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  le blog anthologie

anthologie

Jean Marie Audrain

26 Septembre 2008 , Rédigé par gentle13 Publié dans #anthologie

Un ecrivain découvert ce matin sur :

 



Impression poète levant

Il n'existe ni université ni École Supérieure de Poésie !
Alors d'où sortent les poètes si ce n'est du ventre de leur mère ? Pour autant, sur les bulletins de naissance ne figure jamais la mention "poète"...
Je soutiendrais malgré tout que la poésie est la chose au monde la mieux partagée... mais la moins bien entretenue!
L'une des qualités premières de l'enfant n'est-elle pas celle de s'émerveiller de tout ? Et la poésie accepterait-elle un autre terreau ? Le langage de l'enfant va devoir s'arracher à sa polysémie primale pour devenir plus précis, plus adapté, plus "correct". Comme les langues, en gagnant en précision, il a perdu en richesse "connotative" et "imaginative". Or, la vie ne se réduit pas à ce que professe le langage sémantiquement correct". Elle est bien plus que cela ! En ce sens, René Char dit que le poète est le conservateur des infinis visages du vivant !
Alors, devenir poète ? Si tu ne l'es pas resté, tu dois vivre une seconde naissance ou plutôt une renaissance. Il faut retrouver au fond de tes yeux le regard de tes premiers jours. Un regard tout neuf, accueillant à la nouveauté et à la richesse des sons et des images. Un regard qui jamais ne pèse, ne compte, ni ne mesure. Un regard qui jamais ne critique, ne juge, ni ne compare.
Alors seulement ta plume pourra commencer à chanter et à dessiner ce que tes sens ont perçu dans le secret de l'intimité des choses et des hommes.
Alors, désormais, tu recevras le nom de fou... ou de poète !

 

 

 

 

Mot d’une vie

Au fond de sa gorge serrée
Depuis l’enfance elle gardait
Ce que la vergogne dictait
Bouche fermée.

Pour un doux baiser sur son front
Rien n’aurait pu baisser sa garde
Tête haute malgré l’affront
Qui trop s’attarde.

Ses souvenirs d’adolescence
Des repas aux regards murés
Autour d’une table encombrée
De ses silences.

Elle s’exila de la maison
Son ressenti en bandoulière
Noué au fond d’un baluchon
Son cœur trop fier.

Par les routes et sur les chemins
Chaque détour la ramenait
A l’aveu de livrer enfin
Son noir secret.

Puis le remords fit son travail
De nuits troubles en jours aigris
Semant la mort en ses entrailles
Pour un non-dit.

Son père quêta à son chevet
Le dernier mot, l’ultime son
Qui de ses lèvres s’échappait :
Juste « Pardon ».
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Le grand Meaulnes

13 Août 2008 , Rédigé par gentle13 Publié dans #anthologie

En cliquant sur le lien vous aurez la possibilité de découvrir un extrait de son seul roman, le grand Meaulnes qui :

Décrit le parcours d'initiation au merveilleux et au rêve du jeune Augustin Meaulnes, parti à la recherche de l'infini à travers l'amour. »

Larousse-Bordas 1998 texte et photo

http://www.legrandmeaulnes.com/french/meaulnes.htm

Prix Alain-Fournier

Le Prix Alain-Fournier, fondé en 1986, est remis chaque année par la Ville de Saint-Amand-Montrond, en vue de rendre hommage à l’auteur du « Grand Meaulnes » et de récompenser « un romancier méritant d’être encouragée dans le déroulement de sa carrière littéraire. » Les romans retenus sont des premiers, seconds ou troisièmes romans, parus dans l’année civile précédente, l’auteur ne devant pas avoir reçu préalablement de distinction de « dimension nationale ». Il est doté d’un chèque de 2300 € (soit environ 15 000 francs), remis officiellement fin mai à l’occasion des Journées du Livre de Saint-Amand-Montrond.

Le Prix Alain-Fournier a la particularité de compter dans son Jury à la fois des « amateurs éclairés » (vingt lecteurs locaux) mais aussi des « lecteurs professionnels », les anciens lauréats étant « membres de droit du Jury ».


Le 1er juin 1905, jour de l'Ascension, Henri-Alban Fournier ( il prendra en littérature le demi-pseudonyme d'Alain-Fournier), jeune lycéen de 18 ans vient de visiter " le Salon de la Nationale" au Petit Palais. En descendant l'escalier de pierre, son regard croise celui d'une grande jeune fille blonde, élancée et élégante : Yvonne de Quiévrecourt. Il la reverra quelques jours plus tard, et pourra échanger avec elle quelques mots. Hélas pour le jeune lycéen, Yvonne de Quiévrecourt est fiancée et son destin, tout tracé.

Cette rencontre, dont il a noté tous les détails, va déterminer la vie entière d'Alain-Fournier. Il la transposera quasi littéralement dans le Grand Meaulnes.

Ce roman paraît en 1913. Alain-Fournier est à deux doigts d'obtenir le prix Goncourt.

L'année suivante, c'est  la déclaration de guerre. Il est mobilisé, dès le mois d'Août. Le 22 septembre, il est tué au sud de Verdun, dans les Hauts de Meuse. Il n'avait pas encore vingt-huit ans.


 Le Grand Meaulnes
Il arriva chez nous un dimanche de novembre 189...
Je continue à dire « chez nous », bien que la maison ne nous appartienne plus. Nous avons quitté le pays depuis bientôt quinze ans et nous n'y reviendrons certainement jamais.

 

Nous habitions les bâtiments du Cours supérieur de Sainte-Agathe. Mon père, que j'appelais M. Seurel, comme les autres élèves, y dirigeait à la fois le Cours supérieur, où l'on préparait le brevet d'instituteur, et le Cours moyen. Ma mère faisait la petite classe...

