Bonne lecture, merci à vous toutes et tous de me suivre dans cette aventure.
Amicalement
Gentle13
Bleu miel ou « l’étincelle des mots »
lundi 24 septembre 2007.
Avec Bleu miel titre qui pourrait sembler énigmatique ou surréaliste, Ile Eniger nous entraine à l’orée d’un bois où nait une clairière. En quittant la forêt de son quotidien, l’auteure nous invite à la découverte de son nouveau visage. Il est naturellement celui de l’écriture, mais il est aussi celui de la vie de l’écriture, où les mots sont du sang, de la salive, des sentiments, et où la souffrance et la joie s’embrassent et se déchirent.
Bleu miel, deux couleurs, deux senteurs, deux univers. Le premier impalpable et souvent froid, neutre dans sa profondeur qui peut devenir égarement, l’autre qui évoque Phébus, l’astre Roi, qui ordonne au monde et commande aux espèces. La couleur qui donne la vie, la réchauffe, la bouscule dans la récréation sempiternelle des saisons.
Ile Eniger vient de sortir de ce bleu, de cette eau originelle pour entrer dans la lumière du feu, dans la passion du jour. L’auteure a pris tout son temps pour assembler les pièces majeures de son puzzle. Son avenir frappe à sa porte. Est-elle prête à franchir la ligne blanche qui partage la vie ?
Je le crois, car son écriture s’est affranchie des pliures du doute. Le chemin, un moment égaré, soulève ses paupières, il respire le vent du large. Il porte la phrase fidèle et magique. Il incarne cette impatience qui dévore les pas où naissent les histoires, celles de l’être qui se cherche sans savoir qu’il vient de se trouver. "Je sais maintenant, me confie Ile Eniger, que j’écrirai toute ma vie...".
Cet aveu, souriant comme une aile que l’on déploie, permet à l’auteure d’habiller son corps de la couleur du miel, miracle du mystère où pousse la graine insolente et fière de la vie !
L’écriture d’Ile Eniger fascine, subjugue et finit par vous retenir au sein de ses phrases courtes, élancées, nerveuses et nues.
Les mots s’agitent, prennent la parole, le texte se métamorphose en paysage, en scène où les objets eux-mêmes vous interpellent, vous prennent à témoin, vous accusent de ne pas entrer, de ne pas entendre, de ne pas participer... Avec Ile Eniger, l’indifférence n’est pas de mise, car l’existence est bien trop courte pour ne pas tenter l’impossible. Chaque texte est un voyage, une aventure où l’on entre sans choisir, où les yeux capturés par les caractères, se retrouvent au beau milieu de la page entre une route maigre, un escalier qui se cherche une destination, un passage qui s’ouvre, un chien qui aboie, une bougie encore fumante et l’arbre qui frappe aux carreaux tandis que les étoiles prudentes demeurent au sommet de la nuit !
Lecteur, tu ne pourras jamais t’asseoir sur le seuil de ce livre, car l’espace, tout l’espace est rempli de ces choses qui font et défont notre marche. Et si tu tends l’oreille et poses ton cœur sur les mots, alors je te promets l’ivresse d’une heure qui ne finira pas...
"Vous vêtir ?je dis grège, un état grège, un état naturel. Votre saveur ? fruits rouges. Votre regard ? bleu miel, un métal bien étrange. Vous définir ? un autel sans dimanche, sans messe, loin des foules. Voisine des forêts. J’aime chez vous le poivre, la pointe qui résiste. La rigueur qui nuement s’abandonne. Vous dites que la pierre concentre la vitesse, que seul un amour sauve, que la joie se balance entre un rire d’enfant et le chant d’un moineau. Qu’il ne suffit le rêve mais la poigne à le vivre. Vous parlez de silences, d’arbres patients, de soleil égoutté chaque soir sur la mer, de lumières de route. Les gens comprennent mal ces choses que vous dites. Le roc, le centre, le magma, ce qui respire et vit sans fiche explicative, ces mondes les fatiguent. Dans la maison en flammes, vous sauvez cette chose que personne ne voit. Et moi si loin de vous, je m’étonne toujours à vous sentir si proche."
