Aliénor d'Aquitaine

Publié le par gentle13

Aliénor d'Aquitaine

La chronique scandaleuse s'est emparée très tôt du personnage d'Aliénor d'Aquitaine. Les Français lui auraient-ils gardé rancune d'avoir abandonné la couronne de France pour celle d'Angleterre. Cette réputation fâcheuse masque pourtant une personnalité hors pair. Admirablement attentive à son temps, toujours prête à faire face aux situations de crise, elle se montra capable d'organiser la défense d'une forteresse, d'administrer non seulement son duché, mais tout un royaume, et de prévoir l'importance qu'allait prendre, au xiiie siècle, la bourgeoisie des villes.

Aliénor d’Aquitaine, dite également Éléonore d'Aquitaine ou de Guyenne, née vers 1122 ou 11241,2 et morte le 31 mars ou le 1er avril 12043, à Poitiers4 et non à l'abbaye de Fontevraud5,6, a été tour à tour reine des Francs, puis d’Angleterre.

Duchesse d’Aquitaine, elle occupe une place centrale dans les relations au XIIe siècle entre les royaumes de France et d’Angleterre : elle épouse successivement le roi de France Louis VII, à qui elle donne deux filles, puis Henri Plantagenêt, le futur roi d’Angleterre Henri II, renversant ainsi le rapport des forces en apportant ses terres à l’un puis à l’autre des deux souverains. À la cour fastueuse qu'elle tient en Aquitaine, elle favorise l'expression poétique des troubadours en langue d'oc. À compter de son premier mariage pendant lequel elle a participé à la deuxième croisade, elle joue un rôle politique important dans l’Occident médiéval.

Aliénor d'Aquitaine est la fille aînée de Guillaume X, duc d’Aquitaine, lui-même fils de Guillaume IX le Troubadour, et d’Aénor de Châtellerault, fille d'Aymeric Ier de Châtellerault, un des seigneurs vassaux de Guillaume X.
Aliénor, « l'autre Aénor » en langue d'oc, est ainsi nommée en référence à sa mère Aénor. Le prénom devient Éléanor ou Élléonore en langue d'oïl, Eleanor ou Ellinor en anglais7.

Elle reçoit l'éducation soignée d'une femme noble de son époque à la cour d’Aquitaine, l’une des plus raffinées du XIIe siècle, celle qui voit naître l’amour courtois (le fin amor), entre les différentes résidences des ducs d’Aquitaine : Poitiers, Bordeaux, le château de Belin où elle serait née, soit encore dans un monastère féminin8. Elle apprend le latin, la musique et la littérature, mais aussi l'équitation et la chasse.

Elle devient l’héritière du duché d'Aquitaine à la mort de son frère Guillaume Aigret, en 11309. Lors de son quatorzième anniversaire (1136), les seigneurs d’Aquitaine lui jurent fidélité. Son père meurt à trente-huit ans (1137), le Vendredi saint au cours d’un pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Elle épouse alors l’héritier du roi de France Louis VI le Gros, le futur Louis VII. Deux versions sur la conclusion de ces noces sont possibles : soit, craignant que sa fille soit enlevée (et épousée) par un de ses vassaux ou de ses voisins, le duc Guillaume avait proposé à son suzerain le roi de France, avant de mourir, d’unir leurs héritiers, soit le roi fait jouer la tutelle féodale que le suzerain détient sur l'orpheline héritière d'un de ses vassaux, et la marie à son fils10 (situation qui rappelle le « mariage oblique » décrit par les ethnologues)11. Le domaine royal s'accroît de ces terres entre Loire et Pyrénées ; mais le duché d’Aquitaine n’est pas rattaché à la Couronne de France, Aliénor en reste la duchesse. L'éventuel fils aîné du couple sera titré roi de France et duc d’Aquitaine, la fusion entre les deux domaines ne devant intervenir qu’une génération plus tard.

Les noces entre Aliénor et le futur Louis VII, roi de France ont lieu le 25 juillet 1137 dans la cathédrale Saint-André de Bordeaux. Comme de coutume, les festivités de mariage durent plusieurs jours, au Palais de l'Ombrière à Bordeaux, et se répètent tout au long du voyage vers Paris. La nuit de noces a lieu au château de Taillebourg. Les époux sont couronnés ducs d’Aquitaine à la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers (aujourd’hui remplacée par une cathédrale gothique) le 8 août12. Ils apprennent la mort du roi Louis VI quelques jours plus tard, pendant leur voyage.

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