Vénus KHOURY-GHATA,

Publié le par gentle13

Bonjour, ce matin, toujours sur encres vagabondes je  viens vous représenter un femme de talent d'ailleurs à ce titre  je vous avez déjà présenté un de ces livres, j'espère vivement que ce n'est pas le même. Pour ma part je ne m'en lasse pas, j'aime son style et son écriture.
Bonne journée à vous
Gentle13.


Quelle est la nuit parmi les nuits



Le poète, penché vers le vide d'un puits sans fond, laisse venir à lui la remontée d'une nuit qui est à la fois la sienne et celle des autres. Il écoute, patient jusqu'au jaillissement, tourné vers le royaume de sa page, cerné de sujets et de mots.

Vénus Khoury-Ghata inscrit cette quête depuis les marges de ce qui est aussi rencontre avec des visiteurs inconnus, qui surgissent entre les lignes, l'interpellent, veulent se saisir de sa main. Qui donc restera maître du jeu dans cette écriture de la nuit ? La page se fait ténèbre nocturne, puis ample tableau noir où s'effacent le temps et l'espace, rendus à la seule puissance de la mémoire et de blessures qui ont fêlé à jamais les vitres des fenêtres. La mère arrache obstinément les orties. Par-delà la mort, elle demeure, personnage d'une page devenue scène du poème.

Appuyée sur le manche de son balai tel le Giaour ottoman sur sa baïonnette
la mère échangerait sa vie contre un livre
La nuit dit-elle est un tableau noir
donnez-moi un crayon pour vous écrire une lettre
quel temps faisait-il le jour de mon enterrement ?

Prise au feu et à la tempête des mots, la poétesse aperçoit le terme de la ligne, le bas d'une page et, portée par la vague, poursuit la réécriture de l'espace, l'explore dans toutes ses directions. Traversée vaine et affolée :

nos cris me suivent en haletant
changer de pays et de ville ne sert à rien
alignés derrière mes fenêtres les voisins morts continuent à éteindre l'incendie
alors que le vrai feu était dans nos bouches.

Traversée de ce qui reste par-delà le temps, comme états successifs, gravés dans une suite sans fin, à l'intérieur de l'enceinte de la page.

des maisons au nombre des lettres de l'alphabet
majuscules de pierre sur la pente
lettres de torchis sur le bord du ravin.

Mots, lignes, mémoire et terre se rejoignent et se confondent dans un écrit transpercé d'échos.

Les lecteurs de
Une maison au bord des larmes, très beau roman autobiographique de Vénus Khoury-Ghata, les entendront, à travers le prisme de deux textes aux tonalités et à la nature différentes. Des échos qui renvoient à une seule et même présence de temps différents. L'imparfait est ici perpétuel voisin du présent.

Le râteau dans une main
le crayon dans l'autre
je dessine un parterre
écris une fleur à un pétale
désherbe un poème écrit entre veille et sommeil.

Elle jardine, arrache les herbes avec sa mère, cultive le terreau des langues.

quels mots évoquent les migrations d'hommes et de femmes fuyant
génocides sécheresse faim
enfants et volailles serrés dans le même balluchon parlaient-ils
l'araméen caillouteux
l'arabe houleux des tribus belliqueuses
ou la langue tintant telles billes de verre dans nos poches d'enfants.

Les mots retentissent avec la singularité de leurs sonorités, notes sur la portée d'un poème fait aussi d'odeurs et de saveurs. Espace dévasté par le chagrin, ses habitants ne l'ont pas déserté, qu'ils soient machine à coudre, fil à linge, pot de fleur ou drap de noce. Et plantes et arbres y demeurent enracinés, accrochés à ce qu'ils ne peuvent se résoudre à quitter. Silhouettes de cyprès ou de noyers, thym et basilic…

le sol s'est approprié les odeurs
celle noire de l'encre renversée
rouge des herbes séchées sur la rambarde.

Espace où l'on émiette les cris, le poème est pourtant lieu d'étonnement, de beauté.

Le poème écrit à la chaleur de l'âtre fond avec la neige
inutile de le chercher dans le ruisseau
devenus gouttelettes d'eau les mots mangent une terre muette
ennemie jurée des fleurs
faut-il croire le jardinier qui prétend écrire l'œillet du poète avec son sécateur.

Vénus Khoury-Ghata écrit sa certitude des vagues et des rêves qui ne connaissent aucune limite et font d'un miroir ou d'une chambre leur demeure. Ses poèmes sont actes de foi en ces instants où le poème est métamorphose du monde.



 



Cécile Oumhani 

Publié dans anthologie

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Terpsychore 01/02/2009 18:59

Les poètes sont les jardiniers des mots.:-)Amicalement.

O. 10/01/2009 16:44

très belle poétesse