Gentle13
« Le lundi 20 juillet de l’an 1304, au lever de l’aurore, dans un faubourg d’Arezzo appelé l’Horto, je naquis, en exil, de parents honnêtes, Florentins de naissance et d’une fortune qui touchait à la pauvreté. »
— Epistola ad Posteros, (Épître à la Postérité) Pétrarque
Le notaire Pétracco emmène son fils à Pise, puis en Provence à la suite du Pape Clément V après avoir obtenu un emploi à la Cour Pontificale d’Avignon .
Il commence ses études de droit à Montpellier (1319) puis à Bologne où il découvre la poésie lyrique en langue vulgaire. Orphelin en 1325, il revient en Avignon, ne souhaitant pas poursuivre ses études de droit, ni même aller plus loin dans la carrière ecclésiastique.
A 23 ans, il rencontre, dans l’église Sainte Claire, le 6 avril 1327, celle qu’il aimera et célébrera jusqu’à son dernier souffle et qu’il nomme Laure. L’identité de cette muse est, à ce jour, restée mystérieuse. Certains historiens pensent à Laure de Noves.
Avec son frère Ghérardo, qui fut également son compagnon d’études, il s’étourdit dans les plaisirs de la vie mondaine, mais, à ce rythme, l’héritage fondit comme neige au soleil.
Pour vivre, Pétrarque choisit le secours des Prébendes et reçut les ordres mineurs en 1330. Il devint alors le chapelain du Cardinal Colonna.
Cette charge lui permit de voyager fréquemment notamment en Flandre, en Rhénanie et à Paris.
Cette existence de nomade lui ouvrit les portes des bibliothèques des couvents et des cathédrales, où il découvrit de véritables trésors.
Son voyage à Rome (1336-1337) fut la révélation du monde antique.
A la suite de l’ascension (la première) du Mont Ventoux avec son frère et deux serviteurs, que les curieux pensaient voués à une mort certaine, il se convertit définitivement ce qui, loin d’apaiser cette âme inquiète et souvent instable, ajouta le tourment religieux, à ceux de la gloire naissante et de l’amour sans cesse écartelé entre l’extase et la rupture.
Son installation en Avignon, ne lui procura que des précieuses relations car la vie trépidante lassa peu à peu le poète qui acheta en 1337, la maison de Vaucluse.
Ce lieu privilégié permit à Pétrarque de donner naissance à toutes ses grandes œuvres. Son prestige, avec les années ne cessa de grandir. Il fut invité à démontrer devant le Roi Robert à Naples des talents artistiques qui lui valurent d’être couronné "Grand Poète et Historien" à Rome en 1341.
Sa rupture avec les Colonna (1347) permit au Poète, durant les 3 années qui suivirent, de sillonner le Nord et le centre de l’Italie. Ce qu’espérait Pétrarque, c’était la sécurité financière qui lui permettrait le libre choix de ses activités.
C’est dans cet espoir qu’il accepta la protection des Visconti à Milan, puis celle de la Sérénissime et enfin celle des Carrare à Padoue.
Son voyage à Prague (1356) fit de l’ancien fils de notaire un Comte palatin. N’oublions pas les missions diplomatiques auprès de l’Empereur venu en Italie (1354-1356) et celle auprès du Roi de France à Paris (1361) qui permirent à l’envoyé des Visconti d’être l’insigne orateur de la concorde.
Son existence sinueuse et agitée est la preuve d’une inquiétude véritable qui tiraillait l’homme entre la chair et la foi, la retraite et la vie mondaine.
Le poète constata rapidement son inaptitude à suivre les pentes abruptes du renoncement ascétique. Cette voie qu’emprunta son frère ne serait jamais la sienne, mais il sut peu à peu partager son temps entre un labeur acharné, la prière, la méditation des textes sacrés et la lecture des anciens et la révision de ses propres créations. Pour ce poète humaniste, primaient les œuvres latines.
Il s’efforce alors d’égaler les anciens dans leur langue. Il écrit des lettres comme Cicéron et un poème épique (les Bucoliques) comme Virgile.
Il entretient des relations avec les grands de ce monde, l’empereur, les papes... Le décès de sa muse, Laure, emportée par la grande peste de 1348, rend à l’Italie le poète touché en plein cœur.