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Portrait d'Alain Fournier
en 1905

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Prédation

13 Août 2008 , Rédigé par gentle13 Publié dans #anthologie

Actuellement en cours de  lecture ce thriller est tout bonnement génial, je vous le conseille vivement. Croyez moi vous ne serez pas déçu du voyage.
Un bref aperçu vous donnera, enfin je l'espère, l'envie de le lire.
Gentle13

Un cadavre dénudé est découvert dans une friche industrielle, la main droite déchiquetée.Un homme se tire une balle en pleine tête, dans un centre commercial bondé.Un jeune père, dressé comme un chien, est tourmenté sans relâche au fond d’un cachot sans porte ni fenêtre.
Aucune piste, aucun lien, aucun mobile…
Qui sont ces hommes? Pourquoi ont-ils été choisis? Pour quelle mise à mort aberrante?
Prédation entrouvre la porte d’un univers imprévisible et angoissant, étrangement en prise avec les faits divers les plus choquants de notre époque.
Génialement suffocant… On sort ravi par la lecture de ces monstruosités saisissantes.Le Moniteur.

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Le plus grands des poètes

2 Juin 2008 , Rédigé par gentle13 Publié dans #anthologie

Aujourd'hui je vous présente à mon sens un des plus grand poètes de notre temps, quelqu'un qu'on a plus la peine de présenter tellement il est célèbre. Cet homme à marqué son temps d'une empreinte indélébile : écrivain, poète et homme politique, un homme au grand coeur. Il a laissé à notre dispositon une oeuvre considérable et nous n'aurons  plus jamais de tel hommes et c'est dommage
Gentle13


Victor Hugo dans l’arène politique où le poète au service de l’humanité
lundi 14 novembre 2005.
 
Victor Hugo, vous connaissez ? Je n’en suis pas si sûr, c’est sans doute la raison pour laquelle les éditions Bayard viennent de faire paraître, sous la plume de Michel Winock, un ouvrage qui pousse une porte nouvelle.
Michel Winock : Victor Hugo (dans l’arène politique)
Michel Winock : Victor Hugo (dans l’arène politique)

Depuis la disparition de celui qui marqua le XIXe siècle de son oeuvre titanesque, nous nous apercevons que le poète est aussi un "labyrinthe-océan".

Ce catholique, ce royaliste, du parti des ultras, après un périple de quatre vingt trois ans, meurt républicain !

Catholique, certes, mais certainement pas dévot, puisqu’il traîne les pieds pour se rendre à la messe, comme le lui demande de l’abbé de Lamennais. À 20 ans, on le nomme poète des ultras. Pourtant son père ce "héros au visage si doux", Général des armées napoléoniennes, devenu durant les 100 jours gouverneur de Thionville, refusa la capitulation et combattit jusqu’au 13 novembre 1815. Il représente aux yeux du jeune poète, le vaincu de l’histoire, le demi solde, consigné à Blois, en résidence surveillée. Surprenant ?

peut-être pas, car ce général fut aussi un père autoritaire qui voulut enfermer ses fils dans de ténébreux collèges, les privant ainsi de liberté, mais également de l’affection de Sophie, leur mère, née Trébuchet.

Le choix politique de Victor semble donc une prise d’opposition vis-à-vis de son père, en faveur de sa mère, fille de vendéens, donc fidèle à la royauté. Le modèle masculin de notre jeune poète et comme pour toute une génération se nomme René François de Chateaubriand, l’auteur du Génie du Christianisme, qui écrivit également de Buonaparte et des Bourbons. Adolescent, Victor Hugo n’aurait-il pas juré "Je veux être Chateaubriand ou rien !".

Les frères Hugo créent une revue littéraire Le conservateur littéraire. Victor tombe amoureux d’Adèle Foucher, jeune bourgeoise, insignifiante et sans dot, que les yeux de notre poète amoureux métamorphosent en une muse bénie des dieux. Après le décès brutal de sa mère, c’est le général Hugo qui finira par consentir à cette union. Pas de certificat de baptême, qu’à cela ne tienne, son père lui adresse une attestation et l’abbé Lamennais signera un billet de confession de complaisance. Ce mariage rapprochera le père et le fils qui recevra, quelques mois plus tard, une pension du roi, à la demande de la duchesse de Berry.

Chateaubriand, chassé du ministère des affaires étrangères, passe à l’opposition et son admirateur, sans l’ombre d’une hésitation, le suit. Le roi meurt et son successeur, Charles X, décore le poète de la Légion d’honneur.

Le premier événement remarquable, se produit avec la pièce Cromwell dont la préface définit le nouveau théâtre. Hugo réclame la liberté dans l’art que seul le drame peut incarner. Marion Delorme sera censurée, Alexandre Dumas a réussi à faire jouer sa pièce Henri III et sa cour.

La bataille entre les classiques et modernes, trouvera son apogée à la première d’Hernani en février 1830. Ce drame romantique bouscule toutes les règles et ouvre une ère nouvelle. Quelques mois plus tard, ce sera Les trois glorieuses. L’acte le plus fort, sans doute, sous la restauration sera la publication de son livre Le dernier jour d’un condamné.

La critique se déchaîne mais derrière ce personnage sans identité, c’est la peine de mort qui est mise sous les projecteurs. Ce plaidoyer doit atteindre son but et pour cela, il ne vise que l’abolition de cette acte injustifiable. Toute sa vie, le poète luttera contre ce crime inutile et barbare, car en tuant le condamné, on lui retire tout espoir, toute possibilité de rachat.

