Comment ne pas se laisser envoûter par pareille prose, pour ma part je ne peux rester insensible face à une lecture aussi superbe. Encore une invitation, un appel irresistible à la passion du verbe, les mots s'enchaînent avec une grâce incomparable et comme par magie vous entraîne dans son sillage. Peu à peu on oublie qui on est tellement on souhaiterait être celui à qui ces vers sont dédiés. Laissez vous bercer par cette sensualité qui déborde de ces quelques vers qui emplit notre âme d'une exquise sensation d'amour.
Armando
De l'aube au crépuscule de l'amour
ou la métamorphose de la lumière
Les éditions Editinter viennent de faire paraître une œuvre d'une rare intensité où les sentiments sont mis à nus, telle une feuille embrasée de soleil.
L'amour et l'urgence liés par la valse des jours dessine un étrange ballet sous nos yeux saisis par l'étonnement.
Il existe bien peu d'êtres capables de hisser aussi haut la bannière du cœur. Brigitte Egger-Béarn s'est mise tout entière dans cette poésie comme la perle dans la chair de l'huitre.
L'union de deux êtres exceptionnels donne peu à peu naissance à une pierre aussi rare que précieuse née d'une étincelle ou d'un grain de poussière. L'amour avec un A majuscule est avant tout alchimie.
Lorsque Pierre Béarn, chantre des hommes et sans aucun doute, le plus grand fabuliste du XX ème siècle, rencontra Brigitte, peut-être ignorait-il qu'il entrait dans la cathédrale de l'amour.
Brigitte nous convie à partager son histoire de femme passionnée, amoureuse d'un être exceptionnel. Sensible et généreuse, elle donnera tout, sans réserve aucune et sans fausse pudeur à l'homme, au poète, à l'artiste qui incarne son idéal. La vérité dans l'amour est le gage immortel de l'authenticité. Ce recueil ressemble à la fois à une confidence et une épopée.
Ces deux aspects ne sont ici pas incompatibles, mais complices.
Un vers souple, libre et musical traduit avec une sensibilité presque transparente, l'émotion qui vibre encore dans les veines de son auteur.
Le visage de cette intimité possède mille et une facettes. Sur le clavier des jours, quatre mains nous interprètent la vie dans ce qu'elle possède de plus précieux, de plus admirable. La magie de ces instants est d'autant plus extraordinaire que la mort rôde…comme une sauvageonne qui cherche à mordre, à chaque instant, ce bonheur si rare, forgé sur l'enclume même de la vie.
Tour à tour, découverte, hymne à la chair, cri d'angoisse, fusion du geste et de la parole, danse de l'âme au bord de la chute, ce recueil de Brigitte Egger-Béarn se métamorphose en un symbole, celui de la ténèbre où s'épuise la mort.
Un livre de chevet indispensable en ces temps où les sentiments ont disparu, chassés par la meute redoutable de la haute finance et de la rentabilité !
"Quelle hantise de la mort
impose à la fleur de jouir,
d'épanouir son bouton d'or
en défi à l'infamie
qui nous condamne à périr ?
A quel paradis prétendre
hors les bras de mon amant ?
Nos exploits se divinisent
en astres incandescents
Quels délires pourraient ravir
mes plus infimes secrets
que les nôtres ici-bas ?
Ma méduse est médusée
par nos chevauchées intimes,
nos galaxies en folie
Au ciel d'éternels regrets
quelles autres étoiles filantes
pourraient satisfaire mon attente
de promesses nébuleuses,
alors que ton corps me hante
de folles visions savoureuses
car lui SEUL peut me sauver ?
