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La Dame Blanche ou « le Verbe en robe de chair »

24 Février 2008 , Rédigé par gentle13 Publié dans #anthologie

Poète et poésie encore et toujours et jusqu'à mon dernier souffle. Toujours à la recherche de nouveauté pour vous faire partager ma passion pour les mots. Lire je ne suis pas tombé là dedans mais j'ai grandi avec, pour "l'écriture" cela est venue sur le tard et ne pas plus lacher et j'en suis fort aise. J'espère simplement que tout mes choix vous plaisent et vous satisfassent.
Gentle13

La Dame Blanche ou « le Verbe en robe de chair »

mercredi 20 février 2008 par Victor Varjac
Gallimard nous propose dans son élégante collection « L’un et l’Autre » un ouvrage de Christian Bobin, que je qualifie de miraculeux : La Dame Blanche.

Gallimard nous propose dans son élégante collection « L’un et l’Autre » un ouvrage de Christian Bobin, que je qualifie de miraculeux : La Dame Blanche.

Pour suivre les traces d’Emily Dickinson, il fallait un magicien du verbe et Christian Bobin a rempli parfaitement sa mission.

En effet, comment décrire au public une jeune femme qui, peu à peu, se métamorphose en apparition de plus en plus diaphane ?

Saisir l’instant, depuis ce 10 décembre 1830 à Amherst (Massachussetts) où Emily, fille d’Edward Dickinson, homme de loi et d’Emily Norcross, jette à la face du monde, son premier, jusqu’à ce matin du 15 mai 1886, où la poétesse, telle une fleur de lys, rend son dernier soupir dans sa ville natale.

Aucun habitant d’Amherst n’avait croisé la poétesse depuis vingt cinq ans. Sa disparition prit alors des airs de légende. La mort avait retrouvé la trace de celle qui marchait vers la transparence depuis un quart de siècle. Sa silhouette ne put retenir la moindre poussière d’ombre, même le médecin, venu constater le décès, dut rédiger son acte sur le seuil de la chambre d’où il apercevait une _ forme immaculée qui reposait sur un lit.

"quand ce sera mon tour de recevoir une couronne mortuaire, je veux un bouton d’or". Comme une réponse de la nature au désir d’Emily, le pré derrière la maison accueillait une foule vibrante de taches d’or, accourues des quatre coins du cœur.

Pour son ultime voyage terrestre, elle passa de sa table d’écriture à sa tombe, (située derrière la maison), respectant ainsi jusqu’au bout, son vœu de ne pas quitter sa demeure. Elle avait cinquante cinq ans... mais doit-on, peut-on donner un âge à une poétesse qui s’entretint durant toute son existence avec l’éternité ?

Christian Bobin, nous emporte , nous éblouit, nous éclabousse de sa plume, si légère et si dense, si tendre et si profonde. Chaque phrase devient une découverte, une surprise, une pépite et devant nos yeux ébahis, se dresse une fine silhouette, jeune et frêle qui va, tout au long de l’ouvrage nous entraîner dans un monde si humain et si sensible, que vous ne pourrez plus jamais percevoir la société du XXIe siècle avec le même œil.

Il existe une magie qui vous prend la main et vous mène face à une existence si particulière, qu’elle ressemble à un personnage venu d’un autre âge, d’un autre monde... et pourtant, Emily est et demeure tellement humaine qu’elle vous entre dans le corps, comme la beauté dévore vos sens. Avec ce livre indispensable, je dis bien indispensable, Christian Bobin, nous permet d’être dans l’intimité d’un génie presque effacé par les hommes.

Au fil des pages, nous apprenons l’alphabet de la passion et le chant admirable de l’écriture du ciel. Il y a tant de mystères qui nous entourent, tant de questions suspendues à nos lèvres, tant de soifs accrochées à notre curiosité qu’ouvrir ce livre, c’est pousser le cercle d’or qui pulvérise nos peurs et nous offre le chemin qui mène doucement à notre vérité...

"Son jardin est sa seule église. Elle ne s’embarrasse pas de théologie : elle voit la brise maternellement passer sa main fraîche sur le front enfiévré des roses, et elle en conclut ce que n’auraient jamais conclu les docteurs de l’Eglise confits dans leur prudente érudition : « l’amour que Dieu nous porte n’est pas semblable à celui des ours. » L’auteur d’un manuel sur les fleurs d’Amérique du Nord parle avec la même ardeur de l’innocence des ronces et de la sauvagerie du ciel où personne n’entre de son vivant. L’enthousiasme de ce jardinier visionnaire la séduit. « Quand j’étais petite et que les fleurs mouraient, j’ouvrais le livre du docteur Hitchcock. Cela me consolait de leur absence et m’assurait qu’elles vivaient encore. » Les pissenlits - avec leurs caravanes solaires arrêtées partout dans les prés - sont ses fleurs préférées. Elle cueille un trèfle sur la tombe de son père et le met à sécher dans la Bible, sur ce passage de l’Epitre aux Hébreux : « la foi est la garantie des biens que l’on espère, la preuve des réalités qu’on ne voit pas. »

