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Gentle13

 

Nouveau blog, nouvelle idée. Un blog qui résumera l'ensemble des personnages et des sites auxquels je me suis référé pour mon blog passion poésie. Sur se site je décrirais en détail si du moins j'ai toutes les informations sous la main, la vie, les œuvres des poètes et écrivains présentaient sur passionpoésie. D'abord je commencerais par les sources sans toutefois dévoiler la totalité des renseignements qui me sert à créer mes articles, eh ! Oui autrement mon blog n'aurait plus lieu d'être.

 

PassionPoésie

 
Vendredi 18 avril 2008

Aimé Césaire est né en Martinique en 1913. Il obtient en 1931 une bourse qui lui permet de suivre des études supérieures à Paris. En 1934, il fonde la revue l'Etudiant noir avec Senghor, Damas, Sainville et Maugée, puis entre à l'Ecole Normale Supérieure. En 1936 il commence à écrire et en 1939 retourne en Martinique où il enseigne au lycée de Fort de France. En 1941, il fonde la revue Tropiques. A partir de 1945, date de son élection à la mairie de Fort de France puis à la députation, il mène une double carrière : homme politique et écrivain.

http://www.radiofrance.fr/parvis/cesaire.htm


Le peuple martiniquais rend hommage à Aimé Césaire

2008-04-18 07:53:29
FORT-DE-FRANCE (AFP)

© AFP

Hommage à Aimé Césaire le 17 avril 2008 lors d'une cérémonie à Fort-de-France

Hommage à Aimé Césaire le 17 avril 2008 lors d'une cérémonie à Fort-de-France

Un premier hommage populaire à la mémoire du poète Aimé Césaire décédé jeudi à 94 ans à Fort-de-France, et dont le combat contre le colonialisme avait trouvé des échos jusqu'en Afrique et aux Etats-Unis, doit avoir lieu vendredi dans les rues de Fort-de-France, en attendant ses obsèques nationales que la France organisera dimanche.

La presse quotidienne rend un hommage unanime à Aimé Césaire dont les obsèques nationales sont approuvées par tous les éditorialistes, qui soulignent souvent la "double vie" du poète et de l'homme politique.

Le président Nicolas Sarkozy, qui a salué en Aimé Césaire un "symbole d'espoir pour les peuples opprimés", a fait savoir qu'il se rendrait aux obsèques du militant anti-colonialiste.

Et l'idée de transférer le corps du poète et homme politique au Panthéon, le temple parisien que "la patrie reconnaissante" voue "à ses grands hommes", était avancée par la ministre de la Culture Christine Albanel, comme par l'ancienne candidate socialiste à la présidence Ségolène Royal, qui fera également le voyage en Martinique.

En attendant, c'est le peuple martiniquais qui accompagnera et veillera vendredi et samedi "Papa Césaire", le surnom de celui qui fut maire de Fort-de-France (1945-2001), et député (1945-1993) pendant une durée inégalée au Palais Bourbon. Un cortège emmenant la dépouille d'Aimé Césaire circulera dans les rues de Fort-de-France vendredi jusqu'au stade de Dillon, où le corps sera veillé par la population jusqu'à sa mise en terre dimanche.

© AFP
Aimé Césaire, le 26 janvier 2007 à Fort-de-France
Aimé Césaire, le 26 janvier 2007 à Fort-de-France

Figure emblématique des Antilles françaises, et objet d'un véritable culte en Martinique, Aimé Césaire avait été admis le 9 avril au CHU de Fort-de-France, où il est décédé jeudi à 05h20 heure locale (11H20 à Paris). Né en 1913 à Basse-Pointe, sur la côte nord de la Martinique dans une famille de petits fonctionnaires, Aimé Césaire avait été confronté très jeune à la misère de la population rurale d'une île profondément marquée par deux siècles d'esclavage, qui avait alors le statut de colonie.

Etudiant à Paris dans les années 1930, il avait forgé avec le Sénégalais Léopold Sédar Senghor et le Guyanais Léon-Gontran Damas, le concept de la "Négritude", la conscience de l'identité noire, la "fierté d'être nègre" et de revendiquer ses origines africaines.