Ta chair est ma religion
ton goupillon est son centre,
et sa galaxie mon ventre
où tu oses mille choses
sacrées par leur déraison
en affamé de mon fruit
Et toujours je voudrais boire
à la source de ton puits
pour que nos souffles mêlés
puissent un jour triompher
de l'instant où la nature
subit le viol de rupture
tel un arbre qu'on abat"
Il est des auteurs que j'apprécie d'autres moins, lui, fait partie de ces écrivains qui m'incite à lire et à méditer sur la littérature, je veux parler de Jean Marie Gustave LE CLEZIO. Un auteur à succès qui sait très bien écrire et qui à le talent pour vous faire passer des nuits blanches tellement ses romans sont intéressant à lire. J'ai pour ma part lu certains de ces livres et j'en suis positivement enchanté tel : "Etoile errante", "Onitsha"et "desert" qui sont mes favoris. Mais tous les goûts étant dans la nature chacun se fera sa propre opinion en les lisant. Pour vous aider et vous inciter à les lire j'ai mis en ligne des extraits des trois livres, je ne saurais vous décrire ,mieux que ce qui est fait, les livres donc je laisse les professionnels le faire.
Armando
Jean-Marie Gustave Le Clézio est né à Nice le 13 avril 1940, d'un père anglais et d'une mère bretonne, tous deux originaires de l'île Maurice. Est-il français, britannique, mauricien ? Il ne choisit pas, aime les frontières, se considère comme un exilé, mais la langue française est son véritable pays : « Pour moi qui suis un îlien, quelqu'un d'un bord de mer qui regarde passer les cargos, qui traîne les pieds sur les ports, comme un homme qui marche le long d'un boulevard et qui ne peut être ni d'un quartier ni d'une ville, mais de tous les quartiers et de toutes les villes, la langue française est mon seul pays, le seul lieu où j'habite. » Bilingue, il a l'idée au début de se faire publier en anglais. Toutefois, il commence à écrire en français, s'opposant ainsi à la colonisation de l'île Maurice par les Anglais.
Étoile errante

Éditions Gallimard, collections "Blanche" et "Folio".
Pendant l'été 1943, dans un petit village de l'arrière-pays niçois transformé en ghetto par les occupants italiens, Esther découvre ce que peut signifier être juif en temps de guerre : adolescente jusqu'alors sereine, elle va connaître la peur, l'humiliation, la fuite à travers les montagnes, la mort de son père. Une fois la guerre terminée, Esther décide avec sa mère de rejoindre le jeune État d'Israël. Au cours du voyage, sur un bateau surpeuplé, secoué par les tempêtes, harcelé par les autorités, elle découvrira la force de la prière et de la religion. Mais la Terre promise ne lui apportera pas la paix. C’est en arrivant qu'elle fait la rencontre, fugitive et brûlante comme un rêve, de Nejma, qui quitte son pays avec les colonnes de Palestiniens en direction des camps de réfugiés. Esther et Nejma, la Juive et la Palestinienne, ne se rencontreront plus. Elles n'auront échangé qu'un regard et leurs noms. Mais, dans leurs exils respectifs, elles ne cesseront plus de penser l'une à l'autre. Séparées par la guerre, elles crient ensemble contre la guerre. Comme dans Onitsha, avec lequel il forme un diptyque, on retrouve dans Étoile errante le récit d'un voyage vers la conscience de soi. Tant que le mal existera, tant que des enfants continueront d'être captifs de la guerre, tant que l'idée de la nécessité de la violence ne sera pas rejetée, Esther et Nejma resteront des étoiles errantes.
Le Clézio cherche les signes du malheur et ceux de la paix au coeur même de la vie avec le soleil et la terre, la naissance et la mort, l'énigme des origines et de l'avenir, la mémoire et l'oubli. Rencontre fugitive que rien ne peut effacer, deux interrogations sur le mal, sur la survie, sur la guerre ; alliance de l'eau et du soleil, de la brume et du rocher, de la terre et du vent. Le Clézio dépouille sa phrase jusqu'à l'extrême, jusqu'à la limite de la transparence. Non, il n’est pas trop simpliste ou trop naïf. Au contraire, il envoûte avec ces phrases lumineuses qui bouleversent par leur beauté. L'écriture, par sa force, n'agit qu'en pénétrant le lecteur en attente d'un rituel qui s'apparente à la magie et qui lui donne la visibilité. « Les phrases passaient, c’étaient les ondes qui avançaient comme la trace du vent sur l’eau. »
« Étoile errante, dans sa beauté, dans son rythme, dans ses échos, imprime la conviction qu'on se condamne à ne rien comprendre, ni de la souffrance du monde ni de sa splendeur, ni des ravages de l'histoire, ni des blessures de la mémoire, ni des cicatrices du temps, si l'on ne se tourne pas obstinément vers l'énigme des commencements, vers le mystère de la création, vers l'aube de toutes les renaissances. » Pierre Lepape, Le Monde.
