Gentle13
Né à Beyrouth (Liban) en 1949, Amin Maalouf vit à Paris depuis 1976. Après des études d’économie et de sociologie, il entre dans le journalisme. Grand reporter pendant douze ans, il a effectué des missions dans plus de soixante pays. Ancien directeur de l’hebdomadaire An-Nahar International, ancien rédacteur en chef de Jeune Afrique, il consacre aujourd’hui l’essentiel de son temps à l’écriture de ses livres.
Voici une biographie plus détaillée...
Amin Maalouf
dimanche 1er juin 2003.
"Pour connaître le monde, il suffit de l’écouter. Ce que l’on voit dans les voyages n’est jamais qu’un trompe-l’oeil. Des ombres à la poursuite d’autres ombres." le périple de Baldassare
Amin Maalouf est tout d’abords un merveilleux conteur et cela explique certainement une grande partie de sa popularité.
Ces romans sont passionnants et foisonnants de détails historiques à tel point que l’on a parfois du mal à croire que ses personnages sont purement fictifs. Son style soutenu ne laisse rien au hasard mais reste néanmoins accessible à tous les lecteurs.
Il est indéniable que son impressionnante érudition y est pour beaucoup mais cela n’explique pas tout. Son passé de journaliste lui a aussi permis d’avoir un regard très spécifique sur le monde : à la fois précis et à la portée de tous car écrit Pour tous.
En effet, Amin Maalouf ne conçoit pas l’écriture comme un métier de culture qui serait réservé à un petit nombre : "Quand je commence à écrire, je sens toujours que je m’adresse aux lecteurs" (propos recueilli par Hamidou Dia).
Ces romans se situent dans un passé historique sur lequel il a longuement travaillé avant d’écrire la moindre ligne. Ainsi, il devient à la fois un véritable journaliste des chroniques du passé et un véritable conteur de par l’exotisme et la richesse de ses écrits. Exilé lui-même, intègre et pointilleux comme il sait l’être, il ne pouvait pas ne pas montrer du doigt à travers ses romans l’absurdité et la répétitions des haines entretenues ...
Pour connaître l’avenir, penche-toi sur le passé...
"Lorsque la foi devient haineuse, bénis soient ceux qui doutent !" Le périple de Baldassare, "Toutes les langues, toutes les prières, m’appartiennent, je n’appartiens à aucune" Léon l’Africain
Chacun des romans d’Amin Maalouf montre l’absurdité des conflits identitaires et religieux.
Que ce soit dans Les Croisades vues par les Arabes, dans Léon l’Africain ou à travers l’histoire de Tanios dans le Rocher de Tanios, ce romans entremêlent l’histoire propre de ses héros et celle, implacable de notre histoire commune.
Sa vision intégre du monde issu de son métier de journaliste s’exprime clairement dans les différents récits des politiques en oeuvre que ce soit au temps des croisades, au XVIème siècle ou au XIXème.
Ce qui frappe c’est la répétition constante des horreurs causées par le fanatisme, le racisme et la stupidité humaine comme si l’Histoire n’était qu’un éternel recommencement jusqu’au jour où l’Homme apprendra enfin à ouvrir véritablement son coeur à la tolérance dans une "vision d’une humanité à la fois fondamentalement une et respectueuse de toutes les différences". (Propos recueilli par Hamidou Dia)
Amin Maalouf et la quête identitaire
"Ton destin s’arrête où ta vie commence" le Rocher de Tanios, "N’hésite jamais à t’éloigner , au-delà de toutes les mers, au-delà de toutes les frontières, de toutes les patries, de toutes les croyances" Léon l’Africain
Ce qui frappe chez les héros de ses romans c’est qu’il sont eux-même, à un moment ou un autre de leur vie des étrangers sur leur propre terre, des être en rupture avec leur culture d’origine. Tout comme Amin Maalouf, lui-même exilé. Frappé par le destin et /ou la main de Dieu, ses personnages n’ont qu’un seul choix possible : celui d’accepter la fatalité ou de s’exiler pour refuser d’être témoin et complice de faits qu’ils réprouvent que soient au niveau historique global (Léon l’Africain) ou au niveau personnel (le Rocher de Tanios).
Les personnages d’Amin Maalouf s’exilent non pour fuir mais pour être maître de leurs propres destins. Ils partent pour se trouver et être fidèle à leur coeur, un coeur épris de justice, de fraternité et de paix... un beau rêve ?!
Vie brève
Né en 1954 à Cholet, Serge Ritman (Martin sur la carte d’identité) a publié poèmes, essais, articles divers et notes de lecture.