La "négritude" avait rapidement débordé le cadre des seuls intellectuels français pour se répandre dans les pays colonisés, en Afrique, dans les Caraïbes, et au delà chez les militants noirs américains en lutte pour les droits civiques. Son message avait dès lors pris un caractère universel, notamment après la publication de son "Discours sur le colonialisme" (1950), cri de révolte contre l'Occident, juché sur "le plus haut tas de cadavres de l'humanité".

© AFP
Hommage d'une Martiniquaise à Aimé Césaire le 17 avril 2008 à For-de-France
Hommage d'une Martiniquaise à Aimé Césaire le 17 avril 2008 à For-de-France

De tous les combats contre le colonialisme et le racisme pendant 70 ans, l'auteur du "Cahier d'un retour au pays natal" a consacré sa vie à la littérature et à la politique. Il avait notamment été en 1946 le rapporteur de la loi sur la départementalisation des territoires de Martinique, Guyane, Guadeloupe et de La Réunion. Il avait fondé le Parti Progressiste Martiniquais (PPM) en 1958, après sa rupture avec le PCF.

A l'annonce de son décès, les chaînes de télévision locales ont interrompu leurs programmes pour diffuser de la musique classique ou afficher une photo du poète.

Ségolène Royal (PS) a demandé l'entrée au Panthéon de cet "éclaireur de notre temps". Jacques Chirac a salué "un homme de lumière", et le secrétaire général de la Francophonie, le Sénégalais Abdou Diouf, a exprimé la "très grande émotion" de toute la "famille francophone".

Cette unanimité des réactions au décès d'Aimé Césaire tranche avec l'âpreté des combats menés par le poète-militant tout au long de sa vie. Ainsi Aimé Césaire avait-il d'abord refusé de rencontrer M. Sarkozy lors d'un voyage prévu par ce dernier, puis annulé, aux Antilles en 2005, en signe de protestation contre la loi de février 2005 dont un article reconnaissait "le rôle positif de la présence française outre mer". Le poète avait finalement reçu en mars 2006 celui qui était alors ministre de l'Intérieur, lui offrant son "Discours sur le colonialisme".

La presse quotidienne rend un hommage unanime vendredi à Aimé Césaire.

Didier Pourquery, dans Libération, estime que "la grandeur de Césaire fut de prendre à bras-le-corps (les) problèmes issus du colonialisme et de les régler au jour le jour, sans relâche". "Poète et député, maire et visionnaire, Aimé Césaire fut l'homme de la culture en action", conclut-il.

Dans La Croix, Dominique Quinio célèbre "l'engagé et le rêveur, le magicien du verbe et le laboureur d'idées (qui) fut homme de mots et homme d'action". "Il est bon que la postérité n'oublie aucun de ses visages", écrit-il.

Xavier Panon (La Montagne) approuve les obsèques nationales en l'honneur de cette personnalité et de "son apport exceptionnel dans la littérature et dans la conscience nationale".

"Entre ici, Aimé Césaire!", écrit Didier Pobel dans Le Dauphiné Libéré en reprenant la fameuse exclamation d'André Malraux lors du transfert des cendres du résistant Jean Moulin au Panthéon. C'est pour Didier Pobel la place où doit reposer celui qui "fut une conscience" et qui est "devenu une légende".

Une idée qui n'est cependant pas reprise par Olivier Picard des Dernières Nouvelles d'Alsace: "La proposition est belle mais l'intéressé n'en demandait pas tant". "Il doit vivre, et pas disparaître sous des gerbes de fleurs."

Toujours à propos des obsèques nationales du "poète vénéré de tous", Jules Clauwaert souligne dans Nord-Eclair que "la France s'y retrouvera, métissée comme elle l'est sur les stades".

Dans La Nouvelle République du Centre-Ouest, Hervé Cannet entend retenir "sa voix dérangeante et revendicative, ce +besoin de rugir+ qui portait jusqu'au plus profond de l'Afrique et de l'Amérique".

Ce qui fait écrire à Jacques Gantié (Le Midi Libre) qu'"un demi-siècle après son Discours sur le colonialisme, la révolte d'Aimé Césaire ... brûle encore".

