Bonjour un petit recueil de tout beauté découvert à l'instant sur panorama du livre, Victor Varjac écrivain et poète nous présente "A tire-d'heures" là encore je trouve l'extrait du poème très beau. Lire et écrire encore et toujours cette passion qui m'anime c'est un feu qui couve, une braise éternelle qui réchauffe mon âme et mon esprit. La poésie c'est le chemin qui mène vers la liberté de l'esprit c'est de voyager au dessus des vicissitudes de la vie et au delà des horizons étroits du matérialisme
Gentle13
Nous retrouvons dans cet accouchement une sorte de joie où se mêle l’urgence de vivre, la beauté de s’épanouir dans la fleur du jour et de s’enivrer de ses parfums changeants. Ne pas, ne plus attendre que demain s’empare de cet espace à la fois immense et minuscule dans lequel nous devons employer notre existence, permet à l’auteur de poursuivre sans encourager les ombres. Le tic tac de la pendule, cette aiguille qui tourne et vrille nos poitrines, rappelle à chaque page que nous devons cueillir et partager tout ce qui pousse sur notre chemin.
Mais attention, méfions nous de ce qui se trouve à portée de main et qu’aucun obstacle, qu’aucun rempart ne protège ! La facilité cache toujours en son sein les mâchoires d’un piège bien plus dangereux que les crocs de l’abîme !
Le paysage que nous offre le poète, ressemble à un vitrail de cathédrale. Notre regard ne parvient pas à saisir toutes les images. Le lecteur a l’impression d’être dans un kaléidoscope qui éclate, éparpille mais il n’en n’est rien, bien au contraire. Ne nous laissons pas abuser par cet itinéraire, il incarne justement l’impasse où les hommes se ruent croyant reconnaître un raccourci !
Une étonnante unité se fait jour lorsque l’on approche l’oreille de son cœur. Nous retrouvons alors le sentier d’ombre et de mystère où les fleurs surgissent ici ou là pour mieux nous tenter ou nous perdre. Malgré sa jeunesse, Laetitia Marcucci a fait un pacte avec le Verbe et les mots lui semblent soumis. Les Glycines, par exemple, sont chargées du poids de la fatalité et nous retrouvons, à peine effacés, les pas de cette Grèce Antique, qui poursuit dans nos songes, son voyage intérieur.
Cette poésie est de la chair vivante. Elle semble appartenir à ce lointain passé que nos mains cherchent parfois dans les livres. En magicienne, l’auteur tutoie les mots faisant apparaître l’histoire même de nos songes. L’écriture devient l’intermédiaire entre le paysage de notre présent et les élans de notre âme. Cet espace où le temps sème des planètes, boit le frémissement de nos visages tandis que le sable se mélange à nos paroles.
Laetitia nous rappelle que l’errance ne fera pas fléchir le grand sablier.
La vie ressemble à une proposition multiple, sans cesse renouvelée mais le galop de l’âge ralentit peu à peu la marche de nos êtres. Ces pages flamboyantes sont les témoins d’une quête mystique où le poète combat des interdits et la fatalité :
"Mon estomac se serre
et je sens le poids des heures
me flageller de doutes
gifles de fleurs
inutiles pleurs
il faut prier
mais que serait une prière sans fleurs..."
Laissons-nous emporter par ce verbe d’une richesse visible. Ne craignons pas de pénétrer dans la chair du voyage car se perdre n’est-ce pas justement se retrouver ?
"J’en appelle aux frontières et aux lagunes je cherche le Verbe la cadence et le timbre qui nous ancreront dans le temps présent de la résurrection des rêves..."
Le cru « Alain Lefeuvre » 2006 est exceptionnel, nous ne pouvons que le recommander chaleureusement à tous les lecteurs. Il sera un compagnon de vacances et un ami de tous les jours.
Je, François Villon ou La trajectoire flamboyante de la lumière et du sang
mercredi 18 octobre 2006.
Monseigneur Thibaut d’Aussigny, jeune évêque, menaça la jeune mère, sauvée par sa grossesse, d’une fin inéluctable et prochaine. N’avait-elle pas déjà les deux oreilles coupées pour vols ? Cette récidiviste ne pourrait s’arrêter, c’est donc sous la menace du jeune dignitaire religieux que la mère quitta l’hôpital serrant très fort son nouveau né dans ses bras.
