Bonne lecture
Gentle13
Charles Baudelaire, vous connaissez, naturellement, mais si j’ajoute « et Jeanne Duval ? », bien peu répondront par l’affirmative. Aussi, je vous suggère d’entrer avec moi dans le roman de Mickaël Prazan : « La maîtresse de Charles Baudelaire » aux Editions Plon.
Victor Varjac
L’auteur de cet ouvrage, dans un avertissement au lecteur, se présente comme un ami du poète, qui, au soir de son existence, a suivi la carrière de Charles jusqu’à sa disparition et qui aurait reçut, de la bouche même de Jeanne Duval, les confidences qu’il transforma en récit : " J’ai fait de mon mieux ", nous dit l’auteur, car il voulait retrouver la trace de la vérité. Tant de mensonges et de fables naissent des cendres encore chaudes des artistes disparus !...
Le récit commence en 1842, où nous rencontrons Charles Baudelaire, qui venait d’atteindre sa majorité. Il était inscrit à la faculté de droit, mais rassurez-vous, il sécha les cours et ne passa jamais le moindre examen.
Le poète était « maigre comme une tige », il avait fière allure, poussé par l’impatience de la jeunesse. Il était optimiste et joyeux, car il allait recevoir l’héritage de son père, c’est-à-dire soixante quinze mille francs de l’époque soit environ trois cent mille de nos euros. Mais une telle somme, entre les mains, d’un poète, ressemble à une dune de sable aussitôt pillée par des rêves carnivores.
Nous aurons tout le temps de parler de cette méchante affaire d’argent qui tourmentera Charles toute sa vie. Comment peut-on, comment ose t-on importuner « un voleur de feu », un pirate sans peur, qui vogue à l’assaut du langage, engrossant le vocabulaire d’images inouïes avec des « querelles financières » ?
Décidément, les affaires des hommes sont autant de pierres que le quotidien glisse dans les poches des artistes, cherchant à les clouer sur l’étroite planche de la matière.
(L’Albatros)" ... Exilé sur le sol au milieu des huées
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher."
C’est alors que Mademoiselle Berthe entre dans le récit. Elle s’appelait en vérité Jeanne Lemer. Elle était la maîtresse du moment de Tournachon, qui deviendra célèbre sous le nom de Nadar.
La jeune comédienne jouait, au théâtre de la Porte Saint Martin, une pièce, que l’histoire a oubliée : « le système de mon oncle », vaudeville invraisemblable sans écriture et sans saveur, mais qui permit à notre poète de découvrir, à la fin de l’acte premier, une soubrette, belle jeune fille " à la démarche inhabituellement chaloupée...aux gestes lents, empreints d’une rare sensualité. "
Dès qu’elle parut sur scène, le public surprit par la couleur ambrée de sa peau, son allure exotique, se moqua d’elle. La foule a toujours craint la différence et se défend de sa surprise, en laissant libre cours à sa méchanceté, d’autant plus cruelle, plus incisive qu’elle jouit de l’anonymat et donc de cette impunité si confortable, si rassurante qu’aucun des êtres responsables du désordre ne se sent mis en danger par ses actes.
Seul, Charles, devenu muet d’admiration, semblable à un chêne piqué par un éclair, buvait du regard la voluptueuse apparition. La tête en feu, Charles quitta de théâtre, sans un mot. Le lendemain, il convoqua son ami et lui proposa un stratagème digne du vaudeville qu’il avait vu la veille. Le but était de faire la connaissance de cette « déesse des îles lointaines » car sa propre vie en dépendait.
"Il faut que, confia Charles à son ami, par la manière dont je ferai sa connaissance, elle ne puisse se refuser à moi, et que notre rencontre soit aussi belle et romanesque qu’une légende."
Mais les évènements suivent rarement les chemins que l’homme lui prépare. Le destin reste maître de nos aventures, et tient fermement nos existences par la crinière des jours.
Cette rencontre changea le quotidien du poète et durant une vingtaine d’années, il vécut une passion lumineuse parfois, terrible souvent, qui poussera les deux amants, au bord du gouffre où l’éternité cache ses trésors.