L'Union, sous la plume d'Hervé Chabaud, écrit enfin que Césaire est "un messager de l'universel" qui a été "accompagné par cette foule qui, de la Martinique à l'Afrique jusqu'en métropole, avait compris qu'il appartenait déjà à l'histoire".


par gentle13 publié dans : anthologie
Mercredi 5 mars 2008
Une nouveauté que je découvre en même temps que vous "Léonard Rosa" peintre et poète d’exception
rosa

Né à Turin en 1929, Leonardo Rosa s’intéresse à la poésie et à la peinture depuis l’enfance. Il est à l’origine de la première revue de poésie parue dans l’Italie de l’après-guerre « momenti » qu’il a créée alors qu’il était âgé seulement de 18 ans.



Apparition du silence


Leonardo Rosa

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Propos du livre  

Apparition du silence nous donne une méditation sur les frontières des mots et leur place dans le monde contemporain. Il est constitué de trois textes, Charivari, La peau des mots, Apparition du silence, tous trois liés aux séjours du peintre dans les Cyclades, qui forment le recueil d’un poète inattendu et retrouvé.
Dès avant 1997, date à laquelle il donne à nouveau un texte à la publication, avec Les Chariots du ciel (éd de l’Amourier), Leonardo Rosa forge le projet d’une exploration comme méthodique de son rapport retrouvé à la langue, aux mots, à la poésie. Apparition du silence constitue le résultat de cette exploration… Le bref et saisissant texte de Charivari présente au lecteur l’image d’un poète “ traqué par les bruits, cerveau en bouillie ” ; autour de lui se dressent deux monuments poétiques Apparition du silence et La peau des mots. La peau des mots naît au moment où le mot apparaît “ comme un être vivant ” : toute violence qui lui est faite, nous est faite ; dépouillée de son sens, anéantie, violentée, mise à mort, la langue risque de devenir arme pour nous agresser et nous soumettre. Si Leonardo Rosa assigne à la poésie la fonction de dire les risques que courent les mots, et nos souffrances comme leurs souffrances, c’est en elle aussi qu’il va chercher un espace apaisé, celui dans lequel on s’installe au moment de Apparition du silence, hors des fracas et de la vulgarité, dans un partage à lèvres mi closes…
Le projet poétique de Leonardo Rosa dit ainsi la souffrance des mots et des hommes, pour laisser se lever, paradoxale, une parole du silence : leur possible réconfort.
La traduction française est due à Bernard Noël.


Extrait

 

La traduction française est due à Bernard

1.-
quand il ne reste
imperceptible
que le murmure de la nature
j’ai besoin de me taire
je m’écoute
enveloppé dans le silence
2.-
mugissement de la mer
battement des vagues
contre les flancs de l’île
la respiration du silence
3.-
le silence a des odeurs de vert et de mer
ce parfum me pénètre
4.-
dans le silence je me sens transparent
et tu peux passer à travers moi
5.-
peut-on regarder le silence ?



 Un second extrait :

si les mots ont un corps

qui nourrit le corps des mots ?

mots fatigués

mots dénudés

mots désossés

*

si les mots sont le corps de la pensée

en quelle matière sont les pensées ?

mots disséqués

mots tant usés

mots exténués

mots en suspens comme dentelles d’air

17

 

par gentle13 publié dans : anthologie
Lundi 3 mars 2008
Bonjour à vous toutes et tous, une petite nouvelle que je viens de découvrir et, qui je pense mérite votre attention, à vous de vous faire votre propre opinion. Je vous rappelle que j'ai mis en place sur ce site là un forum de discussion si vous êtes intérressé on peut discuter des choix des livres et des poèmes. En fait de la poésie et de la littérature en générale.
Mes amitiés
Gentle13



Sylvie Fabre G.




L'auteur

Sylvie Fabre G. née à Grenoble en 1951. Professeur de lettres.
Ses premiers textes paraissent dans la revue Sorcières, véritable aventure littéraire et féministe, à laquelle elle participe jusqu’en 1982.
Une rencontre décisive a lieu avec les Editions Unes et Jean-Pierre Sintive qui accueille ses premiers textes. Elle a depuis publié une dizaine de recueils et aussi écrit pour les éditions du Félin une prose sur l’esprit des lieux en Isère, sorte de géographie intime, rêverie autour du paysage et des êtres. Elle a collaboré depuis 1977 à une trentaine de revues et d’anthologies en France, en Belgique, en Espagne, en Grèce et au Québec. Elle aime travailler avec des artistes et a réalisé de nombreux livres avec peintres et photographes. Après une première bourse obtenue en 1997, le CNL vient de lui accorder une nouvelle bourse de création

Le Génie des rencontres
Sylvie Fabre G.

