ’À la mesure, au limité, on aboutit plus, quoi qu’on fasse alors, on est dans les ondes sans fin du démesuré. D’une façon, c’est un peu un retour...’

’L’homme est un enfant qui a mis une vie à se restreindre, à se limiter, à se voir limiter, à s’accepter limité. Adulte, il y est parvenu, presque parvenu. L’infini, à tout homme, quoi qu’il veuille ou fasse, l’Infini ça lui dit quelque chose, quelque chose de fondamental. Ça lui rappelle quelque chose. Il en vient.’, nous confie le poète dans le dernier volume de la saga mescalienne, « les Grandes Epreuves de l’Esprit ».

Robert Bréchon nous montre dans ce livre indispensable à une approche plus profonde peut-être de « cet artiste univers » entre prose et poésie, tout ce qui exclut l’enfermement, cette limitation plus ou moins consciente de soi-même. Michaux n’a cessé, par le biais de ses phrases mouvantes, tendues comme une coulée de lave, d’exprimer les malaises de ce Mystère qui nous entoure.

Cette quête multiple, jamais achevée, prouverait la présence d’un mouvement que l’homme doit saisir pour atteindre le seuil où se tient « le vivant ». Tout est en devenir, tout est donc à découvrir, au-delà de ce temps aussi insaisissable que ce monde à trois dimensions.

Le livre de Robert Bréchon s’achève par « quelques renseignements sur quatre vingt années d’existence, sorte de guide qui permet au lecteur de comprendre le cheminement de « cet artiste cosmique » que nous sommes encore loin de cerner.

Il faudra, sans doute, plusieurs générations, avant que nous appréhendions l’oeuvre dans son ensemble. L’ouvrage de Robert Bréchon ouvre une brèche, admirable et terrible, offrant à notre regard stupéfait l’étendue de notre éternité, non aux confins des galaxies, mais bien à notre porte, dans la fuite innocente du contenu de notre sablier.

"... Il y a une solidarité des créatures
Contre les abus de pouvoir du créateur
Si j’étais Dieu, j’aurais pitié du cœur des hommes,
Et des bêtes"

(mesure de l’homme -Henri Michaux)

"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?
Que mes secondes sont lourdes ! Jamais je ne les aurais crues si lourdes. Instants éléphantiasiques.
Loin de tout, rien en vue et pourtant comme des bruits à travers un filtre.
J’entends des paroles ininterrompues, comme si sans cesse, on répétait : Labrador, Labrador, Labrador, Labrador,
Labrador, Labrador. Une poche me brasse. Pas de fond. Pas de porte, et moi comme un long boa égaré... Oh espace, espace abstrait (...) (...)
Fatigué de monter, vais-je descendre ? Mais je ne suis plus fatigué. Je ne sais plus rien de ce qui est de la fatigue. Je ne la connais plus.
Je suis grand. Je suis tout ce qu’il y a de plus grand. Le seul peut être tout à fait grand. Où sont les êtres ?..."

... ...

"Grand, j’aimerais aller vers plus grand encore, vers l’absolument grand. Je m’offre s’il existe. J’offre mon néant suspendu, ma soif jamais encore étanchée, ma soif jamais encore satisfaite. Tout convient : le lieu est vaste. Plus vaste. Plus de fermeture. Pas de témoins. Fais signe si tu existes, viens, me prenant comme insecte dans une couverture. Viens tout de suite. Ceux d’en bas tirent sur moi, cerf-volant dans le vent, cerf-volant qui ne peut résister, qui ne peut couper sa corde..."

 

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