Lecteur, si tu veux entrer dans l’intimité d’un des plus grands poètes français, je te propose un saut dans le temps et l’espace. Cette expérience rendue possible par la plume de Mickaël Prazan, te permettra de rencontrer, de vivre les heures les plus folles, les plus lumineuses mais aussi les plus terribles de ce couple sulfureux qui enfanta l’une des œuvres maîtresses du XIX « Les Fleurs du Mal ». Mais oseras-tu tes pas dans un siècle dont tu ignores... presque tout ?
"Je risquai un regard du côté de mon voisin de banc. Lui était au contraire subjugué par cette apparition. Les yeux écarquillés et la bouche si entrouverte, Charles avait l’air pétrifié, comme si le regard de la Méduse l’avait à l’instant foudroyé. Cette soubrette, en dépit de son accoutrement ridicule, de son rôle ingrat, de ses gestes étranges et de sa voix grave qui surprit la salle lorsqu’elle donna la réplique, était bien une déesse, surpassant par sa splendeur et sa taille haute, sa distinction sans fard et son regard voluptueux, la plus belle des plus nobles du faubourg St Germain. Quand nous quittâmes le théâtre, Charles, encore sous le coup du sortilège, ne prononça pas un mot. Nous marchâmes en silence dans la nuit qui s’égayait des lumières festives du faubourg Beaumarchais. Je lui fis part de mon indignation et entamai un laïus plein de conviction sur l’abolitionnisme, pour lequel la plupart de nos connaissances militaient au milieu d’une profonde indifférence. Non seulement l’esclavage régnait encore dans les îles dont Jeanne était originaire, mais ceux qui avaient pu être affranchis, ou étaient issus de quelque bâtardise les faisant libres à la naissance, étaient proscrits en France où ils n’étaient que très exceptionnellement autorisés à séjourner. La seule présence de Jeanne à Paris, aux yeux de notre bonne société, était un crime ou une parfaite incongruité. Charles demeurait muet, n’écoutant que d’une oreille distraite mes arguties enflammées. Au bout d’un moment, il interrompit sa marche et, me coupant au milieu de ma tirade, me donna sèchement congé en rebroussant chemin. Je le regardai disparaître dans la direction du théâtre qui nous venions de quitter."

Prix Médicis Etranger 2007
Qu’est-il arrivé à Shmiel Jäger, à son épouse Ester et à leurs quatre superbes filles ? Pour leurs parents émigrés en Amérique, ils sont morts au tout début de l’occupation de la Galicie par les Allemands, dénoncés par leur bonne polonaise. Né en 1960 Daniel Mendelsohn, petit neveu de Shmiel, a toujours douté de cette version officielle, et, dès son enfance, s’est mis en quête de la vérité...
Qu’est-il arrivé à Shmiel Jäger, à son épouse Ester et à leurs quatre superbes filles ? Pour leurs parents émigrés en Amérique, ils sont morts au tout début de l’occupation de la Galicie par les Allemands, dénoncés par leur bonne polonaise. Né en 1960 Daniel Mendelsohn, petit neveu de Shmiel, a toujours douté de cette version officielle, et, dès son enfance, s’est mis en quête de la vérité. Ce livre est à la fois le résultat d’ une vie d’enquête, et le récit de cette enquête elle-même. Un récit volontairement tortueux : tout est dit quand l’auteur compare la narration classiquement chronologique de la bible à celle de l’Iliade, fourmillante d’histoires dans l’histoire. Daniel Mendelsohn ne se contente pas de compiler les témoignages pour retracer le destin de ses Disparus. Il livre aussi les circonstances dans lesquels ils ont été recueillis, les histoires des témoins, et la façon dont il a retrouvé leurs traces. Celles-ci l’ont conduit en Australie, en Israël, au Danemark, et bien sûr à Bolechow, cité galicienne dont est originaire sa famille et où Shmiel, seul, était resté. Au fil de ses recherches, la véritable histoire des Disparus se fait jour. Frydka, fille de Shmiel, a aimé un jeune catholique qui est mort avec elle ; sa sœur Lorka elle aussi survécu aux premières Aktionen avant de rejoindre la résistance et d’être rattrapée par la barbarie nazie… Mais cette enquête n’est pas qu’historique. En s’attachant autant aux faits qu’à la psychologie et à l’entourage de ses Disparus, l’auteur donne à son livre l’allure d’un atelier proustien, où le lecteur voit, à force de détails accumulés peu à peu, le passé ressusciter sous ses yeux.