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Il y a des soirs propices à la rencontre, des soirs si doux, tissés dans la lumière qui s’effrange sur la montagne. Le ciel, ces soirs-là, laisse tomber sa fine étoffe. Elle s’enroule sur elle-même pour découvrir les portes d’un Désert. Celui-ci a un nom enraciné dans le végétal, le minéral et l’humain. Le monde l’oublie, mais le monde en Chartreuse est ailleurs.
Un homme y vit, au pied des grandes falaises où s’échouent les nuages, dans la traverse des âges et des vents. Il a choisi de dissoudre le mouvement immuable du temps et de changer la consistance de l’espace en faisant de leur route sans halte une éternité gravée de signes.
La première parole que j’entendis sur son étrange projet m’arriva portée par l’indéchiffrable douceur d’un de ces soirs, en mars. Nous étions trois avec lui dans son atelier. Deux femmes, et un enfant ouvrant des yeux qui s’étoilaient aux traits et boucles de l’inconnu. L’homme parlait de la mémoire des langues. De cette ligne d’écriture qui coupe les terres et les siècles, tous les signes et leur musique, pour arriver jusqu’à nous. Il racontait comment, d’instinct, sa main avait parfaitement maîtrisé la calligraphie. Son enfance s’était passée à recopier les lettres des divers alphabets, et il avait ainsi acquis la puissance créatrice de chaque langue, pénétrant son essence par le geste. Il s’était exercé avec patience à ressembler au scribe plus profond que le ciel et la terre dont parle Champollion.

Quelque chose, quelqu’un
Sylvie Fabre G.
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Tu vois à la fenêtre les colombes, leur vol lent, mouvement aussi léger que celui de ton ongle sur la vitre givrée. Janvier bat son pouls glacé aux carreaux.

Tu as les doigts gourds des petits matins. Tes mains sont chargées de mots ramassés le long des chemins la nuit. Mots égarés de l’insomnie. Quelqu’un s’est couché dans ton sommeil. Sa misère agrandit la tienne. Deux corps étendus l’un sur l’autre, noir sur noir.

Ils ont dérivé sur la banquise. Le ciel a viré. Maintenant les flocons gardent une limpidité vide. Un volcan couve derrière le givre, l’hiver fond à ta fenêtre. Le bruit des sanglots ressemble à celui de ton ongle, il déchire la vitre.

Quelqu’un pleure, tu ne sais pas si c’est toi.

par gentle13 publié dans : anthologie
Samedi 1 mars 2008

Bonjour, je n'aurais pas l'outrecuidance de vous présenter aujourd'hui Henri Michaux que, bien entendu beaucoup connaissent autant comme écrivain que peintre. Je ne le connais que par ces écrits enfin un seul "la vie dans les plis" un petit livre tout à fait superbe et dont j'ai pris un immense plaisir à lire.
Amicalement
Gentle13

http://www.maulpoix.net/Plume.html

http://www.michauxanimalier.com/

 


Henri Michaux ou l’intérieur du miroir

dimanche 25 décembre 2005.
 
Comment peut-on concevoir un nouveau livre sur Henri Michaux après la biographie de Jean Pierre Martin ?
Robert Bréchon : Henri Michaux
Robert Bréchon : Henri Michaux
Edition Aden, Collection le cercle des poètes disparus,
Robert Bréchon n’a pas écrit à proprement parler un autre livre, mais il a relevé le défi que lui lança, il y a environ un demi-siècle, Henri Michaux, lui même : montrer son oeuvre sans parler de sa vie ! De toute manière, ’je ne savais rien de lui’... Je devais tout tirer de ses textes... ’, alors, pour réaliser ce véritable exploit, Robert Bréchon ne possédait que trois repères sous la forme de trois dates : 1/ 1945 : la découverte de l’oeuvre. 2/ 1956 : la rencontre de l’artiste. 3/ 1959 : la publication du livre.

L’aventure commença vers la fin de la seconde guerre mondiale avec l’achat de « Panorama de la jeune poésie française » de René Bartelé, publié à Marseille en 1943. Un poème toucha tout particulièrement Robert Bréchon qui avoua, que 60 ans plus tard, ce poème « emportez-moi » le touche toujours autant.