Il partage les 25 dernières années de sa vie entre les environs de Milan et ceux de Venise, se consacrant tour à tour à la littérature profane et à la littérature sacrée, à ses "rimes" d’amour et à ses ouvrages .
Il expire, dit la légende, sur un manuscrit d’Homère, à Arqua près de Vicenca à l’âge de 70 ans.
Il laisse une œuvre considérable, en partie inachevée. Les véritables monuments de son labeur sont les poésies latines, les Eglogues (1336), les Epîtres Métriques et l’Africa, inachevé, poème épique consacré à Scipion.
Le titre de gloire de Pétrarque, c’est son œuvre écrite à italien , Le Canzoniere et les Trionfi.
Le Canzoniere, recueil de 336 poésies, intitulées initialement Rerum Vulgarium Fragmenta (les fragments de choses en langue vulgaire) est presque exclusivement consacré à l’amour du Poète pour Laure. Ces Poèmes composés puis repris, pendant plus de quarante ans, occupèrent Pétrarque jusqu’au seuil de sa mort, véritable livre d’heures d’une âme sans cesse en équilibre entre l’ascension et la chute.
Les "Trionfi", est une œuvre dans laquelle Pétrarque vers 1352, essaie de rivaliser avec l’auteur de la Divine Comédie en donnant, dans le cadre d’une vision épico-dramatique, un sens philosophique à sa propre histoire.
Pétrarque partage avec Dante et Boccace, le mérite d’avoir révélé l’Antiquité à l’Europe qui adoptera, pendant près de 3 siècles, ce modèle.
Pétrarque est le précurseur indiscutable de la Grande Poésie lyrique du XIX ème siècle et c’est, à nos yeux, là que réside son extrême originalité. Il a su se dégager de toutes les influences provençales, bolonaises, florentines, pour nous parler quatre siècles avant Léopardi, de l’amour, de la Patrie, de la mort, de la nature et de Dieu, employant une langue poétique souple et musicale qui font de ce poète un voyant que ni l’espace ni le temps ne pourra atteindre.
"Les cheveux d’or naguère étaient à Laure épars,
qui les entrelaçait en mille tendres nœuds,
Et la belle clarté brûlait outre mesure
Des beaux yeux qui en sont maintenant si avaresEt il me paraissait (était-ce vrai ou faux ?)
Que la pitié avait coloré son visage
Moi qui gardait au cœur la mèche de l’amourFaut-il s’émerveiller que soudain j’aie brûlé ?
Et sa démarche était non de chose mortelle,
Mais d’une créature angélique, et sa voix
Résonnait autrement que la parole humaine.C’est un esprit céleste et un vivant soleil
Qu’alors je vis ; si maintenant elle a changé,
La plaie ne guérit pas quand l’arc est détendu."
Canzoniere (le chansonnier)
Gentle13
Cet ouvrage nous transporte de l’autre côté de la mer, où les souvenirs, devenus impalpables, se mêlent à la
D’où provient ce miracle ? Inutile de chercher bien loin ce qui crève les yeux. En effet, depuis qu’elle tient une plume, Olympia sait dompter les mots, les soumettre à sa volonté d’images, de rythmes et à sa profonde humanité.
Elle a le goût de l’écriture sonore qui évoque et bouleverse, qui vous saisit à bras le coeur. Elle noircit une page comme elle frotterait une lampe magique. Aussitôt « le bon génie » paraît et exauce les vœux de l’auteure qui, comme le vent, cherche à coiffer l’impossible de son bonnet de joie.
Ce livre est un journal d’âme. Il évoque des situations, des lieux avec une telle intensité que l’on sent les odeurs monter de la terre, les arbres danser sous la caresse du jour, mais aussi la poussière du chemin, la respiration de la mer et toute la simplicité de cette vie dont l’écho pénètre le lecteur d’une douce violence, comme les couleurs suaves et chaudes qu’entretiennent les comètes.
