Charles le Téméraire

Publié le par gentle13

Charles le Téméraire naît le 10 novembre 1433 au Palais des ducs de Bourgogne de Dijon. C'est le troisième fils (les deux premiers sont morts en bas âge) du duc de Bourgogne Philippe III de Bourgogne (Philippe le Bon) (1396-1467), et de sa troisième épouse Isabelle de Portugal (1397-1471), fille du roi Jean Ier de Portugal et elle-même Capétienne. Il est élevé aux Pays-Bas bourguignons (actuel Benelux), possession du duché de Bourgogne avec le comté d'Artois et la Franche-Comté, avec ses frères :

  • le duc Jean Ier de Clèves (duché de Clèves, en Allemagne)
  • Antoine (1430-1432) seigneur de Charolais du Comté de Châlon
  • Joseph (1432-1432) seigneur de Charolais du Comté de Châlon
  • Catherine, épouse du duc Arnold de Gueldre (duché de Gueldre, aux Pays-Bas)

En 1440, agé de 7 ans, il épouse le 19 mai à Blois Catherine de France (1428-1446) (âgée de 12 ans, décédée à 18 ans, fille du roi Charles VII de France et de Marie d'Anjou).

Homme d'un courage exceptionnel, très instruit, intelligent et doté d'un réel génie politique, il est cependant connu pour son caractère violent et impulsif. Pour obtenir ce qu'il veut, ses seuls recours sont la force et la guerre. En 1452, alors qu'il n'a que 19 ans et n'est que comte de Charolais (actuelle Saône-et-Loire, en Bourgogne), il réprime avec une extrême brutalité le soulèvement des Flamands du comté de Flandre dans les Pays-Bas bourguignons.

En 1454, veuf de sa première épouse, il épouse le 30 octobre, à Lille, Isabelle de Bourbon (1437-1465), fille du duc Charles Ier de Bourbon. Charles, qui voulait épouser Anne d'York (sœur des rois d'Angleterre Édouard IV et Richard III) ne souhaitait pas cette union. Son père lui rappela les termes du traité d'Arras, l'obligeant à épouser une princesse du sang de France. De ce mariage naît son seul enfant, la future duchesse Marie de Bourgogne

Charles le Téméraire a de grandes ambitions de conquêtes et d'indépendance totale vis-à-vis des rois de France. Il refuse la suzeraineté du roi Louis XI et lui déclare la guerre, y mettant toutes ses forces et s'alliant avec les princes les plus puissants afin de l'anéantir. Il tente de raviver la guerre de Cent Ans entre la France et l'Angleterre en s'associant avec le roi Édouard IV d'Angleterre contre Louis XI. Cet échec se soldera par le traité de Picquigny en 1475, qui met définitivement fin à la guerre de Cent Ans. Charles le Téméraire fonde et commande la puissante ligue du Bien public contre Louis XI qui, de son côté, veut briser les désirs d'indépendance de certains de ses puissants vassaux. Charles remporte une victoire humiliante sur Louis XI à la bataille de Montlhéry, au sud de la capitale, en 1465. Il assiège ensuite Paris et contraint Louis XI à signer le traité de Saint-Maur-des-Fossés, puis le traité de Conflans en 1465, grâce auxquels il récupère la Picardie et la ville de Boulogne-sur-Mer.

Devenu duc de Bourgogne le 15 juin 1467, à l'âge de 34 ans, à la mort de son père, Charles le Téméraire fonde une puissante armée bourguignonne de métier et de mercenaires issus de tous les pays d'Europe. Il a en effet pour objectif de conquérir la rive gauche du Rhin (Alsace, Lorraine, Champagne, Luxembourg, Allemagne, Flandre) afin d'établir la jonction entre ses terres du duché de Bourgogne et celles des Pays-Bas bourguignons et constituer ainsi un grand royaume bourguignon indépendant, dont il serait le roi. Le 25 août 1466, Charles écrase les révoltes de Dinant en Flandre, qu'il fait piller et détruire pour mettre fin aux velléités de la principauté de Liège, à la jonction de ses possessions, et de son cousin le prince évêque Louis de Bourbon. Après la mort de son père (Philippe le Bon), le 15 juin 1467, les Liégeois reprennent les hostilités. Charles le Téméraire les écrase à Saint-Trond et, à l'issue de la bataille des 600 Franchimontois, prend Liège, ville qu'il fait entièrement détruire en présence de Louis XI pour l'humilier. (Perron de Liège)

En 1468, à nouveau veuf, il épouse en troisième noces, le 3 juillet, à Damme, dans le comté de Flandre, Marguerite d'York (1446-1503), fille du 3ème duc anglais Richard d'York et sœur des rois d'Angleterre Édouard IV et Richard III, du duc Georges de Clarence et du comte Edmond de Ruthand, sans postérité connue de cette union.

