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  le blog anthologie

yanick lahens

23 Mai 2019 , Rédigé par gentle13

Je connaissais, du moins, de nom sans jamais avoir lu Laurent Gaudé. Par contre Yanick Lahens je ne connaissais pas du tout. Aujourd'hui je la découvre dans ce livre là. Mais il y aussi le prix fémina 2014, je sais le temps a passé, cinq ans déjà... Le nouveau livre de Yanick Lahens : L'Oiseau Parker dans la nuit

Envoûtante comme un air de saxophone dans la nuit de Port-au-Prince, l'histoire d'amour au goût d'impossible que met en scène L'Oiseau Parker dans la nuit laisse le lecteur suspendu aux harmoniques de Yanick Lahens. Toutes les nouvelles rassemblées ici sont autant d'évocations des enchantements, des épiphanies, mais aussi des tragédies, des violences (urbaines ou rurales), des croyances séculaires, des pesanteurs, qui sont lot quotidien en Haiti.

Parus entre 1994 et 2006, ces textes se révèlent la genèse des romans futurs. Devenue une grande voix de la littérature de son pays, Yanick Lahens y annonçait, par la netteté de son style, par la force d'émotion et le souffle poétique qui s'y déploient, la puissance et l'importance de l'oeuvre en cours. Avec acuité et tendresse, l'auteure donne ici chair et corps aux femmes courageuses et aux hommes endurants qu'elle ne cessera de dépeindre, scrutant inlassablement la société dans laquelle elle vit.

 

Urbain, électrique, chatoyant, le nouveau roman de Yanick Lahens est tout entier contenu dans le beau paradoxe de son titre : ici, les personnages évoluent sur une scène, Port-au-Prince, dont la violence trouve son pendant dans une " douceur suraiguë ",

cette même douceur qui submerge Francis, un journaliste français, le soir de son arrivée, quand au Korosol resto-bar s'élève la voix cassée et intense de Brune, la chanteuse. Le père de Brune, le juge Berthier, vient d'être assassiné, sans doute coupable de ne pas avoir cédé aux pressions et aux menaces dont il était l'objet, et d'être resté intègre jusqu'au bout, dans cette ville où tout s'achète. A l'annonce de la mort de ce père qui lui a tout donné – l'amour de la musique, la confiance en elle, le chemin de l'exigence –, la raison de sa fille a manqué basculer. Aujourd'hui qu'elle s'habitue à l'évidence de la mort, tout son être pourtant refuse de consentir à la prudence et à la résignation que lui suggère Cyprien. L'amour que Brune éprouve pour cet ancien étudiant de son père vacille à mesure que Cyprien Novilus, gamin pauvre, devenu stagiaire dans un cabinet d'avocats, " fait l'important, le monsieur à costume et cravate ". Le réconfort, Brune le trouve dans le cercle de ceux qui se réunissent régulièrement chez son oncle Pierre. Lui non plus n'a pas renoncé à élucider le meurtre du juge, son beau-frère, même si deux de ses anciens condisciples à l'école des Frères de l'instruction chrétienne, devenus avocat influent et homme d'affaires, lui confirment que l'enquête n'aboutira jamais... Pierre, lui, est resté fidèle à lui même : revenu en Haïti après de longues années à l'étranger – ses parents l'y avaient envoyé très jeune, l'homosexualité n'était pas bien vue alors dans la petite bourgeoisie –, il vit reclus dans sa maison, malade, mais heureux de cuisiner les samedis pour ses amis. Tous font bloc autour de Pierre et de Brune, tous tentent à leur manière de résister à la ville où la violence et la corruption sont loi. Avec Ezéchiel, le poète qui rêve d'échapper par tous les moyens à son quartier misérable, avec Ronny l'Américain, dont Haïti est devenue la seconde patrie, avec Francis, qui a décidé que son premier reportage ici serait une enquête sur la mort du juge, Yanick Lahens nous entraîne dans une course folle, une plongée trépidante dans les entrailles de cette ville qu'elle aime, dont elle montre une fois encore, et de manière éclatante, qu'elle n'est ni un cauchemar ni une carte postale. Par une subtile alternance entre monologues intérieurs et descriptions, elle parvient à nous faire entrer dans l'intimité de chacun – dans celle du petit malfrat Jojo Piman Piké, comme dans celle de Brune, magnifique personnage de femme –, et à nous faire vibrer au rythme d'une magistrale écriture, rapide et syncopée.

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