Michaël Glück

© Michel Durigneux
L'auteur
Naissance le 10 juin 1946 à Paris
Écrivain, traducteur. Est traduit en italien, espagnol, catalan, allemand, chinois.
- Enseignant (lettres, philosophie) de 1969 à 1983
- Lecteur, traducteur dans l’édition (Flammarion, Ed. Jean-Michel Place 1980-1982)
- Directeur du Centre Culturel Municipal puis du théâtre la Colonne, Miramas (1985-1989)
- Multiples collaborations artistiques
Propos du livre
Dans les marges de la Genèse, j’écris. Dans la suite des jours. Pour ouvrir dans les mots.
Risquer des sens. Cette fois, il s’agit d’un rêve, d’une incapacité à le comprendre, à l’entendre ;
il s’agit d’une échelle dont les barreaux se brisent quand la main prétend les saisir.
Ou d’une résistance. Au rêve ou du rêve.
Extrait
il s’endormit là
il rêve
dans l’insomnie je lis cela qu’il
rêve
que sa tête lève une échelle
vers le désert du ciel
nuées d’oiseaux
montent et descendent
nuées d’oiseaux sur leurs perchoirs
au-dessus du dormeur
une voix se lève
une voix dit
c’est moi
je lis cela dans le livre
posé sous la nuque
je n’entends rien
je vois la pierre et…
Gentle13
La Dame Blanche ou « le Verbe en robe de chair »
Pour suivre les traces d’Emily Dickinson, il fallait un magicien du verbe et Christian Bobin a rempli parfaitement sa mission.
En effet, comment décrire au public une jeune femme qui, peu à peu, se métamorphose en apparition de plus en plus diaphane ?
Saisir l’instant, depuis ce 10 décembre 1830 à Amherst (Massachussetts) où Emily, fille d’Edward Dickinson, homme de loi et d’Emily Norcross, jette à la face du monde, son premier, jusqu’à ce matin du 15 mai 1886, où la poétesse, telle une fleur de lys, rend son dernier soupir dans sa ville natale.
Aucun habitant d’Amherst n’avait croisé la poétesse depuis vingt cinq ans. Sa disparition prit alors des airs de légende. La mort avait retrouvé la trace de celle qui marchait vers la transparence depuis un quart de siècle. Sa silhouette ne put retenir la moindre poussière d’ombre, même le médecin, venu constater le décès, dut rédiger son acte sur le seuil de la chambre d’où il apercevait une _ forme immaculée qui reposait sur un lit.
"quand ce sera mon tour de recevoir une couronne mortuaire, je veux un bouton d’or". Comme une réponse de la nature au désir d’Emily, le pré derrière la maison accueillait une foule vibrante de taches d’or, accourues des quatre coins du cœur.
Pour son ultime voyage terrestre, elle passa de sa table d’écriture à sa tombe, (située derrière la maison), respectant ainsi jusqu’au bout, son vœu de ne pas quitter sa demeure. Elle avait cinquante cinq ans... mais doit-on, peut-on donner un âge à une poétesse qui s’entretint durant toute son existence avec l’éternité ?
Christian Bobin, nous emporte , nous éblouit, nous éclabousse de sa plume, si légère et si dense, si tendre et si profonde. Chaque phrase devient une découverte, une surprise, une pépite et devant nos yeux ébahis, se dresse une fine silhouette, jeune et frêle qui va, tout au long de l’ouvrage nous entraîner dans un monde si humain et si sensible, que vous ne pourrez plus jamais percevoir la société du XXIe siècle avec le même œil.
Il existe une magie qui vous prend la main et vous mène face à une existence si particulière, qu’elle ressemble à un personnage venu d’un autre âge, d’un autre monde... et pourtant, Emily est et demeure tellement humaine qu’elle vous entre dans le corps, comme la beauté dévore vos sens. Avec ce livre indispensable, je dis bien indispensable, Christian Bobin, nous permet d’être dans l’intimité d’un génie presque effacé par les hommes.
Au fil des pages, nous apprenons l’alphabet de la passion et le chant admirable de l’écriture du ciel. Il y a tant de mystères qui nous entourent, tant de questions suspendues à nos lèvres, tant de soifs accrochées à notre curiosité qu’ouvrir ce livre, c’est pousser le cercle d’or qui pulvérise nos peurs et nous offre le chemin qui mène doucement à notre vérité...
