Cette nuit j'ai du mal à dormir, j'ai beau me tourner et retourner dans mon lit, rien n'y fait même si je m'efforce de ne penser à rien, de fermer mon esprit aux pensées qui l'atteignent, aux idées qui surgissent sans crier gare. Que faire donc dans ces cas là ? Je me lève et je ne te bouscule pas... mais que dis-je, non je branche mon pc et je vais sur le net à la recherche de nouveauté littéraire qui serait susceptible de vous plaire. Et là, surprise je trouve ce petit livre qui à l'air tout à fait intéressant à lire, là aussi le titre laisse suggérer un moment d'émotion, teinté de tendresse et d'invitation au voyage dans des contrées lointains, en l'occurrence le pays du soleil levant. Soie fait penser à la légèreté, à quelque chose de toute à fait féminin par la grâce de la matière.
Armando
Soie d’Alessandro Baricco : légèreté d’une plume et fermeté du ton...
samedi 1er mai 2004.
Soie, un petit mot qui contient pourtant tant de promesse... promesse de douceur et d’évanescence ; promesse de luxe et de froideur ; promesse de patience et de fragilité. Un petit mot qui contient un univers... tout comme le roman du même titre d’Alessandro Baricco.
Certains le connaissent sans doute par le biais de ses oeuvres : Les Châteaux de la colère ou Novecentro : Pianiste ou encore Sans Sang (critique juin 2003) mais ici nous nous intéresserons uniquement à Soie qui - en ce qui me concerne - représente la quintessence de l’oeuvre de ce romancier éclectique.
Alessandro Baricco est né à Turin en 1958. Amoureux de littérature et de musique, il fut avant tout musicien et critique musical. Son amour des lettres le poussera néanmoins à fonder en 1994 avec des amis une école d’écriture dénommée Holden.
Chatoiement d’étoffe de soie orangée
Adulé en Italie depuis la sortie de Soie en 1996, il anime désormais deux émissions de télévision, l’une sur l’opéra et l’autre sur la littérature. On ne peut donc rêver homme plus indissociable de la musique des mots ou de ces rythmes et de ces silences.
Lire un roman d’Alessandro Baricco, c’est à chaque fois plonger dans un univers fait de doutes, de pauses et de contrastes. C’est aussi plonger dans des univers totalement étrangers les uns des autres.
Soie est un petit roman, 140 pages tout au plus dans son format de poche qui renferme une histoire en apparence fort simple. C’est l’histoire d’un homme qui vit de la culture des vers à soie et qui - après la dévastation des productions contaminées par une épidémie - se rend au Japon afin d’y acheter des cocons sains.
Il s’embarque donc pour ces Iles du bout du monde et y rencontre un homme et une femme. Une femme dont le simple regard, transformera sa vie dans un chatoiement d’étoffe de soie orangée. Une soie si fine, qu’à la tenir dans la main, on ne sent rien.
L’intégralité du roman ressemble à cette soie : ténue et évanescente. Résistante et fragile, comme la vie, comme l’amour, comme la trahison, comme le doute.
Comme la calligraphie japonaise, à la fois ferme et douce. Petites touches posées sur un délicat papier de riz qui disent la lente mélopée de la vie, le retour des saisons, le temps qui passe, immuable...
Et c’est avec ses quelque mots que je vais vous laisser en compagnie de cet ouvrage, envoûtant et magique qui apportera chez vous la douceur d’un fil de soie ..
Amicalement
Armando
La Loire et ses Poètes ou La respiration d’un fleuve à travers les siècles
mercredi 15 novembre 2006.
Ainsi vient de paraître, la Loire et ses poètes préfacé par André Bourin, homme de lettres et de coeur. Vers et prose, dans cet ouvrage magnifique, nous invitent à une longue rêverie où le lecteur croise les plus grandes plumes de notre littérature. Car, ne nous y trompons pas, la Loire est bien plus qu’un fleuve, fut-ce le plus long de notre beau pays de France, il est cet artiste insupportable et merveilleux qui, entre deux bancs de sable, vient vous parler au plus intime de votre être.
