L'Ecosse à l'honneur

Publié le par gentle13

A mon sens un petit chef d'oeuvre à lire et à avoir sous le coude, je pense que lorsqu' on a ouvert un livre pareil il doit être difficile de s'en défaire sans être pris dans les mailles du filet de l'auteur, un livre palpitant qui nous transporte en Ecosse : le pays des landes et des druides.
Mais je vous laisse découvrir par vous même ce court extrait qui vous donnera du moins je l'espère l'envi de vous le procurer. Peu importe l'endroit où l'on vit la littérature se vit, se lit sous toutes les latitudes, la poésie est un passe partout qui ouvre les portes du coeur de chacun d'entre nous. On a tous une sensibilité particulière mais chez certains elle est plus importante que chez d'autres.
Amicalement et comme toujours bonne lecture
http://www.encres-vagabondes.com


 
 

Desmond EGAN, Music et autres poèmes


 

À une quarantaine de minutes de Dublin, les arbres de Monasteverin qui se découpent contre le ciel abolissent le passage du temps. Est-ce un hasard si les choucas, ces oiseaux qui vivent si vieux, en ont fait leur domicile ?

paysage de visages tragiques
où le temps se fond en éternité
ce vaste mouvement gris
qui nous recouvre tous.

Desmond Egan parle ici de l'ouest de l'Irlande, mais Monasteverin est peut-être la première étape de ce voyage vers l'ultime péninsule de l'île. C'est ici que nous avons rencontré le poète, là où, depuis bientôt vingt ans, il est aussi le directeur artistique du Festival Gerard Manley Hopkins. Il en a fait un lieu vibrant où chercheurs et poètes du monde entier se retrouvent année après année dans une célébration de l'œuvre du grand poète victorien et de la poésie contemporaine. Pendant une semaine, c'est aussi l'occasion d'approcher la personnalité riche et exigeante de Desmond Egan et de mieux connaître l'œuvre de ce grand poète d'aujourd'hui. Né en 1936 à Athlone, en plein cœur de l'Irlande, il est l'auteur de plus d'une quinzaine de recueils, traduits en plusieurs langues et couronnés par de nombreux prix.

« Music et autres poèmes » est son dernier recueil paru en français. On y retrouve la multiplicité des tonalités d'un poète qui lit le monde dans un paysage. L'ultime péninsule de l'île dessine la limite entre l'homme et une béance qui est le domaine de flots secoués jusque dans leurs abîmes par une tempête incessante. Son regard est une leçon d'humilité en même temps que la possibilité d'un apaisement :

le genre de crique dont vous
pourriez vous souvenir à l'instant de la mort
ainsi que des haies pourpres
drapées de fuchsias plus haut sur la route
des montbretias orange incandescent
et vous partiriez consolé

Le monde que regarde Desmond Egan est l'espace d'une méditation où passé et présent se rejoignent. Penseur, le poète lit dans sa trame profonde le passage de l'homme, en remonte les sinuosités pour toucher enfin à ce qui fait son devenir :

les voix des collines
sont celles de nos parents
et de leurs pères
et de leurs pères encore

Desmond Egan déchiffre au front de l'horizon ce qui dépasse le temps, l'abolit dans ce qui est présence. Voyant, le poète est traversé par le passé qui n'a jamais cessé de loger dans ce paysage. Il entend un cri qui remonte les siècles, voit à l'infini les corps martyrisés d'un peuple irlandais dont la souffrance passée continue d'habiter ses enfants. Chaque pas posé en terre irlandaise fait jaillir le choc de la mémoire. Il n'est pas de fossé qui n'éveille au promeneur le souvenir de la grande famine. Desmond Egan écrit un monde dans un prisme où se croisent l'histoire et l'essentiel, ce qui en fait la mesure, en cerne l'irréductible. Il trace les frontières de granit que bat en vain l'océan et inscrit cette mémoire ineffaçable qui est le legs tragique de l'histoire. Il n'est pas de passé dans le présent car l'un et l'autre continuent d'être, à jamais entremêlés.

ne vieillissant pas quand nous vieillissons
nos grandes collines sont métaphore
mémoire de terre
silencieux memento

Desmond Egan pense le monde et l'éprouve en ce qu'il a de plus intime. Sa poésie revêt aussi le visage de tous les jours lorsqu'elle célèbre la mémoire de la petite Emear, sa robe à fleurs, ses poupées et son vélo. Le monde habite la falaise mais est contenu tout entier dans les pétales des coquelicots.

il semblerait petite fille
qu'eux
(les coquelicots) et toi soyez la beauté cachée du monde
ton être tendu tout entier vers ce flamboiement où tu joues
le temps de quelques
années humaines

Dans la simplicité apparente des mots du poète résonne aussi bien l'ampleur de la symphonie que la voix de l'instrument qui joue en solo un lamento discret et poignant.

« Music et autres poèmes » vient d'obtenir le Prix du Livre insulaire 2005 au salon international de l'Ile d'Ouessant.

Cécile Oumhani 

   






Desmond Egan
Music et autres poèmes







 

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