Il confond tout et fait toujours plusieurs choses à la fois : cela peut ne pas convenir mais ça lui convient.
Il enseigne la langue et la littérature (Institut Universitaire de Formation des Maîtres de Versailles, Centre de Cergy) après avoir enseigné longtemps dans une classe… mais il apprend chaque jour à écouter le poème de sa vie et des vies qui s’y mêlent, s’y emmêlent, surtout en écoutant les enfants dans les cours de récréation ou aux fonds des classes.
Il n’a pas de projet littéraire, il n’aime pas les cénacles et encore moins les conclaves tout en participant activement à diverses revues didactiques (comité de rédaction et chroniques dans Le Français Aujourd’hui, chroniques dans Argos, « Lire le mouvement » dans Les Actes de lecture, etc.) et littéraires (Europe, Prétexte, Sapriphage, Serta , etc.).
Il préfère une poignée de mains et une discussion échauffée qui ne mène à rien d’autre qu’à ne pas se comprendre : au moins aura-t-on été ensemble « pour de vrai ». La lecture (l’écriture ?) n’est-elle pas de cet ordre (s’entendre sans forcément se comprendre : toute la différence entre la relation et le pouvoir), de ce désordre donc ?
Non mais ! – Serge Ritman
Illustrations de Danielle Avezard
Éditions Tarabuste rue du Fort - 36170 Saint-Benoît-du-Sault (0254476660) Prix: 10€
Ce livre est un petit manifeste « prétendancieux ». Il emmêle une relecture de l’ABC de Babar et une autobiographie de B en
partant de celle de A écrite par Henri Michaux (Les autres ont tort. Cela est sûr./ Mais lui, comment doit-il vivre?/ Toujours agir avant de savoir…). Bref, l’emmêlement avec les images de
Danielle Avezard n’arrange pas les affaires puisqu’on s’y perd. De plus: «laissez les éléphants ne pas apprendre � lire» (Prévert) en exergue signale que l’illettrisme (Izou, ça suffit! vive
Dada, Dada est mort, vive Babar!) a enfin gagné les poètes! Dire que certains d’entre eux font encore partie de la société des gens de Lettres… Un livre pour tous ceux qui ne veulent pas être des
gens, et surtout pas gentils… non mais! il n’y a pas que les méchants, il y a les éléphants et, qu’on se le dise, il n’y a pas qu’un âne qui s’appelle Ritman! Il est grand temps de dire «non
mais!» � tous ceux qui font «oui bêê!».
Non mais! (extrait 1) Serge Ritman
La litanie des bébés
Apprenez par cœur pour commencer
Babar c’est le roi des zélés fans, Bébert c’est Albert qu’aime pas la carne d’Ambert, Bibir toujours avec Lolo et sa lyre à l’heure du kir, Bobor qu’est pas beau
sur les bords d’eau, Bubur qu’a pas bu de la dernière eau de burette, et cetera, ah! ah!
Vous ne comptez pas: Boubour et Bouibouir celui qui pleure sous cape et celui qui sourit pour un oui, Beubeur qu’est pas vache mais baratineur, Boiboir qu’a pas cassé sa pipe malgré ses
déboires.
Et les autres? Babar vous les dira dans ses bras, a … re! a … re.
B commence par la fin
Je ne vous lâcherai pas de sitôt. Fatigue! Fatigue! Non mais! Je recommence dans l’ordre alpha-bête-à-tics: suivez mon doigt en regardant la lune! Vous avez un certain doigté? Alors commençons par le début. Vous voyez ce que je veux dire? Alors finissons-en, mais seulement à la fin. Et puis parlons-en! Je suis fatigué de commencer! Alors je sais que vous le pensez: il ne va pas nous le réciter! Mais qu’est-ce que vous vous répétez? Moi je vous réponds qu’on tient à sa réputation quand on est fatigué de naissance. Je ne suis jamais allé plus loin que la deuxième lettre de mon bout du nez. Bon! Ça suffit comme ça!
B prend la première place
On ne va pas me faire le coup dans toutes les listes. Le b.a.-ba c’est de partir le premier: je pars donc en tête. Mais vous voyez ce que je veux dire dans le rétroviseur? Il faut courir devant
en répétant le principe de base! Je les vois alors tous passer au principe du sommet. Et me voilà baba car il suffit de partir à point. Alors? Je trace une ligne là où j’en suis et on dira ce
qu’on veut. Je prends la première place sans la prendre à personne. C’est un bêta qui me l’a appris: l’origine est dans la ligne qu’on se trace au moment voulu. Comprenne qui pourra: ça
fonctionne.