Mot de l'éditeur
Dans la famille de Daniel Mendelsohn, il y a un trou : en 1941, son grand-oncle, sa femme et leurs quatre filles ont disparu dans l’est de la Pologne. Comment
sont-ils morts ? Nul ne le sait. Pour résoudre cette énigme, l’auteur part sur leurs traces. Le résultat ? Non un énième récit sur la Shoah, mais un formidable document littéraire, à la fois
enquête dans l’Histoire et roman policier. Écoutons ceux qui l’ont lu : Joyce Carol Oates : « Daniel Mendelsohn a écrit une oeuvre puissamment émouvante sur le passé “perdu” d’une famille, qui
rappelle à la fois l’opulence des oeuvres en prose de Proust et les textes elliptiques de W.G. Sebald.» Jonathan Safran Foer : « Entre épopée et intimité, méditation et suspense, tragédie et
hilarité, Les Disparus est un livre merveilleux. » Traduit de l’anglais par Pierre Guglielmina.
Gentle13
Né à Beyrouth (Liban) en 1949, Amin Maalouf vit à Paris depuis 1976. Après des études d’économie et de sociologie, il entre dans le journalisme. Grand reporter pendant douze ans, il a effectué des missions dans plus de soixante pays. Ancien directeur de l’hebdomadaire An-Nahar International, ancien rédacteur en chef de Jeune Afrique, il consacre aujourd’hui l’essentiel de son temps à l’écriture de ses livres.
Voici une biographie plus détaillée...
Amin Maalouf
dimanche 1er juin 2003.
"Pour connaître le monde, il suffit de l’écouter. Ce que l’on voit dans les voyages n’est jamais qu’un trompe-l’oeil. Des ombres à la poursuite d’autres ombres." le périple de Baldassare
Amin Maalouf est tout d’abords un merveilleux conteur et cela explique certainement une grande partie de sa popularité.
Ces romans sont passionnants et foisonnants de détails historiques à tel point que l’on a parfois du mal à croire que ses personnages sont purement fictifs. Son style soutenu ne laisse rien au hasard mais reste néanmoins accessible à tous les lecteurs.
Il est indéniable que son impressionnante érudition y est pour beaucoup mais cela n’explique pas tout. Son passé de journaliste lui a aussi permis d’avoir un regard très spécifique sur le monde : à la fois précis et à la portée de tous car écrit Pour tous.
En effet, Amin Maalouf ne conçoit pas l’écriture comme un métier de culture qui serait réservé à un petit nombre : "Quand je commence à écrire, je sens toujours que je m’adresse aux lecteurs" (propos recueilli par Hamidou Dia).
Ces romans se situent dans un passé historique sur lequel il a longuement travaillé avant d’écrire la moindre ligne. Ainsi, il devient à la fois un véritable journaliste des chroniques du passé et un véritable conteur de par l’exotisme et la richesse de ses écrits. Exilé lui-même, intègre et pointilleux comme il sait l’être, il ne pouvait pas ne pas montrer du doigt à travers ses romans l’absurdité et la répétitions des haines entretenues ...
Pour connaître l’avenir, penche-toi sur le passé...
"Lorsque la foi devient haineuse, bénis soient ceux qui doutent !" Le périple de Baldassare, "Toutes les langues, toutes les prières, m’appartiennent, je n’appartiens à aucune" Léon l’Africain
Chacun des romans d’Amin Maalouf montre l’absurdité des conflits identitaires et religieux.
Que ce soit dans Les Croisades vues par les Arabes, dans Léon l’Africain ou à travers l’histoire de Tanios dans le Rocher de Tanios, ce romans entremêlent l’histoire propre de ses héros et celle, implacable de notre histoire commune.