En 1845, il est nommé Pair de France. En 1846, il défend la Pologne qui subit la répression austro-russe, mais il n’est pas suivi. Après la révolution de 1848, il se voit offrir par Alphonse de Lamartine, le ministère de l’instruction publique. Hugo refuse. Pourtant le gouvernement provisoire obtient l’abolition de la peine de mort, que le poète qualifie de "fait sublime". Il propose une république universelle, et face au drapeau rouge, il préfère "la sainte communion de tous les Français".

"J’ai usé mon mandat depuis trois jours pour concilier les coeurs et arrêter l’effusion de sang... ". Puis, ce sera la loi Falloux, votée en 1850, qu’Hugo combattit de toutes ses forces. La droite perd du terrain, et imagine, pour restreindre le suffrage universel, que seules les personnes ayant résidées pendant trois ans dans le même canton, deviendront électeurs : "Dites-leur qu’ils sont insensés", s’écrit Alexandre Dumas.

Ainsi, la classe ouvrière, la plus livrée au nomadisme, sera amputée de plusieurs millions de voix. 1851 est l’année de la révision constitutionnelle qui permettrait au président en exercice de se représenter à l’issue de son mandat de quatre ans pour lequel il n’est, pour l’instant, pas rééligible.

Hugo est contre ce rétablissement pernicieux de l’Empire " Napoléon, après Charlemagne, et prendre dans vos petites mains ce sceptre de titans, cette épée de géants ! Pourquoi faire ? Quoi, après Auguste, Augustule ! Quoi ! Parce que nous avons eu Napoléon Le Grand, il faut que nous ayons Napoléon Le Petit !" . Jamais le Prince Président ne se remettra de ce trait de plume !

Puis, ce sera le coup d’état du deux décembre et l’exil pour Victor Hugo, dix neuf ans de résistance et de créations sublimes. Le retour en France et la montée vers la gloire éternelle.

Ce nouveau livre sur Victor Hugo, nous prouve que le poète est une source inépuisable et que son visage est une foule. Il est dans cet ouvrage, plus vivant que jamais. Il représente notre conscience à travers les siècles, il est, et demeure, la grande âme des peuples, à la proue de l’Histoire.

Octobre
Ils sont là, menaçant Paris. Ils le punissent.
De quoi ? d’être la France et d’être l’univers,
De briller au-dessus des gouffres entr’ouverts,
D’être un bras de géant tenant une poignée
De rayons, dont l’Europe est à jamais baignée ;
Ils punissent Paris d’être la liberté ;
Ils punissent Paris d’être cette cité
Où Danton gronde, où luit Molière, où rit Voltaire ;
Ils punissent Paris d’être âme de la terre,
D’être ce qui devient de plus en plus vivant,
Le grand flambeau profond que n’éteint aucun vent,
L’idée en feu perçant ce nuage, le nombre,
Le croissant du progrès clair au fond du ciel sombre ;
Ils punissent Paris de dénoncer l’erreur,
D’être l’avertisseur et d’être l’éclaireur,
De montrer sous leur gloire affreuse un cimetière,
D’abolir l’échafaud, le trône, la frontière,
La borne, le combat, l’obstacle, le fossé,
Et d’être l’avenir quand ils sont le passé. (Extraits, l’année terrible, 1872)

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La Dame Blanche ou « le Verbe en robe de chair »

5 Mai 2008 , Rédigé par gentle13 Publié dans #anthologie

Pour suivre les traces d’Emily Dickinson, il fallait un magicien du verbe et Christian Bobin a rempli parfaitement sa mission.
Emily Dickinson : Car l’adieu c’est la nuit
Emily Dickinson : Car l’adieu c’est la nuit
Editions Nrf

Gallimard nous propose dans son élégante collection « L’un et l’Autre » un ouvrage de Christian Bobin, que je qualifie de miraculeux : La Dame Blanche.



Christian Bobin : La Dame Blanche
Christian Bobin : La Dame Blanche

Emily Dickinson : Car l’adieu c’est la nuit
Editions Nrf

En effet, comment décrire au public une jeune femme qui, peu à peu, se métamorphose en apparition de plus en plus diaphane ?

Saisir l’instant, depuis ce 10 décembre 1830 à Amherst (Massachussetts) où Emily, fille d’Edward Dickinson, homme de loi et d’Emily Norcross, jette à la face du monde, son premier cri, jusqu’à ce matin du 15 mai 1886, où la poétesse, telle une fleur de lys, rend son dernier soupir dans sa ville natale.

Aucun habitant d’Amherst n’avait croisé la poétesse depuis vingt cinq ans. Sa disparition prit alors des airs de légende. La mort avait retrouvé la trace de celle qui marchait vers la transparence depuis un quart de siècle. Sa silhouette ne put retenir la moindre poussière d’ombre, même le médecin, venu constater le décès, dut rédiger son acte sur le seuil de la chambre d’où il apercevait une _ forme immaculée qui reposait sur un lit.

"quand ce sera mon tour de recevoir une couronne mortuaire, je veux un bouton d’or". Comme une réponse de la nature au désir d’Emily, le pré derrière la maison accueillait une foule vibrante de taches d’or, accourues des quatre coins du cœur.

Pour son ultime voyage terrestre, elle passa de sa table d’écriture à sa tombe, (située derrière la maison), respectant ainsi jusqu’au bout, son vœu de ne pas quitter sa demeure. Elle avait cinquante cinq ans... mais doit-on, peut-on donner un âge à une poétesse qui s’entretint durant toute son existence avec l’éternité ?

Christian Bobin, nous emporte , nous éblouit, nous éclabousse de sa plume, si légère et si dense, si tendre et si profonde. Chaque phrase devient une découverte, une surprise, une pépite et devant nos yeux ébahis, se dresse une fine silhouette, jeune et frêle qui va, tout au long de l’ouvrage nous entraîner dans un monde si humain et si sensible, que vous ne pourrez plus jamais percevoir la société du XXIe siècle avec le même œil.