Le duc Sigismond d'Autriche de Habsbourg lui apporte son aide en 1469 en lui vendant en gagère ses terres d'Alsace et le pays de Brisgau, du comté de Bade en Allemagne. Se considérant souverain de droit divin, Charles le Téméraire multiplie les occasions de défier le roi de France, voire de l'humilier, comme lorsqu'il l'oblige, après l'entrevue de Péronne en 1468, à signer un traité cédant la Champagne et la Brie aux Bourguignons. Il va jusqu'à le contraindre à assister à la répression des révoltés liégeois (c'est le roi lui-même qui avait suscité et soutenu le soulèvement). Tout son règne consista en guerres contre le roi de France, dont il était le plus puissant vassal et ennemi, et contre lequel il chercha à monter les empereurs germaniques (Albert II de Habsbourg, Frédéric III de Habsbourg) et Édouard IV d'Angleterre. Charles le Téméraire employa aussi toutes ses ressources à agrandir ses états aux dépens de ses voisins, surtout la Suisse et le duché de Lorraine.

Mais Charles subit deux sevères échecs : tout d'abord devant Beauvais en 1472, contre Jeanne Hachette, puis au cours de ses tractations avec l'empereur allemand Frédéric III, qui l'oblige à lever le siège de dix mois de la petite ville rhénane de Ness. L'Alsace se soulève contre lui notamment à cause de la mauvaise gestion de son bailli, Pierre von Hagenbach et son refus de la revendre pour la même somme à archiduc Sigismond d'Autriche. Au sud, les Bernois, inquiets, appuyés par de la confédération des XIII cantons Suisses, réagissent contre la duchesse Yolande de Savoie en prenant des places fortes (celles ci-après et Yverdon-les-Bains en Suisse) dans le pays de Vaud. Venu répondre à l'appel de ses alliés et de ses vassaux, Charles part en guerre contre eux (Guerre de Bourgogne). Dans sa précipitation, il commet beaucoup d'erreurs tactiques — comme de dépasser la ligne de solidarité des Suisses — et est battu à la bataille de Grandson et à la bataille de Morat, où son armée est exterminée en 1476. Louis XI est alors installé à Lyon.

En 1477, avec une nouvelle armée, Charles le Téméraire envahit le duché de Lorraine et met le siège devant Nancy (bataille de Nancy). Il y trouve la mort le 5 janvier, vraisemblablement de la main d'un gentilhomme de Saint-Dié, le châtelain de la Tour du Mont. L'un de ses généraux, le condottiere napolitain Campo Basso, qu'il avait insulté, le trahit et passe à l'ennemi. L'armée bourguignonne en déroute se replie vers le pont de Bouxières-aux-Dames, par lequel elle tenta de fuir vers Metz. C'est là que Campo Basso attendait sa vengeance. Croyant que ses cavaliers étaient fidèles et restaient là pour leur assurer le libre passage du pont, les Bourguignons se précipitèrent, mais Campo Basso, et derrière lui les Suisses, massacrèrent les fuyards. Une sortie de la garnison de Nancy acheva l'éparpillement des troupes bourguignonnes.

Trois jours après la bataille, le corps de Charles le Téméraire est retrouvé, nu et à demi dévoré par les loups, au bord d'un des étangs dits de Saint-Jean, à l'emplacement de l'actuelle place de la Croix de Bourgogne, à Nancy. Son cheval le Moro était tombé à côté de lui. Au centre de cette place, une simple croix marquait l'endroit (souvenir remplacé plus tard par un monument édifié à la mémoire du duc René II de Lorraine). Le cadavre n'est pas laissé sur place, mais exposé sur un lit de parade dans la maison de Georges Marqueix, au numéro 30 de la Grande-Rue. Cette maison n'existe plus aujourd'hui mais son emplacement est signalé par un pavage de granit noir et blanc dessinant une croix de Lorraine où est gravée la date 1477. La dépouille mortelle du Téméraire, d'abord inhumée dans la collégiale Saint-Georges de Nancy — aujourd'hui disparue — a été transférée à Bruges en 1550.

À la mort du dernier duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, en 1477, le roi Louis XI, enfin débarrassé d'un de ses plus puissants rivaux et vassaux insoumis, annexe la partie française du duché de Bourgogne (Bourgogne, Champagne, Picardie, Comté d'Artois), excepté la Franche-Comté. Marguerite d'York, veuve de Charles le Téméraire et protectice de la duchesse Marie de Bourgogne (héritière du Téméraire) pousse sa protégée, âgée de 20 ans à épouser en 1493 le futur empereur germanique Maximilien Ier de Habsbourg (1459-1519), faisant définitivement perdre à la France les Pays-Bas bourguignons (actuel Benelux), la partie étrangère du duché de Bourgogne (Belge, Allemande, Luxembourgoise), et la Franche-Comté (comté de Bourgogne). Le comté de Bourgogne ne sera reconqui que 201 ans plus tard en 1678 aux Habsbourg d'Autriche et d'Espagne par Louis XIV. L'héritage de Charles le Téméraire fut l'objet de nombreuses batailles entre rois de France et maison Habsbourg d'Autriche et d'Espagne pendant plusieurs générations. (Guerre de succession de Bourgogne 5 janvier 1477-23 décembre 1482)

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