« J’ouvre les yeux, la mer et la lumière me brûlent jusqu’au fond de mon corps, mais j’aime cela. Je respire, je suis libre. Déjà je suis portée par le vent, par les vagues. Le voyage a commencé. » Bon voyage.
Pascale Arguedas
Onitsha

Éditions Gallimard, collections "Blanche" et "Folio".
Fintan Allen a douze ans lorsque, le 14 mars 1948, il embarque pour l'Afrique avec sa mère, Maou. Geoffroy Allen, qui avait laissé en France sa femme et son fils, leur a enfin demandé de venir le rejoindre à Onitsha, petit port fluvial, où il travaille pour la United Africa. Fintan ne connaît ni son père ni l'Afrique. Maou, elle, rêve d'une Afrique idyllique où elle pourra vivre près de l'homme qu'elle aime, à l'abri des préjugés familiaux qui condamnaient en lui le rêveur sans le sou, et anglais de surcroît. C'est une Afrique bien différente qu'elle va découvrir, dévorante, insaisissable. Et un conformisme plus oppressant encore : celui du milieu colonial, fait de haines, de mesquineries, d'échecs inavouables. « L'Afrique brûle comme un secret, comme une fièvre. Geoffroy Allen ne peut pas détacher son regard, un seul instant, il ne peut pas rêver d'autres rêves. » Ce livre est pareil à l'Afrique. S'il s'en dégage malgré sa violence un tel sentiment de sérénité, c'est que, chez Le Clézio, même la fièvre, même la révolte, même la défaite sont les couleurs de la paix.
Onitsha, que Le Clézio commença à écrire à huit ans, est un livre empreint de toute la sérénité de son auteur. Dans une prose poétique et émouvante, Le Clézio raconte l'itinéraire chaotique d'une famille éclatée que seule la révolte pourra ressouder, alors même que gronde le peuple d'Onitsha depuis trop longtemps sous le joug de la puissance anglaise. Trois rêves, trois révoltes, trois destins qui se construisent, loin des mesquineries du microcosme colonial. Trois personnes qui apprennent à aimer le monde âpre du continent noir, à découvrir ses secrets ancestraux, la lutte pour la liberté. Chez Le Clézio, le récit est une mosaïque de genres littéraires où se croisent poésie, mythologie et parabole. Onitsha est parsemé de métaphores et de phrases itératives, restituant un texte musical à la manière d'un refrain.
Pascale Arguedas
Lire le dossier sur JMG Le Clézio.
Désert

Édition Gallimard, collections "Blanche" et "Folio".
La toute jeune Lalla a pour ancêtres les « hommes bleus », guerriers du désert du Rio de Oro, chassés et traqués du sud au nord par les conquérants français, puis impitoyablement massacrés. Mais le sang des hommes bleus a survécu en Lalla. La vie de la petite Maure, dans un bidonville d’une grande cité proche de la mer, est constamment doublée, dominée par l’épopée chantante, obstinée, orgueilleuse de la race que les maîtres d’autrefois avaient cru vaincre. Lalla, enfant du désert, est fascinée par l’apparition d’un mystérieux homme bleu qu’elle nomme Es Er, c’est à dire « Le Secret ». Marquée par la puissance de la nature et des légendes, par son amour pour le Hartani, un jeune berger muet qui lui révèle son corps, par son évasion manquée vers « leur » désert avant l’exil à Marseille dans un quartier misérable car ses frères immigrés végètent. Lalla a beau travailler dans un hôtel sordide, être enceinte du Hartani, devenir une cover-girl célèbre grâce à un photographe de mode ébloui par sa beauté, rien n’éteindra au cœur de la jeune femme sa foi religieuse et sa passion du désert. Un jour, elle y retournera toute seule, en rescapée de l’enfer des hommes.