Il existe une magie qui vous prend la main et vous mène face à une existence si particulière, qu’elle ressemble à un personnage venu d’un autre âge, d’un autre monde... et pourtant, Emily est et demeure tellement humaine qu’elle vous entre dans le corps, comme la beauté dévore vos sens. Avec ce livre indispensable, je dis bien indispensable, Christian Bobin, nous permet d’être dans l’intimité d’un génie presque effacé par les hommes.

Au fil des pages, nous apprenons l’alphabet de la passion et l’écriture admirable du ciel. Il y a tant de mystères qui nous entourent, tant de questions suspendues à nos lèvres, tant de soifs accrochées à notre curiosité qu’ouvrir ce livre, c’est pousser le cercle d’or qui pulvérise nos peurs et nous offre le chemin qui mène doucement à notre vérité...

"Son jardin est sa seule église. Elle ne s’embarrasse pas de théologie : elle voit la brise maternellement passer sa main fraîche sur le front enfiévré des roses, et elle en conclut ce que n’auraient jamais conclu les docteurs de l’Eglise confits dans leur prudente érudition : « l’amour que Dieu nous porte n’est pas semblable à celui des ours. » L’auteur d’un manuel sur les fleurs d’Amérique du Nord parle avec la même ardeur de l’innocence des ronces et de la sauvagerie du ciel où personne n’entre de son vivant. L’enthousiasme de ce jardinier visionnaire la séduit. « Quand j’étais petite et que les fleurs mouraient, j’ouvrais le livre du docteur Hitchcock. Cela me consolait de leur absence et m’assurait qu’elles vivaient encore. » Les pissenlits - avec leurs caravanes solaires arrêtées partout dans les prés - sont ses fleurs préférées. Elle cueille un trèfle sur la tombe de son père et le met à sécher dans la Bible, sur ce passage de l’Epitre aux Hébreux : « la foi est la garantie des biens que l’on espère, la preuve des réalités qu’on ne voit pas. »

Depuis l’enfance - jusqu’à son séjour chez Mary Lyon - Emily cueille les fleurs qui rêvent dans les bois et les collines autour d’ Amherst. Elle les baptise de leur nom latin puis les couche sous une couverture de papier cristal, dans le dortoir de son herbier où dorment bientôt plus de quatre cents religieuses décolorées d’un autre monde : plusieurs fleurs sur chaque page encadrent la majesté d’une fleur centrale, leurs pétales à peine froissés et leurs tiges maintenues par de luisants papiers collés. En attente de l’époustouflant soleil de la résurrection, elles se souviennent des lumineux souffles de leur ancienne vie. »"

 

Je ne peux que conseiller aux lecteurs qui viennent de rencontrer la Dame Blanche, d’entrer dans son monde si proche et si lointain de nos cœurs, en se procurant Car l’adieu c’est la nuit (ce titre est emprunté au poème 586 d’Emily lorsqu’elle connut une période d’intense créativité) (1858 à 1865) recueil dense, qui vous fera partager un quotidien que la poésie métamorphose en fragments d’univers en passerelles jetées entre deux mondes, entre le concret et le spirituel !...

Découvrez sans plus attendre ces pages blotties au fond d’un tiroir qui viennent de prendre leur essor... et de goûter au plaisir de l’espace où vous les attendiez...

" Je ne l’ai pas encore dit à mon jardin -
De peur d’y succomber.
Je n’ai pas tout à fait la force à présent
De l’apprendre à l’Abeille -

Je ne le nommerai pas dans la rue
Les boutiques me dévisageraient -
Qu’un être si timide - si ignorant
Ait l’aplomb de mourir.

Les collines ne doivent pas le savoir -
Où j’ai tant vagabondé -
Ni révéler aux forêts aimantes
Le jour où je m’en irai -

Ni le balbutier à table -
Ni sans réfléchir, au passage
Suggérer que dans l’Enigme
Quelqu’un en ce jour marchera"

(Poème page 41)

"Je serais peut-être plus seule
Sans la solitude -
Tant je me suis faite à mon Sort -
L’Autre - la Quiétude -

Pourrait rompre la Ténèbre -
Encombre la petite Chambre -
Trop étriquée - de loin - pour contenir
Le Sacrement - de Sa Personne -

L’Espoir m’est étranger -
Il pourrait déranger -
Son doux cortège - profaner le lieu -
A la souffrance consacré -

Il est peut-être plus facile
De faillir - la Terre en Vue -
Que de gagner - ma Bleue Péninsule -
Pour y périr - de Volupté - "

(Poème page 161)

"Le Cerveau - est plus spacieux que le Ciel -
Car - mettez-les côte à côte -
L’un contiendra l’autre sans peine -
Et Vous - de surcroît -

Le Cerveau est plus profond que la mer -
Car - tenez-les - Bleu contre Bleu -
L’un absorbera l’autre -
Comme l’Eponge - l’eau du Seau -

Le Cerveau a le poids exact de Dieu -
Car - Pesez-les - Once pour Once -
S’ils diffèrent - ce sera comme
Le Syllabe et le Son -"


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Leonardo Rosa

5 Mars 2008 , Rédigé par gentle13 Publié dans #anthologie

Une nouveauté que je découvre en même temps que vous "Léonard Rosa" peintre et poète d’exception


Né à Turin en 1929, Leonardo Rosa s’intéresse à la poésie et à la peinture depuis l’enfance. Il est à l’origine de la première revue de poésie parue dans l’Italie de l’après-guerre « momenti » qu’il a créée alors qu’il était âgé seulement de 18 ans. à Turin en 1929, Leonardo Rosa s’intéresse à la poésie et à la peinture depuis l’enfance. Il est à l’origine de la première revue de poésie parue dans l’Italie de l’après-guerre « momenti » qu’il a créée alors qu’il était âgé seulement de 18 ans.

