![]() Né à Turin en 1929, Leonardo Rosa s’intéresse à la poésie et à la peinture depuis l’enfance. Il est à l’origine de la première revue de poésie parue dans l’Italie de l’après-guerre « momenti » qu’il a créée alors qu’il était âgé seulement de 18 ans. |
Apparition du silence
Leonardo Rosa

Propos du livre
Apparition du silence nous donne une méditation sur les frontières des mots et leur place dans le monde contemporain. Il est constitué de trois textes, Charivari, La peau des mots, Apparition du
silence, tous trois liés aux séjours du peintre dans les Cyclades, qui forment le recueil d’un poète inattendu et retrouvé.
Dès avant 1997, date à laquelle il donne à nouveau un texte à la publication, avec Les Chariots du ciel (éd de l’Amourier), Leonardo Rosa forge le projet d’une exploration comme méthodique de son
rapport retrouvé à la langue, aux mots, à la poésie. Apparition du silence constitue le résultat de cette exploration… Le bref et saisissant texte de Charivari présente au lecteur l’image d’un
poète “ traqué par les bruits, cerveau en bouillie ” ; autour de lui se dressent deux monuments poétiques Apparition du silence et La peau des mots. La peau des mots naît au moment où le mot
apparaît “ comme un être vivant ” : toute violence qui lui est faite, nous est faite ; dépouillée de son sens, anéantie, violentée, mise à mort, la langue risque de devenir arme pour nous
agresser et nous soumettre. Si Leonardo Rosa assigne à la poésie la fonction de dire les risques que courent les mots, et nos souffrances comme leurs souffrances, c’est en elle aussi qu’il va
chercher un espace apaisé, celui dans lequel on s’installe au moment de Apparition du silence, hors des fracas et de la vulgarité, dans un partage à lèvres mi closes…
Le projet poétique de Leonardo Rosa dit ainsi la souffrance des mots et des hommes, pour laisser se lever, paradoxale, une parole du silence : leur possible réconfort.
La traduction française est due à Bernard Noël.
Extrait
La traduction française est due à Bernard
1.-
quand il ne reste
imperceptible
que le murmure de la nature
j’ai besoin de me taire
je m’écoute
enveloppé dans le silence
2.-
mugissement de la mer
battement des vagues
contre les flancs de l’île
la respiration du silence
3.-
le silence a des odeurs de vert et de mer
ce parfum me pénètre
4.-
dans le silence je me sens transparent
et tu peux passer à travers moi
5.-
peut-on regarder le silence ?
Un second extrait :
si les mots ont un corps
qui nourrit le corps des mots ?
mots fatigués
mots dénudés
mots désossés
*
si les mots sont le corps de la pensée
en quelle matière sont les pensées ?
mots disséqués
mots tant usés
mots exténués
mots en suspens comme dentelles d’air
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