Sa vision intégre du monde issu de son métier de journaliste s’exprime clairement dans les différents récits des politiques en oeuvre que ce soit au temps des croisades, au XVIème siècle ou au XIXème.
Ce qui frappe c’est la répétition constante des horreurs causées par le fanatisme, le racisme et la stupidité humaine comme si l’Histoire n’était qu’un éternel recommencement jusqu’au jour où l’Homme apprendra enfin à ouvrir véritablement son coeur à la tolérance dans une "vision d’une humanité à la fois fondamentalement une et respectueuse de toutes les différences". (Propos recueilli par Hamidou Dia)
Amin Maalouf et la quête identitaire
"Ton destin s’arrête où ta vie commence" le Rocher de Tanios, "N’hésite jamais à t’éloigner , au-delà de toutes les mers, au-delà de toutes les frontières, de toutes les patries, de toutes les croyances" Léon l’Africain
Ce qui frappe chez les héros de ses romans c’est qu’il sont eux-même, à un moment ou un autre de leur vie des étrangers sur leur propre terre, des être en rupture avec leur culture d’origine. Tout comme Amin Maalouf, lui-même exilé. Frappé par le destin et /ou la main de Dieu, ses personnages n’ont qu’un seul choix possible : celui d’accepter la fatalité ou de s’exiler pour refuser d’être témoin et complice de faits qu’ils réprouvent que soient au niveau historique global (Léon l’Africain) ou au niveau personnel (le Rocher de Tanios).
Les personnages d’Amin Maalouf s’exilent non pour fuir mais pour être maître de leurs propres destins. Ils partent pour se trouver et être fidèle à leur coeur, un coeur épris de justice, de fraternité et de paix... un beau rêve ?!
Vie brève
Né en 1954 à Cholet, Serge Ritman (Martin sur la carte d’identité) a publié poèmes, essais, articles divers et notes de lecture.
Il confond tout et fait toujours plusieurs choses à la fois : cela peut ne pas convenir mais ça lui convient.
Il enseigne la langue et la littérature (Institut Universitaire de Formation des Maîtres de Versailles, Centre de Cergy) après avoir enseigné longtemps dans une classe… mais il apprend chaque jour à écouter le poème de sa vie et des vies qui s’y mêlent, s’y emmêlent, surtout en écoutant les enfants dans les cours de récréation ou aux fonds des classes.
Il n’a pas de projet littéraire, il n’aime pas les cénacles et encore moins les conclaves tout en participant activement à diverses revues didactiques (comité de rédaction et chroniques dans Le Français Aujourd’hui, chroniques dans Argos, « Lire le mouvement » dans Les Actes de lecture, etc.) et littéraires (Europe, Prétexte, Sapriphage, Serta , etc.).
Il préfère une poignée de mains et une discussion échauffée qui ne mène à rien d’autre qu’à ne pas se comprendre : au moins aura-t-on été ensemble « pour de vrai ». La lecture (l’écriture ?) n’est-elle pas de cet ordre (s’entendre sans forcément se comprendre : toute la différence entre la relation et le pouvoir), de ce désordre donc ?
Non mais ! – Serge Ritman
Illustrations de Danielle Avezard
Éditions Tarabuste rue du Fort - 36170 Saint-Benoît-du-Sault (0254476660) Prix: 10€
Ce livre est un petit manifeste « prétendancieux ». Il emmêle une relecture de l’ABC de Babar et une autobiographie de B en
partant de celle de A écrite par Henri Michaux (Les autres ont tort. Cela est sûr./ Mais lui, comment doit-il vivre?/ Toujours agir avant de savoir…). Bref, l’emmêlement avec les images de
Danielle Avezard n’arrange pas les affaires puisqu’on s’y perd. De plus: «laissez les éléphants ne pas apprendre � lire» (Prévert) en exergue signale que l’illettrisme (Izou, ça suffit! vive
Dada, Dada est mort, vive Babar!) a enfin gagné les poètes! Dire que certains d’entre eux font encore partie de la société des gens de Lettres… Un livre pour tous ceux qui ne veulent pas être des
gens, et surtout pas gentils… non mais! il n’y a pas que les méchants, il y a les éléphants et, qu’on se le dise, il n’y a pas qu’un âne qui s’appelle Ritman! Il est grand temps de dire «non
mais!» � tous ceux qui font «oui bêê!».