"Son jardin est sa seule église. Elle ne s’embarrasse pas de théologie : elle voit la brise maternellement passer sa main fraîche sur le front enfiévré des roses, et elle en conclut ce que n’auraient jamais conclu les docteurs de l’Eglise confits dans leur prudente érudition : « l’amour que Dieu nous porte n’est pas semblable à celui des ours. » L’auteur d’un manuel sur les fleurs d’Amérique du Nord parle avec la même ardeur de l’innocence des ronces et de la sauvagerie du ciel où personne n’entre de son vivant. L’enthousiasme de ce jardinier visionnaire la séduit. « Quand j’étais petite et que les fleurs mouraient, j’ouvrais le livre du docteur Hitchcock. Cela me consolait de leur absence et m’assurait qu’elles vivaient encore. » Les pissenlits - avec leurs caravanes solaires arrêtées partout dans les prés - sont ses fleurs préférées. Elle cueille un trèfle sur la tombe de son père et le met à sécher dans la Bible, sur ce passage de l’Epitre aux Hébreux : « la foi est la garantie des biens que l’on espère, la preuve des réalités qu’on ne voit pas. »
Depuis l’enfance - jusqu’à son séjour chez Mary Lyon - Emily cueille les fleurs qui rêvent dans les bois et les collines autour d’ Amherst. Elle les baptise de leur nom latin puis les couche sous une couverture de papier cristal, dans le dortoir de son herbier où dorment bientôt plus de quatre cents religieuses décolorées d’un autre monde : plusieurs fleurs sur chaque page encadrent la majesté d’une fleur centrale, leurs pétales à peine froissés et leurs tiges maintenues par de luisants papiers collés. En attente de l’époustouflant soleil de la résurrection, elles se souviennent des lumineux souffles de leur ancienne vie. »"
Christian Bobin, La Dame Blanche, Editions Gallimard Coll. L’Un et l’Autre - Code EAN :9782070784929, prix : 14,50 €
Je ne peux que conseiller aux lecteurs qui viennent de rencontrer la Dame Blanche, d’entrer dans son monde si proche et si lointain de nos cœurs, en se procurant Car l’adieu c’est la nuit (ce titre est emprunté au poème 586 d’Emily lorsqu’elle connut une période d’intense créativité) (1858 à 1865) recueil dense, qui vous fera partager un quotidien que le poésie métamorphosait en fragments d’univers en passerelles jetées entre deux mondes, entre le concret et le spirituel !...
Découvrez sans plus attendre ces pages blotties au fond d’un tiroir qui viennent de prendre leur essor... et de goûter au plaisir de l’espace où vous les attendiez...
(Poème page 41)" Je ne l’ai pas encore dit à mon jardin -
De peur d’y succomber.
Je n’ai pas tout à fait la force à présent
De l’apprendre à l’Abeille -Je ne le nommerai pas dans la rue
Les boutiques me dévisageraient -
Qu’un être si timide - si ignorant
Ait l’aplomb de mourir.Les collines ne doivent pas le savoir -
Où j’ai tant vagabondé -
Ni révéler aux forêts aimantes
Le jour où je m’en irai -Ni le balbutier à table -
Ni sans réfléchir, au passage
Suggérer que dans l’Enigme
Quelqu’un en ce jour marchera"
(Poème page 161)"Je serais peut-être plus seule
Sans la solitude -
Tant je me suis faite à mon Sort -
L’Autre - la Quiétude -Pourrait rompre la Ténèbre -
Encombre la petite Chambre -
Trop étriquée - de loin - pour contenir
Le Sacrement - de Sa Personne -L’Espoir m’est étranger -
Il pourrait déranger -
Son doux cortège - profaner le lieu -
A la souffrance consacré -Il est peut-être plus facile
De faillir - la Terre en Vue -
Que de gagner - ma Bleue Péninsule -
Pour y périr - de Volupté - "
"Le Cerveau - est plus spacieux que le Ciel -
Car - mettez-les côte à côte -
L’un contiendra l’autre sans peine -
Et Vous - de surcroît -Le Cerveau est plus profond que la mer -
Car - tenez-les - Bleu contre Bleu -
L’un absorbera l’autre -
Comme l’Eponge - l’eau du Seau -Le Cerveau a le poids exact de Dieu -
Car - Pesez-les - Once pour Once -
S’ils diffèrent - ce sera comme
Le Syllabe et le Son -"
Gentle13

L'auteur
“Olympia Alberti n’est pas un pseudonyme.