Jean Teulé, pardon, François Villon va nous entraîner dans ce Paris du 15ème siècle, plus vrai que nature. La vie pulvérise, dès la première page, la distance et le temps qui nous séparent de cette époque.
L’écriture de l’artiste nous permet, non plus de lire, mais bien de vivre, c’est-à-dire d’utiliser nos cinq sens « comme si nous y étions ». Les personnages ne sont plus des mots mais des êtres que nous côtoyons. Nous assistons, impuissants, malgré notre révolte et peut-être même nos tentatives d’interventions, aux derniers moments de la mère du futur poète. Elle est condamnée « à souffrir mort et à être enfouie toute vive devant le gibet de Montfaucon ». De cette atrocité, véritable cataclysme intérieur, naîtra la première ballade :
" Dites-moi où, en quel pays
Est Flora la belle Romaine »"
Villon ira clouer cette première œuvre sur un des poteaux du gibet où les doigts du vent agitent malicieusement les cordes et les chaînes dans l’ombre des corps décomposés.
Rien de la cruauté du temps ne nous est épargné . Nous sommes devenus les otages de ce quinzième siècle où l’on découvre un quotidien tellement éloigné de notre existence que nous découvrons les gestes, les occupations de cette époque fascinante et terrifiante à la fois.
Jean Teulé, nous permet de nous pencher par-dessus l’épaule du poète et d’assister à la création de ces plus fameuses ballades. C’est aussi la naissance de la langue française. Premiers pas vers la modernité. On sent à quel point la poésie est à l’origine de toute chose. Le Verbe créateur semble ici s’être fait chair, c’est-à-dire souffrances, cris, mais également rires, jeux, parfois interrogations, souvent prières...
Le poème devient alors une sorte de véhicule sur lequel la pensée traverse les générations tenant dans ses poings solidement fermés, la mémoire vive de nos ancêtres, en un mot, de notre histoire à travers la chaîne des générations.
Comment ne pas, au-delà de ce visage, surgi du passé, être troublé par tous ces sentiments. En refermant cet ouvrage, on ne peut s’empêcher d’entendre les voix de ces êtres qui nous ont précédés. Bien plus qu’un roman, cette biographie nous permet de toucher, de voir, de connaître un Villon comme aucun cours d’histoire n’a pu nous le proposer.
Un maître livre qui nous ouvre toutes grandes les portes de la poésie d’un artiste exceptionnel dont la trajectoire flamboyante et terrible traverse notre monde l’éclaboussant de la lumière des anges et du sang des hommes !
"Dites-moi où, en quel pays
Est Flora la belle Romaine,
Archipiades, et Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine ;
Écho, parlant quand bruit on mène
Dessus rivière sur ou sur étang,
Qui beauté eut trop plus qu’humaine.
Mais sont les neiges d’antan ?Où est la très sage Héloïs,
Pour qui fut châtré et puis moine
Pierre Esbaillart à Saint-Denis ?
Pour son amour il eut cette peine.
Semblablement, où est la reine
Qui commanda que Buridan
Fût jeté en un sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d’antan ?La reine blanche comme lys
Qui chantait à voix de sirène,
Berthe au pied plat, Biétrix, Aliz
Haremburgis qui tint la Maine,
Et Jeanne, la bonne Lorraine
Qu’Anglais brûlèrent à Rouen,
Où sont-elles, où, Vierge souveraine ?
Mais où sont les neiges d’antan ?Prince, ne chercherez de la semaine
Où elles sont, ni de cet an,
Sans qu’à ce refrain, je vous ramène :
Mais où sont les neiges d’antan ?"