Depuis l’enfance - jusqu’à son séjour chez Mary Lyon - Emily cueille les fleurs qui rêvent dans les bois et les collines autour d’ Amherst. Elle les baptise de leur nom latin puis les couche sous une couverture de papier cristal, dans le dortoir de son herbier où dorment bientôt plus de quatre cents religieuses décolorées d’un autre monde : plusieurs fleurs sur chaque page encadrent la majesté d’une fleur centrale, leurs pétales à peine froissés et leurs tiges maintenues par de luisants papiers collés. En attente de l’époustouflant soleil de la résurrection, elles se souviennent des lumineux souffles de leur ancienne vie. »"

Christian Bobin, La Dame Blanche, Editions Gallimard Coll. L’Un et l’Autre - Code EAN :9782070784929, prix : 14,50 €

Je ne peux que conseiller aux lecteurs qui viennent de rencontrer la Dame Blanche, d’entrer dans son monde si proche et si lointain de nos cœurs, en se procurant Car l’adieu c’est la nuit (ce titre est emprunté au poème 586 d’Emily lorsqu’elle connut une période d’intense créativité) (1858 à 1865) recueil dense, qui vous fera partager un quotidien que le poésie métamorphosait en fragments d’univers en passerelles jetées entre deux mondes, entre le concret et le spirituel !...

Découvrez sans plus attendre ces pages blotties au fond d’un tiroir qui viennent de prendre leur essor... et de goûter au plaisir de l’espace où vous les attendiez...

" Je ne l’ai pas encore dit à mon jardin -
De peur d’y succomber.
Je n’ai pas tout à fait la force à présent
De l’apprendre à l’Abeille -

Je ne le nommerai pas dans la rue
Les boutiques me dévisageraient -
Qu’un être si timide - si ignorant
Ait l’aplomb de mourir.

Les collines ne doivent pas le savoir -
Où j’ai tant vagabondé -
Ni révéler aux forêts aimantes
Le jour où je m’en irai -

Ni le balbutier à table -
Ni sans réfléchir, au passage
Suggérer que dans l’Enigme
Quelqu’un en ce jour marchera"

(Poème page 41)

"Je serais peut-être plus seule
Sans la solitude -
Tant je me suis faite à mon Sort -
L’Autre - la Quiétude -

Pourrait rompre la Ténèbre -
Encombre la petite Chambre -
Trop étriquée - de loin - pour contenir
Le Sacrement - de Sa Personne -

L’Espoir m’est étranger -
Il pourrait déranger -
Son doux cortège - profaner le lieu -
A la souffrance consacré -

Il est peut-être plus facile
De faillir - la Terre en Vue -
Que de gagner - ma Bleue Péninsule -
Pour y périr - de Volupté - "

(Poème page 161)

"Le Cerveau - est plus spacieux que le Ciel -
Car - mettez-les côte à côte -
L’un contiendra l’autre sans peine -
Et Vous - de surcroît -

Le Cerveau est plus profond que la mer -
Car - tenez-les - Bleu contre Bleu -
L’un absorbera l’autre -
Comme l’Eponge - l’eau du Seau -

Le Cerveau a le poids exact de Dieu -
Car - Pesez-les - Once pour Once -
S’ils diffèrent - ce sera comme
Le Syllabe et le Son -"

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Olympia Albert

22 Février 2008 , Rédigé par gentle13 Publié dans #anthologie

Un fois de plus je reviens vers Olympia Alberti parce que là encore le jeu en vaut la chandelle, je vous laisse en sa compagnie afin de vous delecter des extraits que j'ai mis en ligne.Je ne sais pas pour vous mais moi ça me donne envie d'acheter ses livres pour en savoir plus sur elle et sur ses oeuvres.
Gentle13




L'auteur  

“Olympia Alberti n’est pas un pseudonyme.
De même mes livres n’empruntent à la fiction que les silences de la pudeur : l’écriture c’est ma vie.
célébrant par excès de gravité, je suis à la fois passionnée et détachée, ayant égal bonheur à exprimer qu’à suggérer, pour faire naître en l’autre l’instant de la beauté.”
Une vingtaine de livres publiés (romans, poèmes, essais, nouvelles, livres d’art).
Traductions en chinois, en grec, en espagnol.