De même mes livres n’empruntent à la fiction que les silences de la pudeur : l’écriture c’est ma vie.
célébrant par excès de gravité, je suis à la fois passionnée et détachée, ayant égal bonheur à exprimer qu’à suggérer, pour faire naître en l’autre l’instant de la beauté.”
Une vingtaine de livres publiés (romans, poèmes, essais, nouvelles, livres d’art).
Traductions en chinois, en grec, en espagnol.
Bibliographie
Romans
Un jasmin ivre, Prix des Créateurs, (Albin Michel, 1982)
Une mémoire de santal, (Albin Michel, 1983)
La Dévorade, Prix George Sand, (Albin Michel, 1985)
Rive de bronze, rive de perle, (Actes Sud, 1989)
La Sarabande, (Le Rocher, 1991)
13, rue Saltalamacchia, collectif, (Le Ricochet, 1997)
Les enfants reviendront après l’Épiphanie, (Le Verger éditeur, 2002)
Nouvelles
Le Noyau de safou, (Albin Michel, 1987)
Promenade des Anglais, (Melis, 2001)
Poèmes
L’Amour palimpseste, suivi de La Dernière lettre, (Albin Michel, 1982)Cœur rhapsodie, cœur absolu, suivi de Requiem, (Albin Michel, 1985)
Croire vivre
Olympia Alberti
Propos du livre
“Croire vivre” est né d’un instant de dialogue avec une fervente amie, Denise Gaillard – amie à qui ces pages sont d’évidence dédiées. Je disais ma conviction que l’amour ne finit pas avec la limite des expériences que nous en connaissons, qu’il s’infinit à travers notre conscience, et l’ouverture que nous voulons bien lui accorder. En ce sens, il y a la Parole, et les mots. Je ne sais pas encore pourquoi je pense, et pas seulement avec ma tête, que la source n’est pas la même pour les deux instances, pas plus que la tessiture : c’est une affaire de densité, d’intensité, de profondeur. D’où l’écoute silencieuse du vent, des forêts, et de la lente et irrépressible montée des sèves. L’amie me dit alors d’écrire ce silence intérieur qui vit à demeure comme un chant.
Extrait
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On n’en finit pas avec l’amour.
Propos du livre L’amour s’adresse en elle à cette grâce, ardente, qui fait réponse, de la flamme à la nuit. Histoire d’une rencontre, d’une passion et de ses sublimes tourmentes… “ L’or s’embellit constamment des blessures que lui inflige l’Orfèvre ”. Oui, l’amour est ici porté par une parole entière, nue et comblée de sa soif.Ce texte, dans sa brièveté, avec sa justesse de ton, propose une réflexion très percutante sur le désir et ses variations. Érotisme, émotion, sensibilité et densité des images sont ici au service d’une mise en perspective spirituelle de la passion amoureuse
Ma vie n’est faite que d’amour.
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Amicalement
Gentle13
Je suis né en 1966 à Lille puis suis descendu progressivement vers le soleil en passant par Rouen, Paris et Toulouse pour finalement débarquer à Marseille en 1994. J'écrivais déjà à l'occasion (comme tout le monde) quelques poèmes et chansons qui ne sortaient pas de mes cartons, mais là, ne connaissant personne dans cette grande ville, je décidai de prendre contact en publiant un poézine, "Feuille de chou", 4 pages photocopiées en 50 exemplaires. Dès le premier numéro, j'eus droit à un article dans la Marseillaise et rencontrai le journaliste qui me permit de tirer une trentaine de numéros mensuels de 8 pages à 300 exemplaires. Cette petite feuille m'ouvrit aussi les portes d'une radio associative pour laquelle j'animai des émissions littéraires jusqu'en 2001 et écrivis 50 épisodes d'un feuilleton. A cette époque, une troupe de café théâtre parisienne me commanda également des sketchs. Je publiai mon premier recueil de poèmes, "Epona", en 2002, à compte partagé, après ma rencontre avec une association de peintres et écrivains. Depuis trois autres recueils sont nés: "Vers de rhum" en 2003, "Mise en bière" en 2005 et "Des lyres" en 2006. J'ai également publié, à compte d'éditeur, 4 recueils collectifs de sketchs et plusieurs nouvelles dans des recueils sur concours ou des revues.
Au voleur !
La poésie ne se vend pas,
Disent les bien-pensants.