« L’évêque incrédule me prend dans ses mains comme une bizarrerie qu’il soulève par les aisselles. Ses yeux sont vitreux. Il a des gants en peau de chien et une bague à l’annulaire. Je pisse sur sa croix pectorale. Ah, par le coeur de Dieu ! Sale fils de putain ! Celle qu’il appelle putain -ma mère- vient de s’évanouir en entendant dehors un homme qui a crié un prénom de femme : « Marie ! » Puis on perçu un claquement. Tandis que la novice ouvre à nouveau la fenêtre donnant sur la foule du parvis, la ventrière qui me récupère soupire en contemplant ma mère : « Pauvre gamine de vingt ans, son lait sera corrompu d’ennui et de tristesse. Tenez, sœur Tiennette, enveloppez l’enfant en blanc drapeau. » L’adolescente vient me lier étroitement bras le long du corps, dans des linges serrés par des bandelettes d’où seule la tête dépasse. Je ressemble à une chrysalide inondée de soleil. Soudain, le regard de l’évêque s’allume et va sur moi, cruel et précis comme un doigt : Là ! Regardez. Cette fine bande d’ombre en travers sur le maillot du nourrisson. C’est l’ombre de la corde qui vient de pendre son père. Ah, la chose est moult plaisante ! La ventrière referme la fenêtre : Ce pauvre gars Montcorbier qui désespérait de trouver un travail de porteur sur la place de Grève. Il n’aura même pas vu sa progéniture. »
Bonne lecture
Gentle13
Charles Baudelaire, vous connaissez, naturellement, mais si j’ajoute « et Jeanne Duval ? », bien peu répondront par l’affirmative. Aussi, je vous suggère d’entrer avec moi dans le roman de Mickaël Prazan : « La maîtresse de Charles Baudelaire » aux Editions Plon.
Victor Varjac
L’auteur de cet ouvrage, dans un avertissement au lecteur, se présente comme un ami du poète, qui, au soir de son existence, a suivi la carrière de Charles jusqu’à sa disparition et qui aurait reçut, de la bouche même de Jeanne Duval, les confidences qu’il transforma en récit : " J’ai fait de mon mieux ", nous dit l’auteur, car il voulait retrouver la trace de la vérité. Tant de mensonges et de fables naissent des cendres encore chaudes des artistes disparus !...
Le récit commence en 1842, où nous rencontrons Charles Baudelaire, qui venait d’atteindre sa majorité. Il était inscrit à la faculté de droit, mais rassurez-vous, il sécha les cours et ne passa jamais le moindre examen.
Le poète était « maigre comme une tige », il avait fière allure, poussé par l’impatience de la jeunesse. Il était optimiste et joyeux, car il allait recevoir l’héritage de son père, c’est-à-dire soixante quinze mille francs de l’époque soit environ trois cent mille de nos euros. Mais une telle somme, entre les mains, d’un poète, ressemble à une dune de sable aussitôt pillée par des rêves carnivores.
Nous aurons tout le temps de parler de cette méchante affaire d’argent qui tourmentera Charles toute sa vie. Comment peut-on, comment ose t-on importuner « un voleur de feu », un pirate sans peur, qui vogue à l’assaut du langage, engrossant le vocabulaire d’images inouïes avec des « querelles financières » ?
Décidément, les affaires des hommes sont autant de pierres que le quotidien glisse dans les poches des artistes, cherchant à les clouer sur l’étroite planche de la matière.
(L’Albatros)" ... Exilé sur le sol au milieu des huées
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher."
C’est alors que Mademoiselle Berthe entre dans le récit. Elle s’appelait en vérité Jeanne Lemer. Elle était la maîtresse du moment de Tournachon, qui deviendra célèbre sous le nom de Nadar.
La jeune comédienne jouait, au théâtre de la Porte Saint Martin, une pièce, que l’histoire a oubliée : « le système de mon oncle », vaudeville invraisemblable sans écriture et sans saveur, mais qui permit à notre poète de découvrir, à la fin de l’acte premier, une soubrette, belle jeune fille " à la démarche inhabituellement chaloupée...aux gestes lents, empreints d’une rare sensualité. "
Dès qu’elle parut sur scène, le public surprit par la couleur ambrée de sa peau, son allure exotique, se moqua d’elle. La foule a toujours craint la différence et se défend de sa surprise, en laissant libre cours à sa méchanceté, d’autant plus cruelle, plus incisive qu’elle jouit de l’anonymat et donc de cette impunité si confortable, si rassurante qu’aucun des êtres responsables du désordre ne se sent mis en danger par ses actes.