Apparition du silence


Leonardo Rosa

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Propos du livre  

Apparition du silence nous donne une méditation sur les frontières des mots et leur place dans le monde contemporain. Il est constitué de trois textes, Charivari, La peau des mots, Apparition du silence, tous trois liés aux séjours du peintre dans les Cyclades, qui forment le recueil d’un poète inattendu et retrouvé.
Dès avant 1997, date à laquelle il donne à nouveau un texte à la publication, avec Les Chariots du ciel (éd de l’Amourier), Leonardo Rosa forge le projet d’une exploration comme méthodique de son rapport retrouvé à la langue, aux mots, à la poésie. Apparition du silence constitue le résultat de cette exploration… Le bref et saisissant texte de Charivari présente au lecteur l’image d’un poète “ traqué par les bruits, cerveau en bouillie ” ; autour de lui se dressent deux monuments poétiques Apparition du silence et La peau des mots. La peau des mots naît au moment où le mot apparaît “ comme un être vivant ” : toute violence qui lui est faite, nous est faite ; dépouillée de son sens, anéantie, violentée, mise à mort, la langue risque de devenir arme pour nous agresser et nous soumettre. Si Leonardo Rosa assigne à la poésie la fonction de dire les risques que courent les mots, et nos souffrances comme leurs souffrances, c’est en elle aussi qu’il va chercher un espace apaisé, celui dans lequel on s’installe au moment de Apparition du silence, hors des fracas et de la vulgarité, dans un partage à lèvres mi closes…
Le projet poétique de Leonardo Rosa dit ainsi la souffrance des mots et des hommes, pour laisser se lever, paradoxale, une parole du silence : leur possible réconfort.
La traduction française est due à Bernard Noël.


Extrait

 

La traduction française est due à Bernard

1.-
quand il ne reste
imperceptible
que le murmure de la nature
j’ai besoin de me taire
je m’écoute
enveloppé dans le silence
2.-
mugissement de la mer
battement des vagues
contre les flancs de l’île
la respiration du silence
3.-
le silence a des odeurs de vert et de mer
ce parfum me pénètre
4.-
dans le silence je me sens transparent
et tu peux passer à travers moi
5.-
peut-on regarder le silence ?



 Un second extrait :

si les mots ont un corps

qui nourrit le corps des mots ?

mots fatigués

mots dénudés

mots désossés

*

si les mots sont le corps de la pensée

en quelle matière sont les pensées ?

mots disséqués

mots tant usés

mots exténués

mots en suspens comme dentelles d’air

17

 

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• Fabre G., Sylvie

3 Mars 2008 , Rédigé par gentle13 Publié dans #anthologie

Bonjour à vous toutes et tous, une petite nouvelle que je viens de découvrir et, qui je pense mérite votre attention, à vous de vous faire votre propre opinion. Je vous rappelle que j'ai mis en place sur ce site là un forum de discussion si vous êtes intérressé on peut discuter des choix des livres et des poèmes. En fait de la poésie et de la littérature en générale.
Mes amitiés




L'auteur

Sylvie Fabre G. née à Grenoble en 1951. Professeur de lettres.
Ses premiers textes paraissent dans la revue Sorcières, véritable aventure littéraire et féministe, à laquelle elle participe jusqu’en 1982.
Une rencontre décisive a lieu avec les Editions Unes et Jean-Pierre Sintive qui accueille ses premiers textes. Elle a depuis publié une dizaine de recueils et aussi écrit pour les éditions du Félin une prose sur l’esprit des lieux en Isère, sorte de géographie intime, rêverie autour du paysage et des êtres. Elle a collaboré depuis 1977 à une trentaine de revues et d’anthologies en France, en Belgique, en Espagne, en Grèce et au Québec. Elle aime travailler avec des artistes et a réalisé de nombreux livres avec peintres et photographes. Après une première bourse obtenue en 1997, le CNL vient de lui accorder une nouvelle bourse de création

Le Génie des rencontres
Sylvie Fabre G.

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Il y a des soirs propices à la rencontre, des soirs si doux, tissés dans la lumière qui s’effrange sur la montagne. Le ciel, ces soirs-là, laisse tomber sa fine étoffe. Elle s’enroule sur elle-même pour découvrir les portes d’un Désert. Celui-ci a un nom enraciné dans le végétal, le minéral et l’humain. Le monde l’oublie, mais le monde en Chartreuse est ailleurs.
Un homme y vit, au pied des grandes falaises où s’échouent les nuages, dans la traverse des âges et des vents. Il a choisi de dissoudre le mouvement immuable du temps et de changer la consistance de l’espace en faisant de leur route sans halte une éternité gravée de signes.
La première parole que j’entendis sur son étrange projet m’arriva portée par l’indéchiffrable douceur d’un de ces soirs, en mars. Nous étions trois avec lui dans son atelier. Deux femmes, et un enfant ouvrant des yeux qui s’étoilaient aux traits et boucles de l’inconnu. L’homme parlait de la mémoire des langues. De cette ligne d’écriture qui coupe les terres et les siècles, tous les signes et leur musique, pour arriver jusqu’à nous. Il racontait comment, d’instinct, sa main avait parfaitement maîtrisé la calligraphie. Son enfance s’était passée à recopier les lettres des divers alphabets, et il avait ainsi acquis la puissance créatrice de chaque langue, pénétrant son essence par le geste. Il s’était exercé avec patience à ressembler au scribe plus profond que le ciel et la terre dont parle Champollion.