La Loire exerce son pouvoir de séduction depuis toujours, offrant aux voyageurs, une diversité incroyable, un caractère hors du commun qui lui fit refuser avec force et rage, ces murs de béton que l’on appelle barrage, sous le prétexte fallacieux d’apaiser, de contenir, d’aseptiser l’humeur de cette conquérante au coeur d’or !
Face à tant de beauté, de caractère, de dons et de douceur, nos grands artistes n’ont pu retenir leurs plumes. Ainsi Honoré de Balzac, Charles d’Orléans, Pierre de Ronsard, Joachim du Bellay, Gustave Flaubert, François René de Chateaubriand, Alfred de Vigny, Jean de La Fontaine pour ne citer que quelques noms au hasard des pages.
Le grand Victor Hugo rendant visite à son père nous gratifia de quelques pages à retenir. Plus près de nous, Paul fort, Julien Gracq, Jacques Lacarrière, et naturellement Maurice Genevoix dont l’oeuvre se trouve enchâssée dans ces paysages. Pour faciliter la confidence, tous ces hommes de lettres nous convient à leur table, le regard et l’âme emplis de cette respiration où le temps prolonge son existence !
J’avoue qu’il est impossible de résister à tant de joies qui sont autant d’invitations à découvrir ou redécouvrir les oeuvres de ces écrivains mais aussi de boucler sa valise et de se rendre sur place pour tutoyer la Loire.
Plus qu’un guide touristique, cette anthologie particulièrement originale vous entraînera au fil des pages, au rythme du courant, à la découverte des lieux qu’il vous tardera de connaître. Est-ce un « hasard » si en novembre 2000, l’Unesco inscrivait au patrimoine culturel de l’humanité, le Val de Loire et son fleuve indomptable et merveilleux ? Il ne me reste, cher lecteur, qu’à vous souhaiter « bon voyage » !
Maurice Bédel : "la Loire est un beau fleuve orgueilleux de soi-même, un peu paon paonnant, se prélassant et, quand il fait très chaud s’arrêtant presque dans sa marche par manière de bon ton. Nul barrage à sa molle fantaisie, nulle turbine à sa paresse. Il ne faut lui demander ni de fabriquer des électricités, ni d’animer des roues, des volants, des courroies. ‘La Loire ne sert à rien d’autre qu’à être belle’, disait un de mes amis finlandais à ses compatriotes étonnés : ces habitants d’un pays où les fleuves ne sont point des cours d’eau mais des forces motrices admettaient difficilement qu’une si grande rivière ne précipitât point ses eaux dans des usines hydroélectriques. Elle sert à être belle ; elle rappelle à l’homme qu’il a besoin de beauté plus que jamais en des temps où l’utilité l’emporte sur la fantaisie, le pratique sur le désinvolte. Il faut aller à la Loire comme à une eau de cure : on s’y guérit des atteintes de la vulgarité et de la grossièreté. Faites une cure de Loire, aimerait-on à conseiller aux surmenés de l’industrie et de la finance, aux fiévreux de la politique. Allez baigner votre jugement désaxé dans l’air tiède de cette harmonieuse vallée de France ; plongez vos mains brûlantes dans cette eau sans remous."
Eugène Bizeau : La lanterne de Rochecorbon
"Ce vieux phare aux yeux morts dominant sur la Loire
Guidait les grands bateaux chargés de lourds colis
Et les deux tonneaux ventrus taillés à la doloire,
Qui fleuraient bon le vin dont ils étaient remplis.Sa lumière avec peine éclairait l’ombre noire,
Ainsi qu’un ver luisant sans le brouillard des nuits,
Mais les fiers mariniers, qui savaient rire et boire,
Chantaient la torche en main pour chasser leurs ennuis.Ils chantaient plus encore en accostant la berge,
Où dansaient avec eux les filles de l’auberge,
Au pied d’un vert coteau planté de ceps tortus ;Et d’après un luron, conteur de balivernes,
Les dames de jadis ont risqué leur vertu...
Plus d’une fois, le soir, autour de la lanterne."