Seul, Charles, devenu muet d’admiration, semblable à un chêne piqué par un éclair, buvait du regard la voluptueuse apparition. La tête en feu, Charles quitta de théâtre, sans un mot. Le lendemain, il convoqua son ami et lui proposa un stratagème digne du vaudeville qu’il avait vu la veille. Le but était de faire la connaissance de cette « déesse des îles lointaines » car sa propre vie en dépendait.
"Il faut que, confia Charles à son ami, par la manière dont je ferai sa connaissance, elle ne puisse se refuser à moi, et que notre rencontre soit aussi belle et romanesque qu’une légende."
Mais les évènements suivent rarement les chemins que l’homme lui prépare. Le destin reste maître de nos aventures, et tient fermement nos existences par la crinière des jours.
Cette rencontre changea le quotidien du poète et durant une vingtaine d’années, il vécut une passion lumineuse parfois, terrible souvent, qui poussera les deux amants, au bord du gouffre où l’éternité cache ses trésors.
Lecteur, si tu veux entrer dans l’intimité d’un des plus grands poètes français, je te propose un saut dans le temps et l’espace. Cette expérience rendue possible par la plume de Mickaël Prazan, te permettra de rencontrer, de vivre les heures les plus folles, les plus lumineuses mais aussi les plus terribles de ce couple sulfureux qui enfanta l’une des œuvres maîtresses du XIX « Les Fleurs du Mal ». Mais oseras-tu tes pas dans un siècle dont tu ignores... presque tout ?
"Je risquai un regard du côté de mon voisin de banc. Lui était au contraire subjugué par cette apparition. Les yeux écarquillés et la bouche si entrouverte, Charles avait l’air pétrifié, comme si le regard de la Méduse l’avait à l’instant foudroyé. Cette soubrette, en dépit de son accoutrement ridicule, de son rôle ingrat, de ses gestes étranges et de sa voix grave qui surprit la salle lorsqu’elle donna la réplique, était bien une déesse, surpassant par sa splendeur et sa taille haute, sa distinction sans fard et son regard voluptueux, la plus belle des plus nobles du faubourg St Germain. Quand nous quittâmes le théâtre, Charles, encore sous le coup du sortilège, ne prononça pas un mot. Nous marchâmes en silence dans la nuit qui s’égayait des lumières festives du faubourg Beaumarchais. Je lui fis part de mon indignation et entamai un laïus plein de conviction sur l’abolitionnisme, pour lequel la plupart de nos connaissances militaient au milieu d’une profonde indifférence. Non seulement l’esclavage régnait encore dans les îles dont Jeanne était originaire, mais ceux qui avaient pu être affranchis, ou étaient issus de quelque bâtardise les faisant libres à la naissance, étaient proscrits en France où ils n’étaient que très exceptionnellement autorisés à séjourner. La seule présence de Jeanne à Paris, aux yeux de notre bonne société, était un crime ou une parfaite incongruité. Charles demeurait muet, n’écoutant que d’une oreille distraite mes arguties enflammées. Au bout d’un moment, il interrompit sa marche et, me coupant au milieu de ma tirade, me donna sèchement congé en rebroussant chemin. Je le regardai disparaître dans la direction du théâtre qui nous venions de quitter."
Il y a longtemps que je n’ai plus écris
Je ne sais pas pourquoi
Mais je sais pour qui
Pour toi qui n’est plus qu’une ombre dans ma vie
Douce fleur tu embaumais ma vie
Tu lui donnais de l’éclat
J’adorais ton rire et ton sourire
Ton parfum vient encore troubler mon esprit
Mais je sais une chose à laquelle je me rattache, comme une bouée de sauvetage
Ballotté par les flots du regret
L’amour n’est pas mort
Veux-tu encore de moi ?