Quelque chose, quelqu’un
Sylvie Fabre G.
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Tu vois à la fenêtre les colombes, leur vol lent, mouvement aussi léger que celui de ton ongle sur la vitre givrée. Janvier bat son pouls glacé aux carreaux.

Tu as les doigts gourds des petits matins. Tes mains sont chargées de mots ramassés le long des chemins la nuit. Mots égarés de l’insomnie. Quelqu’un s’est couché dans ton sommeil. Sa misère agrandit la tienne. Deux corps étendus l’un sur l’autre, noir sur noir.

Ils ont dérivé sur la banquise. Le ciel a viré. Maintenant les flocons gardent une limpidité vide. Un volcan couve derrière le givre, l’hiver fond à ta fenêtre. Le bruit des sanglots ressemble à celui de ton ongle, il déchire la vitre.

Quelqu’un pleure, tu ne sais pas si c’est toi.

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Michaux : Peintre et écrivain

1 Mars 2008 , Rédigé par gentle13 Publié dans #anthologie


Bonjour, je n'aurais pas l'outrecuidance de vous présenter aujourd'hui Henri Michaux que, bien entendu beaucoup connaissent autant comme écrivain que peintre. Je ne le connais que par ces écrits enfin un seul "la vie dans les plis" un petit livre tout à fait superbe et dont j'ai pris un immense plaisir à lire.
Amicalement
Gentle13

http://www.maulpoix.net/Plume.html

http://www.michauxanimalier.com/

 


Henri Michaux ou l’intérieur du miroir
dimanche 25 décembre 2005.
 
Comment peut-on concevoir un nouveau livre sur Henri Michaux après la biographie de Jean Pierre Martin ?
Robert Bréchon : Henri Michaux
Robert Bréchon : Henri Michaux
Edition Aden, Collection le cercle des poètes disparus,
Robert Bréchon n’a pas écrit à proprement parler un autre livre, mais il a relevé le défi que lui lança, il y a environ un demi-siècle, Henri Michaux, lui même : montrer son oeuvre sans parler de sa vie ! De toute manière, ’je ne savais rien de lui’... Je devais tout tirer de ses textes... ’, alors, pour réaliser ce véritable exploit, Robert Bréchon ne possédait que trois repères sous la forme de trois dates : 1/ 1945 : la découverte de l’oeuvre. 2/ 1956 : la rencontre de l’artiste. 3/ 1959 : la publication du livre.

L’aventure commença vers la fin de la seconde guerre mondiale avec l’achat de « Panorama de la jeune poésie française » de René Bartelé, publié à Marseille en 1943. Un poème toucha tout particulièrement Robert Bréchon qui avoua, que 60 ans plus tard, ce poème « emportez-moi » le touche toujours autant.

Puis, ce fut la découverte en 1946, dans la collection « Poète d’aujourd’hui » chez Seghers, de Michaux. Il y eut, plus tard, Raymond Bellour qui donna un « Henri Michaux ou une mesure de l’être » paru chez Gallimard, mais aussi, les introductions des oeuvres complètes en trois volumes à la bibliothèque de la pléiade, toujours chez Gallimard.

Tout semblait dit... Il n’y avait plus, peut-être, qu’à souligner ou suivre la route déjà balisée... Mais relever un défi, est avant tout faire acte de création. Pour atteindre son but. Robert Bréchon eut recours à l’écriture. Une écriture qui, ne cherche pas l’effet, une écriture, qui connaît le chemin de l’âme toute simple, toute pure. Avec cet ouvrage, Robert Bréchon réalise une synthèse entre l’homme et son œuvre, tout en respectant l’un et l’autre, ce qui représente un véritable tour de force.

Seul Michaux, artiste peintre, demeure quelques pas en arrière, laissant à l’écrivain le rôle principal, car l’oeuvre picturale connaît une audience universelle encore à venir pour la prose et la poésie.

Michaux est-il un poète à part entière, un poète véritable ? N’est-il pas plutôt un pionnier du monde visible, mais également et surtout du monde invisible ? Mais, me direz-vous, devenir comme dans le Nouveau Monde, l’aventurier des grandes plaines, n’est-ce pas justement incarner « le poète » dans ce qu’il a de plus authentique et de plus sacré ?

Michaux a suivi la piste des hallucinogènes pour atteindre et pénétrer dans des univers fantastiques. De ces expériences mystérieuses, le poète nous a laissé une écriture qui sent la foudre et où les éclairs de la vie claquent à l’intérieur de chaque mot, comme autant de paroles inconnues qui nous traversent, nous bousculent, transfigurant le pas minuscule de notre quotidien. N’est-ce pas ainsi que l’artiste se métamorphose en mythe ?

Hors de tous les courants, de toutes les modes éphémères, Michaux, a refusé tous les honneurs, les décorations, car il considérait que ’l’écriture ne suit pas, elle précède’. Il ne faisait que poursuivre une direction qui depuis sa naissance, ’lui fait choisir sa voie singulière’. Le poète se défiait de tout ce qui pouvait limiter, clore, enfermer, sa marche dans le doux ronron hypnotique de la ’ routine’.

Michaux savait maintenir « cet état d’éveil » qui s’exprimait par une présence active. ’Nous dormons notre vie, nous passons à côté d’elle, nous sommes des somnambules, l’ambition du poète c’est de parvenir à ce niveau supérieur d’éveil qui est à l’éveil ordinaire ce que celui-ci est au sommeil’

’j’écris pour me parcourir...’. L’écriture semble bien à la recherche du poète. De cette chasse naît, derrière chaque mot vaincu, un nouveau personnage ! Aussi le poète incarne-t-il ce ’fameux point d’interrogation en marche’. ’À la mesure, au limité, on aboutit plus, quoi qu’on fasse alors, on est dans les ondes sans fin du démesuré. D’une façon, c’est un peu un retour...’