Elle n'appartient pas,
Elle s'offre ou se reprend.
Poète, tu caresses des merveilles,
Et t'en nourris l'esprit.
Sur ton visage, le soleil
Peint un rayon d'or et de vie.
La poésie ne se vend pas,
Disent les gens bien au courant.
Ne se marchandent ici-bas,
Que les armes, les larmes et le sang.
Alors poète, tends la main
Dans la rue des commerçants
Pour une obole, un bout de pain,
Et, sois reconnaissant!
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Rocaille
Le soleil se rit
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Rencontre
Au coin de la rue
Des animaux dénaturés
Je croisai un être perdu
Ne manquant point d’humanité
Nous souffrîmes, complices
Quelques anciens supplices
Souvenirs d’une Histoire
Aux heurts sans gloire
Nous partageâmes, finesse
D’amicales caresses
Et espérâmes en un sourire
L’esquisse d’un avenir
Mais, nous fûmes censurés
Par deux gardes assermentés
Qui ramenèrent mon gibbon
Au zoo Maurice Papon
Fête à fête
Fêtes après fêtes, s'annonce un tête à tête,
Les gens disparaissent sans cesse.
Les maux de tête
Les maux de dent
Les parents
Les enfants.
Fêtes après fêtes, s'annonce la défaite,
Le temps passe, les gens trépassent.
Des ulcères aux cancers
Le foie, le Sida
Les voitures
La luxure.
Fêtes après fêtes, tout ceci m'inquiète,
Mais s'il le faut, je continuerai seul…
Gentle13
Le bleu des ronces ou le pacte secret de la lumière
jeudi 1er mars 2007.
Cette écriture est un acte d’amour et de foi, et telle une flamme debout, Ile Eniger traverse le quotidien en louve solitaire et sauvage.
Ne nous y trompons pas, l’artiste suit le fil des jours, des gestes habituels, et comme une fée, elle ramasse chaque miette de lumière que l’homme aveugle écrase avec insouciance, prisonnier de son Avoir. Les chemins symbolisent les rencontres, sous l’oeil amusé du carrefour des « hasards » que le temps, avec malice, sème devant chacun de nos pas.
Le poète, conscient de la puissance inébranlable de la vie qui coule dans ses veines, accepte au nom de ce pacte secret, de traverser les buissons de ronces noires. Jamais notre artiste ne reculera face aux dangers. C’est avec son sang que le poète finance sa traversée du monde, car les épines déchirent la peau des heures de celui qui cherche et traque au-delà de l’illusion du visible, le moindre signe magique, le plus petit frémissement divin. Rien ne se donne ici-bas, tout ce conquiert, de haute lutte.
Ile Eniger sait que la poésie habite notre quotidien et qu’il suffit de soulever les paupières du coeur pour découvrir un tout autre paysage ! Mais le poète n’est pas naïf, il n’est pas soumis à une foi car il incarne la recherche permanente de l’amour et de la beauté. En un mot, comme en mille, l’artiste incarne la voix mystérieuse et admirable de la Création. Dépouillées de leurs artifices, de leurs colifichets et de leurs compromissions, les heures nues, comme au premier jour, se donnent au poète qui, en échange, offre l’harmonie de sa parole. Ce recueil est bien un voyage au pays des hommes aux gestes ordinaires où l’artiste cueille, avec une patience inouïe, le nectar de la rose du coeur.
Au milieu des ronces aux mâchoires terribles, juste au sommet de cette jungle infranchissable, se tient un rayon de soleil, et de son regard naît une petite flamme bleue, mais ne serait-ce pas, dans le reflet du jour, les ailes du poète qui traversent nos plaintes familières ?
"T’en souvient-il ce qui des mains aux lèvres, comme un matin tardif dans la chambre d’avril, faisait l’envie de nous plus forte que raison ? T’en souvient-il l’arbre du lit, témoin de frondaisons si hautes, et les veines du large qui nous gardaient du vent ? Et ce bitume gris de lanterne avortée qui passait, repassait aux carreaux des fenêtres. Envieuse, la rue faisait claquer ses pas dans les bruits de la pluie. Nous marchions sur un fil du côté de l’urgence. Dans les draps mélangés, une respiration faisait chose commune. Le temps qui s’enfuyait comme du vin de grappe et ce goût sur la langue précipité d’ivresse, t’en souvient-il ? Une absolue beauté regardait ses enfants incendier la neige."