Rien ne pourra effacer ton visage de mon cœur
Je suis coupable du mal que je t’ai fais
Je suis descendu au plus profond de mon être
Privé de l’essence même de la vie
J’erre à travers la brume
Je suis face au silence
Je n’ai rien compris, je n’ai rien vu
Drapé dans mon égoïsme je n’ai fait que briser les chaînes qui nous unissaient
Et aujourd’hui encore trop fier
Je campe tel un imbécile sur mes positions
Il n’y a pas de retour possible
Pas de rédemption
J’ai pêché par orgueil
Et dans la solitude je noie mon chagrin
Je ne suis pas malheureux
Mais suis-je heureux ?
Je ne suis pas triste
Mais suis-je content pour autant ?
Je vis !
Du moins je le crois
On fait tous des choix et on pense que sur le moment se sont les bons mais dès fois on se trompe.
C’est ce qu’Antoine n’arrêtait pas de se répéter en relisant la lettre qu’il avait écrit à sa femme Laurence. Il l’avait laissé en évidence sur le guéridon de l’entrée pour être sûr qu’elle l’a trouverait en rentrant du travail. Il savait son geste empreint de lâcheté, il avait honte de lui. Le mépris est une lourde chaîne à porter, le remord un lourd boulet à traîner tel était le prix à payer et il le savait. Comme Sisyphe qui remonte son rocher et qui retombe une fois arriver en haut il est voué à faire la même chose sa vie durant.
Mais lui l’auteur sait qu’il a de la chance, il ne commettra pas la même erreur qu’Antoine car le passé sert d’avertissement et l’avenir est le garant des leçons à retenir. Il est conscient, lui le repus le bien heureux d’être aimé, que rien n’est acquis en ce bas monde et que le mérite en revient à ce qui ose dire et faire les mots et les gestes sans avoir honte de s’être livré, de s’être déshabillé le cœur et l’âme.
Mais ça Antoine ne sait pas le faire, n’a pas su le dire. Il sait qu’il sera juger à l’aune des ses fautes. A quoi bon le repentir il suffit de ne pas fauter… Mais hélas la chair est forte mais l’esprit est faible
Extrait de « Antoine où Rêverie d’un pseudo écrivain »
Gentle 13

Prix Médicis Etranger 2007
Qu’est-il arrivé à Shmiel Jäger, à son épouse Ester et à leurs quatre superbes filles ? Pour leurs parents émigrés en Amérique, ils sont morts au tout début de l’occupation de la Galicie par les Allemands, dénoncés par leur bonne polonaise. Né en 1960 Daniel Mendelsohn, petit neveu de Shmiel, a toujours douté de cette version officielle, et, dès son enfance, s’est mis en quête de la vérité...
Qu’est-il arrivé à Shmiel Jäger, à son épouse Ester et à leurs quatre superbes filles ? Pour leurs parents émigrés en Amérique, ils sont morts au tout début de l’occupation de la Galicie par les Allemands, dénoncés par leur bonne polonaise. Né en 1960 Daniel Mendelsohn, petit neveu de Shmiel, a toujours douté de cette version officielle, et, dès son enfance, s’est mis en quête de la vérité. Ce livre est à la fois le résultat d’ une vie d’enquête, et le récit de cette enquête elle-même. Un récit volontairement tortueux : tout est dit quand l’auteur compare la narration classiquement chronologique de la bible à celle de l’Iliade, fourmillante d’histoires dans l’histoire. Daniel Mendelsohn ne se contente pas de compiler les témoignages pour retracer le destin de ses Disparus. Il livre aussi les circonstances dans lesquels ils ont été recueillis, les histoires des témoins, et la façon dont il a retrouvé leurs traces. Celles-ci l’ont conduit en Australie, en Israël, au Danemark, et bien sûr à Bolechow, cité galicienne dont est originaire sa famille et où Shmiel, seul, était resté. Au fil de ses recherches, la véritable histoire des Disparus se fait jour. Frydka, fille de Shmiel, a aimé un jeune catholique qui est mort avec elle ; sa sœur Lorka elle aussi survécu aux premières Aktionen avant de rejoindre la résistance et d’être rattrapée par la barbarie nazie… Mais cette enquête n’est pas qu’historique. En s’attachant autant aux faits qu’à la psychologie et à l’entourage de ses Disparus, l’auteur donne à son livre l’allure d’un atelier proustien, où le lecteur voit, à force de détails accumulés peu à peu, le passé ressusciter sous ses yeux.