Le rêve est là, éveillé, comme sorti de son berceau, il marche, parle, s’agite, il cherche à capturer notre regard, sa présence devient familière comme le sable errant dans la rue Abou-Nawas, comme le jour dessine et rature les formes et les lignes, attachés à la course du soleil. Alors, quand on a vécu sous le feuillage des légendes, au milieu d’un éblouissement qui, sans cesse, entrebaille la porte du quotidien, il est presque impossible de vivre ailleurs, où les maisons se ferment, les rues se métamorphosent en moteurs bruyants aux chaussures de gomme et où les voisins se griment à l’abri de leurs volets mi-clos, cherchant à brouiller les heures en agitant le mirage d’un emploi du temps imaginaire.
L’éternité semble dormir là-bas, où « la grande bleue » incarne la liberté d’être et la joie de vivre avec le pain si chaud, si tendre, si vivant, si drôle. Ici, ce pain n’a plus de goût, il est devenu fade, triste, presque résigné sous sa croûte brune.
Alors, on rouvre la fenêtre, celle qui donne sur l’écriture, sur le voyage, celle qui possède la profondeur de l’infini où l’on puise l’eau pure et fraîche dans la paume d’un monde que l’on ne peut oublier. Il est devenu cette cicatrice qui semble coudre le cœur en son milieu, comme une frontière, et qu’un chagrin trop lourd ne manquerait pas de déchirer.
Peut-on réapprendre à vivre, comme on apprend à marcher ? Ici, le paysage est si différent. Ici, on dirait un décor qui chercherait des comédiens pour l’animer... Ici, on ne devient qu’une existence...
Il ne reste plus, pour se sauver du naufrage, que la création... Qu’elle entre, submerge, emporte tout sur son passage laissant la vie, plus vraie que la parole, surgir de la grisaille avec cette sincérité qui transporte les âmes au-delà de cette petitesse qui écrase les jours entre les doigts poisseux du quotidien.
Ce livre est une beauté qui se visite comme une révélation sous l’œil bienveillant de la lumière.
"J’écris pour les mains calleuses
Qui jamais ne toucheront mes livres
Pour les analphabètes
Et ceux qui ne croiseront jamais
Qu’au large de mes mots
J’écris pour ceux qui ont soif
Qui ont faim du seul pain
Qui leur manque
L’Amour
J’écris parce qu’ils ne le savent pas
Et qu’ils se trompent pour de l’argent,
J’écris pour essuyer le crachat
Des racistes à leur visage
J’écris là pour leur rendre
Un jardin -
Celui qu’ils m’ont pris
Sans le savoir"
"j’ai vécu au bord d’une plage de bleu et de sables lents à s’étirer. Les promenades m’y étaient moins solitude que communion, parfois, avec le monde, ouverture au chant subreptice des êtres. Les claquements de vagues me firent souvent élargir le cercle de mes pas ; j’allais, plus loin, jusqu’aux jardins intérieurs, où des airs de flûtes cascadent et font leur fraîcheur. Un jour, je dépassai un mur délité bordant un jardin immobile : il semblait veiller à contenir un parfum, une histoire. Revenant des rosées d’une autre musique, je m’arrêtai. Le mur se craquelait, des plaques de sable séché s’en étaient exco- riées. Cette retenue précaire de terre ocre attirait ma paume : je la posai sur l’om- breuse pierre ameublie. Je n’attendais rien, j’étais."
Bonjour un petit recueil de tout beauté découvert à l'instant sur panorama du livre, Victor Varjac écrivain et poète nous présente "A tire-d'heures" là encore je trouve l'extrait du poème très beau. Lire et écrire encore et toujours cette passion qui m'anime c'est un feu qui couve, une braise éternelle qui réchauffe mon âme et mon esprit. La poésie c'est le chemin qui mène vers la liberté de l'esprit c'est de voyager au dessus des vicissitudes de la vie et au delà des horizons étroits du matérialisme
Gentle13
Nous retrouvons dans cet accouchement une sorte de joie où se mêle l’urgence de vivre, la beauté de s’épanouir dans la fleur du jour et de s’enivrer de ses parfums changeants. Ne pas, ne plus attendre que demain s’empare de cet espace à la fois immense et minuscule dans lequel nous devons employer notre existence, permet à l’auteur de poursuivre sans encourager les ombres. Le tic tac de la pendule, cette aiguille qui tourne et vrille nos poitrines, rappelle à chaque page que nous devons cueillir et partager tout ce qui pousse sur notre chemin.