Puis, ce fut la découverte en 1946, dans la collection « Poète d’aujourd’hui » chez Seghers, de Michaux. Il y eut, plus tard, Raymond Bellour qui donna un « Henri Michaux ou une mesure de l’être » paru chez Gallimard, mais aussi, les introductions des oeuvres complètes en trois volumes à la bibliothèque de la pléiade, toujours chez Gallimard.

Tout semblait dit... Il n’y avait plus, peut-être, qu’à souligner ou suivre la route déjà balisée... Mais relever un défi, est avant tout faire acte de création. Pour atteindre son but. Robert Bréchon eut recours à l’écriture. Une écriture qui, ne cherche pas l’effet, une écriture, qui connaît le chemin de l’âme toute simple, toute pure. Avec cet ouvrage, Robert Bréchon réalise une synthèse entre l’homme et son œuvre, tout en respectant l’un et l’autre, ce qui représente un véritable tour de force.

Seul Michaux, artiste peintre, demeure quelques pas en arrière, laissant à l’écrivain le rôle principal, car l’oeuvre picturale connaît une audience universelle encore à venir pour la prose et la poésie.

Michaux est-il un poète à part entière, un poète véritable ? N’est-il pas plutôt un pionnier du monde visible, mais également et surtout du monde invisible ? Mais, me direz-vous, devenir comme dans le Nouveau Monde, l’aventurier des grandes plaines, n’est-ce pas justement incarner « le poète » dans ce qu’il a de plus authentique et de plus sacré ?

Michaux a suivi la piste des hallucinogènes pour atteindre et pénétrer dans des univers fantastiques. De ces expériences mystérieuses, le poète nous a laissé une écriture qui sent la foudre et où les éclairs de la vie claquent à l’intérieur de chaque mot, comme autant de paroles inconnues qui nous traversent, nous bousculent, transfigurant le pas minuscule de notre quotidien. N’est-ce pas ainsi que l’artiste se métamorphose en mythe ?

Hors de tous les courants, de toutes les modes éphémères, Michaux, a refusé tous les honneurs, les décorations, car il considérait que ’l’écriture ne suit pas, elle précède’. Il ne faisait que poursuivre une direction qui depuis sa naissance, ’lui fait choisir sa voie singulière’. Le poète se défiait de tout ce qui pouvait limiter, clore, enfermer, sa marche dans le doux ronron hypnotique de la ’ routine’.

Michaux savait maintenir « cet état d’éveil » qui s’exprimait par une présence active. ’Nous dormons notre vie, nous passons à côté d’elle, nous sommes des somnambules, l’ambition du poète c’est de parvenir à ce niveau supérieur d’éveil qui est à l’éveil ordinaire ce que celui-ci est au sommeil’

’j’écris pour me parcourir...’. L’écriture semble bien à la recherche du poète. De cette chasse naît, derrière chaque mot vaincu, un nouveau personnage ! Aussi le poète incarne-t-il ce ’fameux point d’interrogation en marche’. ’À la mesure, au limité, on aboutit plus, quoi qu’on fasse alors, on est dans les ondes sans fin du démesuré. D’une façon, c’est un peu un retour...’

’L’homme est un enfant qui a mis une vie à se restreindre, à se limiter, à se voir limiter, à s’accepter limité. Adulte, il y est parvenu, presque parvenu. L’infini, à tout homme, quoi qu’il veuille ou fasse, l’Infini ça lui dit quelque chose, quelque chose de fondamental. Ça lui rappelle quelque chose. Il en vient.’, nous confie le poète dans le dernier volume de la saga mescalienne, « les Grandes Epreuves de l’Esprit ».

Robert Bréchon nous montre dans ce livre indispensable à une approche plus profonde peut-être de « cet artiste univers » entre prose et poésie, tout ce qui exclut l’enfermement, cette limitation plus ou moins consciente de soi-même. Michaux n’a cessé, par le biais de ses phrases mouvantes, tendues comme une coulée de lave, d’exprimer les malaises de ce Mystère qui nous entoure.

Cette quête multiple, jamais achevée, prouverait la présence d’un mouvement que l’homme doit saisir pour atteindre le seuil où se tient « le vivant ». Tout est en devenir, tout est donc à découvrir, au-delà de ce temps aussi insaisissable que ce monde à trois dimensions.