Non mais! (extrait 1) Serge Ritman
La litanie des bébés
Apprenez par cœur pour commencer
Babar c’est le roi des zélés fans, Bébert c’est Albert qu’aime pas la carne d’Ambert, Bibir toujours avec Lolo et sa lyre à l’heure du kir, Bobor qu’est pas beau
sur les bords d’eau, Bubur qu’a pas bu de la dernière eau de burette, et cetera, ah! ah!
Vous ne comptez pas: Boubour et Bouibouir celui qui pleure sous cape et celui qui sourit pour un oui, Beubeur qu’est pas vache mais baratineur, Boiboir qu’a pas cassé sa pipe malgré ses
déboires.
Et les autres? Babar vous les dira dans ses bras, a … re! a … re.
B commence par la fin
Je ne vous lâcherai pas de sitôt. Fatigue! Fatigue! Non mais! Je recommence dans l’ordre alpha-bête-à-tics: suivez mon doigt en regardant la lune! Vous avez un certain doigté? Alors commençons par le début. Vous voyez ce que je veux dire? Alors finissons-en, mais seulement à la fin. Et puis parlons-en! Je suis fatigué de commencer! Alors je sais que vous le pensez: il ne va pas nous le réciter! Mais qu’est-ce que vous vous répétez? Moi je vous réponds qu’on tient à sa réputation quand on est fatigué de naissance. Je ne suis jamais allé plus loin que la deuxième lettre de mon bout du nez. Bon! Ça suffit comme ça!
B prend la première place
On ne va pas me faire le coup dans toutes les listes. Le b.a.-ba c’est de partir le premier: je pars donc en tête. Mais vous voyez ce que je veux dire dans le rétroviseur? Il faut courir devant
en répétant le principe de base! Je les vois alors tous passer au principe du sommet. Et me voilà baba car il suffit de partir à point. Alors? Je trace une ligne là où j’en suis et on dira ce
qu’on veut. Je prends la première place sans la prendre à personne. C’est un bêta qui me l’a appris: l’origine est dans la ligne qu’on se trace au moment voulu. Comprenne qui pourra: ça
fonctionne.
Lire l'extrait suivant
Gentle13
Zéno Bianu
aux éditions Fata Morgana.
La Troisième rive vient de paraître, avec
onze dessins de Richard Texier aux éditions Fata Morgana. À découvrir sur Pleutil le 25 septembre.
La Troisième Rive (extrait) Zéno Bianu
Un point
un seul point
que tu cherches
sans relâche
le point de la nuit
le point de la vie
un point
un seul point
ouvert dans le ciel
le commencement du commencement
le point ardent
irrémédiable
grand temps
il est grand temps
de revenir à ce point
grand temps
entre la rouille et la soie
de retrouver une brèche
toujours plus aiguë
un point
pour ponctuer le monde
au plus juste
au plus chaviré
point-foyer
point porteur de tout
point
d’un retour à tout
pour fuser dans le vrai
ricocher dans l’immense
grand temps
il est grand temps
de rassembler l’éparpillement
de mettre sa peau sur la table
grand temps
de terrasser toutes les idoles
de pénétrer l’invisible
d’inspirer jusqu’au ventre du ciel
c’est le point
de la qualité pure des choses
le tiret
d’Emily Dickinson
griffant l’illimité
c’est le point
des marques d’ongles éperdues
derrière chaque syllabe
un point
pour tenir le monde
pour tanguer encore et toujours
quand la nuit s’effondre
un point
avec cette force d’enfance
oui
comme un poids
d’enfance
dans la poitrine
cette force enfin désenfouie
c’est le point
le seul point
irradiant
point-source
sans repère
sans attache
point d’abandon
soleil de souffle
qui mord l’infini