Lire l'extrait suivant
Gentle13
Zéno Bianu
aux éditions Fata Morgana.
La Troisième rive vient de paraître, avec
onze dessins de Richard Texier aux éditions Fata Morgana. À découvrir sur Pleutil le 25 septembre.
La Troisième Rive (extrait) Zéno Bianu
Un point
un seul point
que tu cherches
sans relâche
le point de la nuit
le point de la vie
un point
un seul point
ouvert dans le ciel
le commencement du commencement
le point ardent
irrémédiable
grand temps
il est grand temps
de revenir à ce point
grand temps
entre la rouille et la soie
de retrouver une brèche
toujours plus aiguë
un point
pour ponctuer le monde
au plus juste
au plus chaviré
point-foyer
point porteur de tout
point
d’un retour à tout
pour fuser dans le vrai
ricocher dans l’immense
grand temps
il est grand temps
de rassembler l’éparpillement
de mettre sa peau sur la table
grand temps
de terrasser toutes les idoles
de pénétrer l’invisible
d’inspirer jusqu’au ventre du ciel
c’est le point
de la qualité pure des choses
le tiret
d’Emily Dickinson
griffant l’illimité
c’est le point
des marques d’ongles éperdues
derrière chaque syllabe
un point
pour tenir le monde
pour tanguer encore et toujours
quand la nuit s’effondre
un point
avec cette force d’enfance
oui
comme un poids
d’enfance
dans la poitrine
cette force enfin désenfouie
c’est le point
le seul point
irradiant
point-source
sans repère
sans attache
point d’abandon
soleil de souffle
qui mord l’infini
Je cherche mes mots depuis presque vingt ans. Quand je les trouve, il m’arrive de publier dans les revues, de gagner quelques concours et de sortir quelques livres*. Je ne sais pas pourquoi j’écris, mais j’en profite. Je suis très connu dans ma rue. Du coup, ma boulangère n’oublie jamais de mettre deux croissants de côté. Comme quoi la célérité a du bon. Le reste du temps, j’essaie de lire les livres empilés autour de mon lit. Russel Banks, Jean Vautrin, William Faulkner et tout un tas d’autres individus peu recommandables. La vérité, c’est que je dors dans une librairie. Ce qui fait de moi, depuis le début de cette aventure, un type finalement très chanceux… *
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Les larmes de cyanure (poèmes), Editions Page Artistique, 1989.
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Strychnine (journaux), Editions Hadès, 1991.
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Typhoïdes (journaux), Editions Hadès, 1991.
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Piano Bastringue (aphorismes), 1992.
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Des nouvelles de Bretagne (recueil collectif), Editions Les Affolettes, 2003.
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On n’a pas tué tous les affreux (nouvelles), Editions Alna, 2003.
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Remix (recueil collectif), Editions Hachette, 2004
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Canaille&Compagnie, Editions de la Tour d’Oysel, 2005
La fosse aux lions
par Alain Emery
Je l’ai fait. Je suis entré dans la fosse aux lions. Seul et sans arme. Je ne suis pas une mauviette. Mine de rien, j’ai fait mon service militaire. J’ai connu l’époque de Danièle Gilbert. J’ai même lu quelques lignes des mémoires de Loana. Ce n’est pas une classe de 5ème qui allait me faire tourner de l’oeil… J’étais censé leur parler littérature, j’y suis allé. Bille en tête. Je me voyais déjà reformer, devant un parterre d’adolescents médusés, le Cercle des Poètes Disparus. Je sais, je ne doute de rien…
Mais n’ayons pas peur des mots, le matin, je me suis montré brillant. Je vous assure. Attachant. Charmeur. J’ai négocié sans encombre. Maîtrise totale, comme on dit. Les profs m’avaient pourtant prévenu de l’ampleur de la tâche. Autant vous dire qu’en sortant de la classe, à midi, je roulais un brin des mécaniques…
C’était compter sans l’après-midi. Sans l’épaisse chaleur qui régnait sur cet honorable établissement. Sans les affres de la digestion. Résultat, je me suis retrouvé devant trente mioches anesthésiés. Une volière de pélicans blasés aux paupières tombantes. Trente sacs de sable. Aucune de mes pirouettes ne parvenait à les ranimer. Mes plus sémillantes aventures les laissaient de marbre. Pour vous donner une idée, je me sentais comme un flamand rose embourbé dans la mélasse. Les profs, eux, s’en payaient une tranche. Je suais à grosses gouttes. J’étais à deux doigts d’implorer le Tout Puissant…
C’est alors que je l’ai vu.