Gentle 13
Vague à lames ou Les voix de l’infini
lundi 27 novembre 2006.
Mer éternelle et sans cesse recommencée, vagues à naître et toujours expirantes, voix enchâssées dans l’espace, notre coeur n’est-il pas à l’unisson de ce rythme admirable, au centre même de la création ?
Choisir fut, sans aucun doute, le mot clé de ce recueil. La mer, l’océan incarnent depuis la nuit des temps, le voyage, l’aventure, le danger mais aussi la découverte de cette Terra
Incognita qui se cache, assurément, de l’autre côté du monde !! Dans ces conditions, comment choisir à travers les siècles, l’écrivain ou le poète qui entrera dans cet ouvrage ? Luciano Mélis décida de s’entourer d’auteurs contemporains, mais il poussa le pari bien plus loin, en retenant une majorité de poètes vivants.
Selon les habitudes de l’édition, afin de ne pas prendre de risques ou de les minimiser au maximum, le choix se porte sur des valeurs sûres, c’est-à-dire reconnues, et l’on retrouve toujours les mêmes noms et à peu près les mêmes pages ! Cette fois, le lecteur entrera dans son époque et il sera, sans aucun doute, surpris, par la qualité, l’originalité, la diversité de ce vingtième siècle ainsi que des premiers pas de notre vingt et unième.
L’encre bleue utilisée dans ce recueil nous rappelle l’élément liquide sur lequel notre regard se pose et donne au livre cette touche délicate où murmure déjà le vent du large.
Sur la première de couverture, l’illustration de Katsuhika Hokusai, nous pousse avec la force de l’élégance dans les bras de l’infini. Les voix, de cet ouvrage, consacrées à un des éléments essentiels de notre existence terrestre, ne peuvent manquer de vous entraîner hors du quotidien, au-delà de l’hiver, en des lieux où le chant des sirènes vous fera conquérant ! À lire absolument.
Jean Orizet Usure d’océans
"Combien de temps faudra-t-il à la roche
pour devenir galet ?
Combien de temps faudra-t-il au galet
pour devenir sable ?
Combien de temps faudra-t-il au corail
pour devenir squelette et poudre ?
Combien de temps faudra-t-il au bois flotté
pour n’être que souvenir ligneux ?
L’océan connaît les réponses à ces questions,
mais combien de temps faudra-t-il
pour apprendre la langue océan ?"
Amicalement
Armando
Soudain dans la forêt profonde
lundi 4 décembre 2006.
Un village si terrifiant que même les animaux l’ont déserté... Jusqu’au jour où une petite fille et un petit garçon décident de pénétrer dans la forêt à la recherche des disparus...
Fable sur la tolérance et la paix, ce conte nous interroge sur notre regard envers autrui et ses différence ; Accepte-on vraiment l’autre ou n’essayons-nous pas de gommer ses différences en le faisant rentrer dans le ’rang’ de la bienséance ?
Un histoire à méditer en ces temps troublés...
Gentle13
Le monde sans les enfants...
lundi 4 décembre 2006.
Philippe Claudel nous revient cet automne avec un ouvrage que l’on aurait pas vraiment attendu de lui - toujours si précis et si terrien - un livre de contes ; Et dans ce genre inattendu de sa part, il excelle à nouveau.
Oh bien sûr, ces contes ne sont pas toujours de véritables contes pour enfants...quoique les enfants ont bien changé, nous fait-il malicieusement et tristement remarquer avec Le dur métier de fée.
Au fil pages de ces contes, on est tour à tour amusé, bouleversé...avec une mention spéciale pour Le petit voisin, Jaimé et l’exceptionnel La petite fille à la bulle mais - quel que soit le thème - l’émotion - elle - est toujours présente.
Le sens aigu de l’observation de P.Claudel lui permet également - à travers - le monde doux-amer des contes, de mettre le doigt sur les dérives et les errements de notre époque.
Une grande réussite, un très beau moment de lectures à offrir et à s’offrir.
Philippe Claudel, Le monde sans les enfants, Editions Stock -