Voici l’histoire de la jeune Lalla, aux prises avec les colonisateurs français (1909-1912), dans le Sud marocain. Nourrie au sein des déserts, abreuvée de légendes intimes et porteuse de l'histoire des peuples, Lalla erre inlassablement sur le chemin du retour. La certitude de l'appartenance, le souvenir des paysages perdus constituent les forces vitales que ne peuvent ébranler la vulgarité des hommes ou l'emprise de la ville. Lalla échoue dans le sordide quartier du « panier » de Marseille, mais avec la lumière du désert dans les yeux et le sang des guerriers du Rio de Oro dans les veines. Si la force de l'identité rend tout exil cruel, elle tient aussi lieu d'espoir. JMG Le Clézio traque une beauté originelle que notre civilisation a perdue mais dont la société des « hommes bleus » du désert a su conserver le souvenir, malgré le développement de la modernité. L’écriture est d'une simplicité trompeuse, élégante, raffinée, chargée de sens, de couleurs, de chaleur, de beauté, d’émotions. L’auteur le dit si bien d’ailleurs : « La langue française me va comme un gant »! Un roman envoûtant, magnifique !
JMG Le Clézio a reçu pour Le Désert le grand prix Paul-Morand, décerné pour la première fois par l'Académie française.
On débute la nouvelle année comme on n'a finie l'ancienne, avec les livres, la poèsie : L'art de mettre en forme les mots, de les coloriés de douceur et de tendresse. Je découvre en même temps que vous cet auteur et d'après ce que je viens de découvrir il mérite qu'on s'y arrête et qu'on fasse un peu plus connaissance avec le mathématicien et, je pense que comme moi, vous ne serait pas déçu par l'écrivain. Je vous souhaite encore à toutes et à tous une très bonne année 2007, amour santé tavail argent, que la joie et la prospérité fassent à tout jamais partie de votre vie ainsi qu'à vos proches
Armando
Ceci n'est pas forcément la liste exhaustive de ses livres, mais peut-être les plus connus.
- L'Empire des Nombres
- Genis ou le Bambou Parapluie
- La Méridienne
- Le Mètre du Monde
- La Révolution des Savants
- Le Théorème du Perroquet
«Je voudrais être le même, mais différemment»
Denis Guedj
LA BIOGRAPHIE DE DENIS GUEDJ
Denis Guedj (né en 1940 à Sétif)est à la fois écrivain, mathématicien, professeur d'histoire et d'épistémologie des sciences (à Paris VIII) et aussi scénariste de cinéma. Il est l'auteur de nombreux romans sur le thème des mathématiques. Il a d'ailleurs publié 'Le mètre du monde' aux éditions du Seuil dans lequel il raconte comment le système métrique décimal s'est imposé durant la Révolution française.
Armando
Haruki Murakami est né en 1949 à Kobé. Le roman dont je vous propose des extraits se caractérise par sa singularité. Il ne ressemble vraiment à rien d'autre. A la frontière entre réalisme et onirisme, il a un style simple, dépouillé et direct. Le seul bémol, comme souvent avec les romans qui côtoient le rêve, réside dans la relative déception finale. Rien de plus difficile en effet que de trouver une conclusion à la hauteur du rêve
| La course au mouton sauvage, Traduit du japonais par Patrick De Vos, Editions du Seuil, (coll. points roman, n°R 519) 1990. |
|
|
|
La nuit était étrangement douce, tandis que le ciel demeurait de plomb. Un vent humide du sud soufflait tranquillement. Comme d'habitude. Une odeur de mer se mêlait à un pressentiment de pluie. Les alentours étaient plongés dans une languissante nostalgie. L' herbe drue des berges aménagées résonnait du chant des insectes. A tout moment, la pluie semblait vouloir se mettre à tomber. Une pluie si fine qu'on se demandait si s'il pleuvait vraiment, et qui pourtant vous détrempait de pied en cap sous vos vêtements. p. 94-95. |
|
|