Mon sauveur. Une bouille de crapule criblée de tâches de rousseur. Les genoux dédiés aux écorchures. Un cuir déjà râpé et une casquette des Chicago Bulls. Il buvait mes paroles comme du petit lait. Clignait de l’œil comme un vieux complice. Du coup, mon cœur s’est remis à battre. J’avais réussi ! Réussi, oui, rien que ça, à transmettre ma passion pour Faulkner, Giono, Hemingway… Ce gosse baignait dans les classiques. Avalait tout cru Melville. S’imprégnait de Borges. J’ai bombé le torse en toisant les profs, assis dans le fond de la classe. Au gosse, j’ai adressé le sourire le plus mielleux du monde :
- Oui, bonhomme. Tu veux poser une question ?
Il a souri de toutes ses dents. À l’aise. Et tout le monde l’a entendu me demander :
- Dis, m’sieur, écrivain, c’est cool, pour pécho les meufs ?
Je reprendrais bien un verre, moi.
Alain Émery
Gentle13

Colette Nys-Mazure est née à Wavre en Belgique. Longtemps professeur de lettres, elle anime des ateliers de lecture, d'écriture, collabore à différentes revues et aime faire connaître la littérature de son pays au-delà des frontières.
Poète, nouvelliste, essayiste, elle écrit volontiers en correspondance avec des peintres, des musiciens.
Ses textes ont été traduits en plusieurs langues.

EXTRAIT
AIMÉE-AIMANTE
C'est une femme de soie sauvage. Poreuse sous les mains savamment tendres. Une femme de collines et de combes, de feuillages, de mousses. Une ligne sinueuse en volutes et volupté. Sucs et salives, écartèlement vertigineux. Elle, disloquée, réunie. Une femme très loin, à héler, harponner. Très proche à pétrir, goûter, savourer. Une femme d'espace amoureux saturé de miel et d'ombres intimes, de fière approchée, de tressaillement secret. Rauque et luisante dans la rumeur du plaisir imminent. Tambour de la jubilation.
INQUIÈTE
Jamais en repos. Fil extrême entre hier et demain, le regret, l'appréhension. Dans l'anxiété de la faille, du désastre, du malheur toujours imminent qu'elle attise. Elle tourne son visage rétréci
vers le ciel, interprète les nuages, les retards, les équivoques. Ferme la fenêtre sur l'été, la guêpe ou le frelon; devance l'échec, le sinistre. Elle s'arrache les cheveux, se casse les ongles.
Livide, elle redoute et se lamente en sourdine. Châtre ses proches. Elle retient ses enfants de vivre pour les empêcher de mourir.
SAUVEGARDÉE
De l'aube elle garde un air de royauté. Si démunie soit-elle, elle porte trace d'anciennes richesses. Comme une cape l'immuniserait du mal, du gel. On l'aperçoit égarée dans une rue, une gare, un
bureau ; on la voit pareille à toutes les femmes. Une fine poussière recouvre déjà son visage qui fut vif, brillant et malicieux ; un retard dans les gestes, la démarche, l'achemine, loin du
fracas et de la fureur, vers la blessure toujours fraîche des tombes. De l'enfance elle détient un talisman.

Il a dû falloir au poète (il, elle) une énergie patiente, une sauvage révolte toujours à l'affût pour retourner à son « rectangle clair du papier qui la hèle, la hale (... ) impérieux». Il a dû y
avoir l'évidence de l'inspiration, soudain douce et consolante mais aussi le froid, le vide, également le harassement du quotidien. Mais tout est né, de ce que dictaient en poésie, les violences
des éléments, le sang perdu, les cellules en combat, les petites morts et les rebonds.
La fraternité de poètes de même parage a encouragé, renouvelé, établi ce besoin de louanger, constater, méditer. La dureté de la vie, l'évidence de certaines joies ont développé ce qui existait déjà : un culte de la pudeur, de la mesure indispensable, si l'on veut que la référence à l'Universel soit durable. Le poète (il, elle) a écrit pour Autrui. Je suis autrui, conforté, et ma gratitude me poussera à dire ces poèmes, comme j'ai dit Éluard, Char, Follain, Cadou, Chedid, Reverdy et bien d'autres, pour améliorer un public concerné, le rendre plus fraternel. Je les dirai pour le « mieux vivre » de mes enfants (au nombre de cinq également). Je les dirai aussi pour les grands inconsolables. Espérant qu'ils méditeront d'une façon ou d'une autre: «que la mort n'aura pas eu le dernier mot».
Daniel Gélin.