’L’homme est un enfant qui a mis une vie à se restreindre, à se limiter, à se voir limiter, à s’accepter limité. Adulte, il y est parvenu, presque parvenu. L’infini, à tout homme, quoi qu’il veuille ou fasse, l’Infini ça lui dit quelque chose, quelque chose de fondamental. Ça lui rappelle quelque chose. Il en vient.’, nous confie le poète dans le dernier volume de la saga mescalienne, « les Grandes Epreuves de l’Esprit ».

Robert Bréchon nous montre dans ce livre indispensable à une approche plus profonde peut-être de « cet artiste univers » entre prose et poésie, tout ce qui exclut l’enfermement, cette limitation plus ou moins consciente de soi-même. Michaux n’a cessé, par le biais de ses phrases mouvantes, tendues comme une coulée de lave, d’exprimer les malaises de ce Mystère qui nous entoure.

Cette quête multiple, jamais achevée, prouverait la présence d’un mouvement que l’homme doit saisir pour atteindre le seuil où se tient « le vivant ». Tout est en devenir, tout est donc à découvrir, au-delà de ce temps aussi insaisissable que ce monde à trois dimensions.

Le livre de Robert Bréchon s’achève par « quelques renseignements sur quatre vingt années d’existence, sorte de guide qui permet au lecteur de comprendre le cheminement de « cet artiste cosmique » que nous sommes encore loin de cerner.

Il faudra, sans doute, plusieurs générations, avant que nous appréhendions l’oeuvre dans son ensemble. L’ouvrage de Robert Bréchon ouvre une brèche, admirable et terrible, offrant à notre regard stupéfait l’étendue de notre éternité, non aux confins des galaxies, mais bien à notre porte, dans la fuite innocente du contenu de notre sablier.

"... Il y a une solidarité des créatures
Contre les abus de pouvoir du créateur
Si j’étais Dieu, j’aurais pitié du cœur des hommes,
Et des bêtes"

(mesure de l’homme -Henri Michaux)

"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?
Que mes secondes sont lourdes ! Jamais je ne les aurais crues si lourdes. Instants éléphantiasiques.
Loin de tout, rien en vue et pourtant comme des bruits à travers un filtre.
J’entends des paroles ininterrompues, comme si sans cesse, on répétait : Labrador, Labrador, Labrador, Labrador,
Labrador, Labrador. Une poche me brasse. Pas de fond. Pas de porte, et moi comme un long boa égaré... Oh espace, espace abstrait (...) (...)
Fatigué de monter, vais-je descendre ? Mais je ne suis plus fatigué. Je ne sais plus rien de ce qui est de la fatigue. Je ne la connais plus.
Je suis grand. Je suis tout ce qu’il y a de plus grand. Le seul peut être tout à fait grand. Où sont les êtres ?..."

... ...

"Grand, j’aimerais aller vers plus grand encore, vers l’absolument grand. Je m’offre s’il existe. J’offre mon néant suspendu, ma soif jamais encore étanchée, ma soif jamais encore satisfaite. Tout convient : le lieu est vaste. Plus vaste. Plus de fermeture. Pas de témoins. Fais signe si tu existes, viens, me prenant comme insecte dans une couverture. Viens tout de suite. Ceux d’en bas tirent sur moi, cerf-volant dans le vent, cerf-volant qui ne peut résister, qui ne peut couper sa corde..."

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Guy Jean

29 Février 2008 , Rédigé par gentle13 Publié dans #anthologie

Volià un poète, qui je pense ne vous laissera pas indifférent, quant à moi il m'a interpellé mais jusqu'à présent sans raison vraiment précise j'hésitais à le mettre en ligne. Aujourd'hui en relisant le texte et les vers cités en contre bas je me suis finalement décidé à le publier. J'espère que mon choix sera judicieux.
Amicalement
Gentle13



Guy Jean : un poète à la proue de la vie
lundi 19 février 2007.
 
Je vais vous parler aujourd’hui d’un poète tout à fait étonnant que j’ai rencontré lors du dernier festival du livre de Nice. Il se nomme Guy Jean. Il a vu le jour de l’autre côté des mers sur les bords de la baie des chaleurs, en Acadie.
Guy Jean : Du sang sur les Astilbes
Guy Jean : Du sang sur les Astilbes
Ecrits des Hautes Terres Collection « Cimes, EAN : 9782922404388
Ce sont des paysages merveilleux qui virent la naissance de ses premiers poèmes et lorsque j’ai découvert les recueils de cet artiste, ce fut pour moi, un véritable évènement.

En effet, cette poésie possède à la fois le trait, la fulgurance, mais ce qui est très rare de nos jours, cette part de sensibilité qui plonge chaque mot dans la gorge du coeur.

Ce peintre du langage trace au couteau la marche du sang qui troue la toile de notre quotidien et bouscule notre pauvre mémoire. Guy Jean nous parle aussi de la cruauté du monde où il n’existe aucun bouclier capable de protéger l’homme du mauvais sort. Le poète s’intéresse également au temps, cet espace éphémère et terrible, où le jour disparaît sans cesse entre les aiguilles de l’heure et les doigts crochus de la nuit... Et puis il évoque cette indifférence où les hommes se croisent, se bousculent sans jamais se voir. Ce décor aveugle et cruel marque au fer rouge notre poète. Le dialogue, se traduit c’est avant tout par la rencontre entre deux êtres, deux mondes, deux solitudes, avant que la mort ne vienne frapper à la porte du soir et Guy Jean l’exprime magistralement dans la rivière de ses poèmes.