| Quand j'eus vidé mes bières, je lançai de toutes mes forces les deux boîtes vides en direction des terrains qui s'étaient substitués à la mer. elles disparurent, englouties par l'océan d'herbes qui ondulaient sous le vent. J'allumai alors une cigarette. J'étais en train de la finir quand je vis quelqu'un muni d'une lampe de poche marcher lentement à ma rencontre. C'était un homme d'une quarantaine d'années, vêtu d'une chemise grise, d'un pantalon gris et coiffé d'un chapeau gris. Sans doute un employé de la surveillance des aménagements. « Vous avez lancé quelque chose tout à l'heure, n'est-ce pas ? dit-il, debout à mes côtés. - En effet, dis-je. - Qu'est-ce que vous avez lancé ? - Quelque chose de rond, en métal et portant un couvercle », dis-je. Le gardien était quelque peu désarçonné. « Pourquoi avez-vous fait ça ? - Sans aucune raison. Ça fait douze ans, sans interruption, que je les balance comme ça. Un jour, j'en ai même lancé une demi-douzaine d'afilée, et personne n'a jamais rien dit. - Ça, c'est du passé. fit le gardien. Ce terrain appartient aujourd'hui à la municipalité, et il est interdit de jeter des ordures sans autorisation sur un terrain municipal ! » Je restai muet quelques instants. Je ne sais quoi trembla un moment en moi, puis cela cessa. « Le vrai problème, dis-je, c'est que ce que vous dites a un sens. - C'est ce que dit le règlement», dit l'homme. Je sortis mes cigarettes de ma poche en soupirant. « Qu'est-ce qu'on va faire ? - Je ne vais tout de même pas vous demander d'aller ramasser ce que vous avez jeté. Il fait noir et il commence même à pleuvoir. Alors, ne recommencez-plus. - Je recommencerai plus, dis-je. Bonne nuit. - Bonne nuit », fit le gardien et il s'en alla. p. 96-97.
|
|
|
| Le septième jour, à compter de mon arrivée sur les lieux, j'assistai à la première chute de neige. Ce jour-là, chose rare, le vent ne souffla guère le matin, de lourds nuages couvrirent le ciel d'une couche de plomb. J'étais en train d'écouter un disque en sirotant un café, après mon footing et ma douche, quand il se mit à neiger. Il tombait des flocons durs et biscornus qui venaient heurter bruyamment les vitres. Une brise légère se leva et la neige commença à courir vers le sol à vive allure, hachurant l'espace de traits inclinés à trente degrés. Clairsemés au début, ces hachures auraient pu être celles d'un quelconque motif reproduit sur le papier d'emballage d'un grand magasin, mais quand il se mit à neiger sérieusement, tout se voila de blanc au-dehors, et montagnes et forêts devinrent invisibles. C'était une vraie giboulée du nord, rien à voir avec les première chutes de neige tranquilles que l'on connaît occasionnellement à Tokyo. Cette neige-là enveloppait tout, gelait la terre jusqu'à la moelle. Elle ne supportait pas non plus qu'on la regarda très longtemps, aussi avais-je déjà mal aux yeux. Je baissai les rideaux, pris un livre que je lus à côtédu poêle à mazout. Quand, parvenu au bout du disque, le bras automatique revint au repos, tout autour de moi tomba dans un terrible silence. Un silence de mort, littéralement. Je posai mon livre et, sans raison précise, je fis un tour méthodique de mon domaine. Du salon j'allai à la cuisine, vérifiai le débarras, la salle de bains, le cabinet de toilette, la cave, ouvris l'un après l'autre les portes à l'étage. Il n'y avait personne. Le silence s'était coulé comme de l'huile dans les moindres recoins. Tout au plus résonnait-il différemment de pièce en pièce. J'étais seul comme jamais je ne l'avais été dans ma vie (...) La neige cessa de tomber au début de l'après-midi. Aussi soudainement qu'elle avait commencé. L'épaisse masse nuageuse se déchirait çà et là comme une terre argileuse, et des trouées du ciel tombaient de grandioses colonnes de lumière qui glissaient d'un endroit à l'autre sur la prairie. C'était magnifique. Une neige dure jonchait partout le sol, comme si l'on avait saupoudré la terre de petits gâteaux de sucre. On eût dit que chaque flocon se serrait solidement sur lui-même, dans un refus obstiné de fondre. Mais, sur le coup de trois heures, la neige s'était quasiment volatilisée. La terre était détrempée et le soleil déclinant baignait la prairie d'une lumière tendre. Les oiseaux, comme libérés, se mirent à chanter. p. 276-277.