Le livre de Robert Bréchon s’achève par « quelques renseignements sur quatre vingt années d’existence, sorte de guide qui permet au lecteur de comprendre le cheminement de « cet artiste cosmique » que nous sommes encore loin de cerner.

Il faudra, sans doute, plusieurs générations, avant que nous appréhendions l’oeuvre dans son ensemble. L’ouvrage de Robert Bréchon ouvre une brèche, admirable et terrible, offrant à notre regard stupéfait l’étendue de notre éternité, non aux confins des galaxies, mais bien à notre porte, dans la fuite innocente du contenu de notre sablier.

"... Il y a une solidarité des créatures
Contre les abus de pouvoir du créateur
Si j’étais Dieu, j’aurais pitié du cœur des hommes,
Et des bêtes"

(mesure de l’homme -Henri Michaux)

"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?
Que mes secondes sont lourdes ! Jamais je ne les aurais crues si lourdes. Instants éléphantiasiques.
Loin de tout, rien en vue et pourtant comme des bruits à travers un filtre.
J’entends des paroles ininterrompues, comme si sans cesse, on répétait : Labrador, Labrador, Labrador, Labrador,
Labrador, Labrador. Une poche me brasse. Pas de fond. Pas de porte, et moi comme un long boa égaré... Oh espace, espace abstrait (...) (...)
Fatigué de monter, vais-je descendre ? Mais je ne suis plus fatigué. Je ne sais plus rien de ce qui est de la fatigue. Je ne la connais plus.
Je suis grand. Je suis tout ce qu’il y a de plus grand. Le seul peut être tout à fait grand. Où sont les êtres ?..."

... ...

"Grand, j’aimerais aller vers plus grand encore, vers l’absolument grand. Je m’offre s’il existe. J’offre mon néant suspendu, ma soif jamais encore étanchée, ma soif jamais encore satisfaite. Tout convient : le lieu est vaste. Plus vaste. Plus de fermeture. Pas de témoins. Fais signe si tu existes, viens, me prenant comme insecte dans une couverture. Viens tout de suite. Ceux d’en bas tirent sur moi, cerf-volant dans le vent, cerf-volant qui ne peut résister, qui ne peut couper sa corde..."

par gentle13 publié dans : anthologie
Vendredi 29 février 2008
Volià un poète, qui je pense ne vous laissera pas indifférent, quant à moi il m'a interpellé mais jusqu'à présent sans raison vraiment précise j'hésitais à le mettre en ligne. Aujourd'hui en relisant le texte et les vers cités en contre bas je me suis finalement décidé à le publier. J'espère que mon choix sera judicieux.
Amicalement
Gentle13



Guy Jean : un poète à la proue de la vie

lundi 19 février 2007.
 
Je vais vous parler aujourd’hui d’un poète tout à fait étonnant que j’ai rencontré lors du dernier festival du livre de Nice. Il se nomme Guy Jean. Il a vu le jour de l’autre côté des mers sur les bords de la baie des chaleurs, en Acadie.
Guy Jean : Du sang sur les Astilbes
Guy Jean : Du sang sur les Astilbes
Ecrits des Hautes Terres Collection « Cimes, EAN : 9782922404388
Ce sont des paysages merveilleux qui virent la naissance de ses premiers poèmes et lorsque j’ai découvert les recueils de cet artiste, ce fut pour moi, un véritable évènement.

En effet, cette poésie possède à la fois le trait, la fulgurance, mais ce qui est très rare de nos jours, cette part de sensibilité qui plonge chaque mot dans la gorge du coeur.

Ce peintre du langage trace au couteau la marche du sang qui troue la toile de notre quotidien et bouscule notre pauvre mémoire. Guy Jean nous parle aussi de la cruauté du monde où il n’existe aucun bouclier capable de protéger l’homme du mauvais sort. Le poète s’intéresse également au temps, cet espace éphémère et terrible, où le jour disparaît sans cesse entre les aiguilles de l’heure et les doigts crochus de la nuit... Et puis il évoque cette indifférence où les hommes se croisent, se bousculent sans jamais se voir. Ce décor aveugle et cruel marque au fer rouge notre poète. Le dialogue, se traduit c’est avant tout par la rencontre entre deux êtres, deux mondes, deux solitudes, avant que la mort ne vienne frapper à la porte du soir et Guy Jean l’exprime magistralement dans la rivière de ses poèmes.