Mais attention, méfions nous de ce qui se trouve à portée de main et qu’aucun obstacle, qu’aucun rempart ne protège ! La facilité cache toujours en son sein les mâchoires d’un piège bien plus dangereux que les crocs de l’abîme !
Le paysage que nous offre le poète, ressemble à un vitrail de cathédrale. Notre regard ne parvient pas à saisir toutes les images. Le lecteur a l’impression d’être dans un kaléidoscope qui éclate, éparpille mais il n’en n’est rien, bien au contraire. Ne nous laissons pas abuser par cet itinéraire, il incarne justement l’impasse où les hommes se ruent croyant reconnaître un raccourci !
Une étonnante unité se fait jour lorsque l’on approche l’oreille de son cœur. Nous retrouvons alors le sentier d’ombre et de mystère où les fleurs surgissent ici ou là pour mieux nous tenter ou nous perdre. Malgré sa jeunesse, Laetitia Marcucci a fait un pacte avec le Verbe et les mots lui semblent soumis. Les Glycines, par exemple, sont chargées du poids de la fatalité et nous retrouvons, à peine effacés, les pas de cette Grèce Antique, qui poursuit dans nos songes, son voyage intérieur.
Cette poésie est de la chair vivante. Elle semble appartenir à ce lointain passé que nos mains cherchent parfois dans les livres. En magicienne, l’auteur tutoie les mots faisant apparaître l’histoire même de nos songes. L’écriture devient l’intermédiaire entre le paysage de notre présent et les élans de notre âme. Cet espace où le temps sème des planètes, boit le frémissement de nos visages tandis que le sable se mélange à nos paroles.
Laetitia nous rappelle que l’errance ne fera pas fléchir le grand sablier.
La vie ressemble à une proposition multiple, sans cesse renouvelée mais le galop de l’âge ralentit peu à peu la marche de nos êtres. Ces pages flamboyantes sont les témoins d’une quête mystique où le poète combat des interdits et la fatalité :
"Mon estomac se serre
et je sens le poids des heures
me flageller de doutes
gifles de fleurs
inutiles pleurs
il faut prier
mais que serait une prière sans fleurs..."
Laissons-nous emporter par ce verbe d’une richesse visible. Ne craignons pas de pénétrer dans la chair du voyage car se perdre n’est-ce pas justement se retrouver ?
"J’en appelle aux frontières et aux lagunes je cherche le Verbe la cadence et le timbre qui nous ancreront dans le temps présent de la résurrection des rêves..."
Le cru « Alain Lefeuvre » 2006 est exceptionnel, nous ne pouvons que le recommander chaleureusement à tous les lecteurs. Il sera un compagnon de vacances et un ami de tous les jours.
Je, François Villon ou La trajectoire flamboyante de la lumière et du sang
mercredi 18 octobre 2006.
Monseigneur Thibaut d’Aussigny, jeune évêque, menaça la jeune mère, sauvée par sa grossesse, d’une fin inéluctable et prochaine. N’avait-elle pas déjà les deux oreilles coupées pour vols ? Cette récidiviste ne pourrait s’arrêter, c’est donc sous la menace du jeune dignitaire religieux que la mère quitta l’hôpital serrant très fort son nouveau né dans ses bras.
Jean Teulé, pardon, François Villon va nous entraîner dans ce Paris du 15ème siècle, plus vrai que nature. La vie pulvérise, dès la première page, la distance et le temps qui nous séparent de cette époque.
L’écriture de l’artiste nous permet, non plus de lire, mais bien de vivre, c’est-à-dire d’utiliser nos cinq sens « comme si nous y étions ». Les personnages ne sont plus des mots mais des êtres que nous côtoyons. Nous assistons, impuissants, malgré notre révolte et peut-être même nos tentatives d’interventions, aux derniers moments de la mère du futur poète. Elle est condamnée « à souffrir mort et à être enfouie toute vive devant le gibet de Montfaucon ». De cette atrocité, véritable cataclysme intérieur, naîtra la première ballade :
" Dites-moi où, en quel pays
Est Flora la belle Romaine »"
Villon ira clouer cette première œuvre sur un des poteaux du gibet où les doigts du vent agitent malicieusement les cordes et les chaînes dans l’ombre des corps décomposés.