|
Aujourd'hui Jean D'Ormesson, qui parmi vous n'a jamais lu un livre de lui ? Un écrivain hors pair, un intellectuel comme on n'en fait plus. Je suis pour ma part fan de cet homme, et je peux vous dire qu'il écrit à merveille. Je vous ais par la même occasion noté une liste de tout ce qu'il a écrit. J'en ai lu quelqu’un : Comme "Le juif errant, presque rien sur presque tout, la douane de mer" etc. c'est pour moi un régal que de lire cet homme là. De la littérature à l'état pur qui vous enchaîne aux pages, envoûté par le charme de l’écriture ; de
Armando
|
Jean d’ ORMESSON |
|
|
| |
||
| Romancier, chroniqueur | ||
| Biographie Né à Paris, le 16 juin 1925, d'une famille de conseillers d'État, de contrôleurs généraux des finances, d'ambassadeurs de France et de parlementaires, parmi lesquels un chancelier de France et un député à la Convention nationale. |
||
| 1956 | L’amour est un plaisir, roman (Julliard) | |
| 1959 | Mazarin, en collaboration (Hachette) | |
| 1959 | Du côté de chez Jean, essai (Julliard) | |
| 1960 | Un amour pour rien, roman (Julliard) | |
| 1966 | Au revoir et merci, essai (Julliard) | |
| 1968 | Les Illusions de la mer, roman (Julliard) | |
| 1971 | La Gloire de l’Empire (Grand prix du Roman de l’Académie française) (Gallimard) | |
| 1972 | Dans l’esprit des hommes, 25e anniversaire de l’UNESCO, en collaboration (PUF) | |
| 1973 | La Gloria dell’ Impero, traduction italienne (Rizzoli, Milan) | |
| 1974 | Au plaisir de Dieu, romani (Gallimard) | |
| 1974 | The Glory of the Empire, traduction anglaise (Knopf, New york) | |
| 1978 | Le Vagabond qui passe sous une ombrelle trouée, essai (Gallimard) | |
| 1981 | Dieu, sa vie, son œuvre, roman (Gallimard) | |
| 1982 | Mon dernier rêve sera pour vous, biographie de Chateaubriand (Jean-Claude Lattès) | |
| 1984 | Jean qui grogne et Jean qui rit, chroniques (Jean-Claude Lattès) | |
| 1985 | Le Vent du soir, roman (Prix Vallombrosa pour la traduction italienne : Il vento della sera) (Jean-Claude Lattès) | |
| 1986 | Tous les hommes en sont fous, roman (Jean-Claude Lattès) | |
| 1987 | Le Bonheur à San Miniato (Jean-Claude Lattès) | |
| 1988 | Album Chateaubriand (Gallimard) | |
| 1989 | Garçon de quoi écrire, entretiens avec François Sureau (Gallimard) | |
| 1991 | Histoire du Juif errant, roman (Gallimard) | |
| 1992 | Tant que vous penserez à moi, entretiens avec Emmanuel Berl (Grasset) | |
| 1994 | La Douane de mer, roman (Gallimard) | |
| 1996 | Presque rien sur presque tout, roman (Gallimard) | |
| 1997 | Casimir mène la grande vie, roman (Gallimard) | |
| 1997 | Une autre histoire de la littérature française. Tome I (Éd. Nil) | |
| 1998 | Une autre histoire de la littérature française. Tome II (Éd. Nil) | |
| 1999 | Le rapport Gabriel, roman (Gallimard) | |
| 2001 | Voyez comme on danse (Robert Laffont) | |
| 2002 | C'était bien (Gallimard) | |
| 2003 | Et toi mon cœur pourquoi bats-tu (Robert Laffont) | |
| 2005 | Une fête en larmes (Robert Laffont) | |
| 2006 | La Création du monde (Robert Laffont) |