Mais n’oublions pas l’amour, l’amour omniprésent ; qu’il porte le masque de la révolte, de l’indignation, ou même qu’il incarne cette quête de la réconciliation avec les origines de cette humanité entre le Serpent de la Connaissance et l’Innocence sous le Pommier ! Mais lorsque Guy Jean nous propose « Sur le fil tendu des amours », nous entrons dans l’océan du désir où chaque vague est une promesse qu’une autre bouscule avant que la troisième ne vienne occuper un instant toute la scène. Ainsi passent les jours sous la meule du quotidien. Mais entre oubli et regret, nos rêves n’ont pas épuisé toutes les graines. La beauté ouvre la cascade toujours neuve du plaisir. Des odeurs, où prend racine la danse des corps, invente des étoiles au ciel des jeunes filles mêmes si les blessures serrent de refuge ou de fuite à nos étreintes déçues.

Attention, le poète met en garde celui qui possède la lucidité, celle qui écarte la lumière et dont le regard ne perçoit jamais les bras tendus des secrets ni l’aveu sur les lèvres de la chair. Comme tout artiste véritable, Guy Jean nous convie à partager une expérience insolite. En effet, à l’occasion d’une nouvelle connaissance que fit notre poète avec un bédéiste de renommée internationale, Edmond Baudoin, il fut décidé la création d’un ouvrage à quatre mains : « les blanches feuilles où dansent nos âmes ». Ce livre traduit l’inspiration mêlée de ces deux artistes. J’avoue que le résultat est étonnant car la maîtrise dont ces deux créateurs ont fait preuve, nous pousse dans les bras d’une aventure unique entre le lecteur, le poète et l’illustrateur. Un « journal d’atelier » conclut l’oeuvre et sert de guide à celui qui découvre la quête merveilleuse entre le Verbe et le trait, le mot et l’image.

Je voulais avant de vous quitter attirer votre attention sur un autre recueil « Et l’eau répondit... ». L’eau, cet or bleu du XXIe ne pouvait laisser indifférent un poète, et encore moins celui qui passe ses jours dans la musique des rivières.

Guy Jean multiplie les expériences, car un artiste ne peut que poursuivre sa voix sur les chemins inconnus où la Terra Incognita garde jalousement les trésors de secrets ancestraux toujours à découvrir. L’artiste est un conquérant, un explorateur, un pionnier qui, au péril de sa vie, doit repousser sans cesse, les limites de son art. Guy Jean appartient à cette race de poètes jamais rassasiés, qui remettent toujours au lendemain la halte que la plupart ne cesse de réclamer. Mais le verbe n’attend pas et l’artiste se doit de le servir, sans aucune réserve. N’est-ce pas là, justement, que réside la grandeur et la majesté de ce poète d’exception.

" Le jour disparaît au bout du sillage
à la dérive
A la faveur de la nuit
les étoiles raconteront
la profondeur du temps

Les liens noués à s’en briser le cœur
la longue vibration des peines et joies
les trésors qui nous glissent des mains éclatent en mille larmes
les montages, les ruelles, leurs odeurs
la soif, les deuils, les objets de famille
les corps qu’on a servis dans l’amour et la maladie
La mémoire coule au fond de la mer
je me retourne face au vent
la mort se lève au large... "

(Extrait de"Terres frontalières du quotidien"

"Ton absence m’écrase
je deviens pierre
je ferme les yeux
te ramène tout autour de moi
tisse à neuf le cordon ombilical
mère mienne, toute mienne.

Sarcophage de pierres précieuses
j’y couche ton corps
ne s’arrachera jamais plus du mien.

Qu’a-t-on besoin du père
en marche vers l’ailleurs ?

Ma mémoire décompose ton visage
je ne puis retenir l’odeur du lait
sur ton sein.
Ton absence m’écrase
je deviens pierre."

Extrait de "Les blanches feuilles où dansent nos âmes"

" Si la rivière était à sec ?

La rive ridée
comme chagrin en deuil.

Un trou
une échelle de bâtons ficelés
à dix mètres les coups de pelle
poursuivent un mince filet d’eau
chaque jour plus loin de la lumière
chaque jour plus faible
chaque jour la soif
plus creuse que le puits.

Les pieds dans la boue sèche
perdue la route vers l’autre monde."

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Michaël Glück

26 Février 2008 , Rédigé par gentle13 Publié dans #anthologie



Michaël Glück

© Michel Durigneux

L'auteur

Naissance le 10 juin 1946 à Paris
Écrivain, traducteur. Est traduit en italien, espagnol, catalan, allemand, chinois.
- Enseignant (lettres, philosophie) de 1969 à 1983
- Lecteur, traducteur dans l’édition (Flammarion, Ed. Jean-Michel Place 1980-1982)
- Directeur du Centre Culturel Municipal puis du théâtre la Colonne, Miramas (1985-1989)
- Multiples collaborations artistiques

Propos du livre  

Dans les marges de la Genèse, j’écris. Dans la suite des jours. Pour ouvrir dans les mots.
Risquer des sens. Cette fois, il s’agit d’un rêve, d’une incapacité à le comprendre, à l’entendre ;
il s’agit d’une échelle dont les barreaux se brisent quand la main prétend les saisir.
Ou d’une résistance. Au rêve ou du rêve.

cliquez ici pour voir en grand

 

 



Extrait
il s’endormit là

il rêve
dans l’insomnie je lis cela qu’il
rêve
que sa tête lève une échelle
vers le désert du ciel

nuées d’oiseaux
montent et descendent
nuées d’oiseaux sur leurs perchoirs

au-dessus du dormeur
une voix se lève
une voix dit
c’est moi

je lis cela dans le livre
posé sous la nuque

je n’entends rien
je vois la pierre et…

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