Rien de la cruauté du temps ne nous est épargné . Nous sommes devenus les otages de ce quinzième siècle où l’on découvre un quotidien tellement éloigné de notre existence que nous découvrons les gestes, les occupations de cette époque fascinante et terrifiante à la fois.
Jean Teulé, nous permet de nous pencher par-dessus l’épaule du poète et d’assister à la création de ces plus fameuses ballades. C’est aussi la naissance de la langue française. Premiers pas vers la modernité. On sent à quel point la poésie est à l’origine de toute chose. Le Verbe créateur semble ici s’être fait chair, c’est-à-dire souffrances, cris, mais également rires, jeux, parfois interrogations, souvent prières...
Le poème devient alors une sorte de véhicule sur lequel la pensée traverse les générations tenant dans ses poings solidement fermés, la mémoire vive de nos ancêtres, en un mot, de notre histoire à travers la chaîne des générations.
Comment ne pas, au-delà de ce visage, surgi du passé, être troublé par tous ces sentiments. En refermant cet ouvrage, on ne peut s’empêcher d’entendre les voix de ces êtres qui nous ont précédés. Bien plus qu’un roman, cette biographie nous permet de toucher, de voir, de connaître un Villon comme aucun cours d’histoire n’a pu nous le proposer.
Un maître livre qui nous ouvre toutes grandes les portes de la poésie d’un artiste exceptionnel dont la trajectoire flamboyante et terrible traverse notre monde l’éclaboussant de la lumière des anges et du sang des hommes !
"Dites-moi où, en quel pays
Est Flora la belle Romaine,
Archipiades, et Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine ;
Écho, parlant quand bruit on mène
Dessus rivière sur ou sur étang,
Qui beauté eut trop plus qu’humaine.
Mais sont les neiges d’antan ?Où est la très sage Héloïs,
Pour qui fut châtré et puis moine
Pierre Esbaillart à Saint-Denis ?
Pour son amour il eut cette peine.
Semblablement, où est la reine
Qui commanda que Buridan
Fût jeté en un sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d’antan ?La reine blanche comme lys
Qui chantait à voix de sirène,
Berthe au pied plat, Biétrix, Aliz
Haremburgis qui tint la Maine,
Et Jeanne, la bonne Lorraine
Qu’Anglais brûlèrent à Rouen,
Où sont-elles, où, Vierge souveraine ?
Mais où sont les neiges d’antan ?Prince, ne chercherez de la semaine
Où elles sont, ni de cet an,
Sans qu’à ce refrain, je vous ramène :
Mais où sont les neiges d’antan ?"
« L’évêque incrédule me prend dans ses mains comme une bizarrerie qu’il soulève par les aisselles. Ses yeux sont vitreux. Il a des gants en peau de chien et une bague à l’annulaire. Je pisse sur sa croix pectorale. Ah, par le coeur de Dieu ! Sale fils de putain ! Celle qu’il appelle putain -ma mère- vient de s’évanouir en entendant dehors un homme qui a crié un prénom de femme : « Marie ! » Puis on perçu un claquement. Tandis que la novice ouvre à nouveau la fenêtre donnant sur la foule du parvis, la ventrière qui me récupère soupire en contemplant ma mère : « Pauvre gamine de vingt ans, son lait sera corrompu d’ennui et de tristesse. Tenez, sœur Tiennette, enveloppez l’enfant en blanc drapeau. » L’adolescente vient me lier étroitement bras le long du corps, dans des linges serrés par des bandelettes d’où seule la tête dépasse. Je ressemble à une chrysalide inondée de soleil. Soudain, le regard de l’évêque s’allume et va sur moi, cruel et précis comme un doigt : Là ! Regardez. Cette fine bande d’ombre en travers sur le maillot du nourrisson. C’est l’ombre de la corde qui vient de pendre son père. Ah, la chose est moult plaisante ! La ventrière referme la fenêtre : Ce pauvre gars Montcorbier qui désespérait de trouver un travail de porteur sur la place de Grève. Il n’aura même pas vu sa progéniture. »