Mais n’oublions pas l’amour, l’amour omniprésent ; qu’il porte le masque de la révolte, de l’indignation, ou même qu’il incarne cette quête de la réconciliation avec les origines de cette humanité entre le Serpent de la Connaissance et l’Innocence sous le Pommier ! Mais lorsque Guy Jean nous propose « Sur le fil tendu des amours », nous entrons dans l’océan du désir où chaque vague est une promesse qu’une autre bouscule avant que la troisième ne vienne occuper un instant toute la scène. Ainsi passent les jours sous la meule du quotidien. Mais entre oubli et regret, nos rêves n’ont pas épuisé toutes les graines. La beauté ouvre la cascade toujours neuve du plaisir. Des odeurs, où prend racine la danse des corps, invente des étoiles au ciel des jeunes filles mêmes si les blessures serrent de refuge ou de fuite à nos étreintes déçues.

Attention, le poète met en garde celui qui possède la lucidité, celle qui écarte la lumière et dont le regard ne perçoit jamais les bras tendus des secrets ni l’aveu sur les lèvres de la chair. Comme tout artiste véritable, Guy Jean nous convie à partager une expérience insolite. En effet, à l’occasion d’une nouvelle connaissance que fit notre poète avec un bédéiste de renommée internationale, Edmond Baudoin, il fut décidé la création d’un ouvrage à quatre mains : « les blanches feuilles où dansent nos âmes ». Ce livre traduit l’inspiration mêlée de ces deux artistes. J’avoue que le résultat est étonnant car la maîtrise dont ces deux créateurs ont fait preuve, nous pousse dans les bras d’une aventure unique entre le lecteur, le poète et l’illustrateur. Un « journal d’atelier » conclut l’oeuvre et sert de guide à celui qui découvre la quête merveilleuse entre le Verbe et le trait, le mot et l’image.

Je voulais avant de vous quitter attirer votre attention sur un autre recueil « Et l’eau répondit... ». L’eau, cet or bleu du XXIe ne pouvait laisser indifférent un poète, et encore moins celui qui passe ses jours dans la musique des rivières.

Guy Jean multiplie les expériences, car un artiste ne peut que poursuivre sa voix sur les chemins inconnus où la Terra Incognita garde jalousement les trésors de secrets ancestraux toujours à découvrir. L’artiste est un conquérant, un explorateur, un pionnier qui, au péril de sa vie, doit repousser sans cesse, les limites de son art. Guy Jean appartient à cette race de poètes jamais rassasiés, qui remettent toujours au lendemain la halte que la plupart ne cesse de réclamer. Mais le verbe n’attend pas et l’artiste se doit de le servir, sans aucune réserve. N’est-ce pas là, justement, que réside la grandeur et la majesté de ce poète d’exception.

" Le jour disparaît au bout du sillage
à la dérive
A la faveur de la nuit
les étoiles raconteront
la profondeur du temps

Les liens noués à s’en briser le cœur
la longue vibration des peines et joies
les trésors qui nous glissent des mains éclatent en mille larmes
les montages, les ruelles, leurs odeurs
la soif, les deuils, les objets de famille
les corps qu’on a servis dans l’amour et la maladie
La mémoire coule au fond de la mer
je me retourne face au vent
la mort se lève au large... "

(Extrait de"Terres frontalières du quotidien"

"Ton absence m’écrase
je deviens pierre
je ferme les yeux
te ramène tout autour de moi
tisse à neuf le cordon ombilical
mère mienne, toute mienne.

Sarcophage de pierres précieuses
j’y couche ton corps
ne s’arrachera jamais plus du mien.

Qu’a-t-on besoin du père
en marche vers l’ailleurs ?

Ma mémoire décompose ton visage
je ne puis retenir l’odeur du lait
sur ton sein.
Ton absence m’écrase
je deviens pierre."

Extrait de "Les blanches feuilles où dansent nos âmes"

" Si la rivière était à sec ?

La rive ridée
comme chagrin en deuil.

Un trou
une échelle de bâtons ficelés
à dix mètres les coups de pelle
poursuivent un mince filet d’eau
chaque jour plus loin de la lumière
chaque jour plus faible
chaque jour la soif
plus creuse que le puits.

Les pieds dans la boue sèche
perdue la route vers l’autre monde."

par gentle13 publié dans : anthologie
 

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