Bibliographie

Romans

Un jasmin ivre, Prix des Créateurs, (Albin Michel, 1982)
Une mémoire de santal, (Albin Michel, 1983)
La Dévorade, Prix George Sand, (Albin Michel, 1985)
Rive de bronze, rive de perle, (Actes Sud, 1989)
La Sarabande, (Le Rocher, 1991)
13, rue Saltalamacchia, collectif, (Le Ricochet, 1997)
Les enfants reviendront après l’Épiphanie, (Le Verger éditeur, 2002)

Nouvelles

Le Noyau de safou, (Albin Michel, 1987)
Promenade des Anglais, (Melis, 2001)

Poèmes

L’Amour palimpseste, suivi de La Dernière lettre, (Albin Michel, 1982)
Cœur rhapsodie, cœur absolu, suivi de Requiem, (Albin Michel, 1985)
Croire vivre
Olympia Alberti

 cliquez ici pour voir en grand

 

Propos du livre  

“Croire vivre” est né d’un instant de dialogue avec une fervente amie, Denise Gaillard – amie à qui ces pages sont d’évidence dédiées. Je disais ma conviction que l’amour ne finit pas avec la limite des expériences que nous en connaissons, qu’il s’infinit à travers notre conscience, et l’ouverture que nous voulons bien lui accorder. En ce sens, il y a la Parole, et les mots. Je ne sais pas encore pourquoi je pense, et pas seulement avec ma tête, que la source n’est pas la même pour les deux instances, pas plus que la tessiture : c’est une affaire de densité, d’intensité, de profondeur. D’où l’écoute silencieuse du vent, des forêts, et de la lente et irrépressible montée des sèves. L’amie me dit alors d’écrire ce silence intérieur qui vit à demeure comme un chant.


Extrait

On n’en finit pas avec l’amour.
Où en finit-on avec les racines, la vérité et l’infini ? Le jour où l’on en finit avec l’amour, on est plus mort qu’un mort, qui peut-être est parti dans la douceur et l’acceptation. Rayé de la carte des vivants, on retourne dans l’inaccompli.
Croire vivre, et ne plus faire qu’exister.
Bois sec.

L’Autre côté du monde
Olympia Alberti

 cliquez ici pour voir en grand

 

Propos du livre  

L’amour s’adresse en elle à cette grâce, ardente, qui fait réponse, de la flamme à la nuit. Histoire d’une rencontre, d’une passion et de ses sublimes tourmentes… “ L’or s’embellit constamment des blessures que lui inflige l’Orfèvre ”. Oui, l’amour est ici porté par une parole entière, nue et comblée de sa soif.
Ce texte, dans sa brièveté, avec sa justesse de ton, propose une réflexion très percutante sur le désir et ses variations. Érotisme, émotion, sensibilité et densité des images sont ici au service
d’une mise en perspective spirituelle de la passion amoureuse

Ma vie n’est faite que d’amour.
De tout le reste elle est “ défaite ”. C’est d’une matière qu’il s’agit, d’une manière aussi – de respirer –, d’un tissage d’air, de feu et d’eau ; mais pour se dénouer, et vivre la défaite, 1’accepter dans son enseignement et son annonciation, il faut aimer beaucoup. Il faut aimer encore, et accéder à cette réserve que Dieu nous garde pour les jours obscurs. Qu’on appelle cet espace, entre le cœur et 1’âme, tendresse, grâce ou pardon, il se donne au même paysage intime – mais c’est le contraire de 1’oubli, de 1’indifférence et de l’orgueil. C’est de 1’amour, comme d’une matière, comme d’une manière d’être. Au monde et aux autres.
D’être à 1’écoute de ce qu’aimer peut faire ou devenir, j’ai gardé en moi une place pour “ ça ”, immense et sans nom, et peut-être cet espace s’est-il maintenu, île ouverte, de se prendre aux caresses des instants secrets. Ce regard d’âme sur le monde, peut-être ne m’a-t-il jamais quittée, je n’ai pas réussi à m’en défaire, pas plus qu’à me distraire du cœur battant de vivre, et j’ai là habité à demeure d’indicible – c’est avouer le combat pour oser, chaque fois que j’ai pu y accéder, cette profération de 1’intime, la proclamer unique reconnaissance, et seule vérité.
Ma vie n’est faite que d’amour. Pour le reste, elle est une défaite. Et ils en reviennent toujours là, mes jours, à ce point d’ardue, d’ardente lumière où les choses sont justes, sues comme un chant exact, et s’inscrivent dans l’éternité.


 


 

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Xavier Le Floch

22 Février 2008 , Rédigé par gentle13 Publié dans #anthologie

Une autre découverte que je viens de faire sur le site littéraire "vingt et une siècle"  Xavier Le Floch. J'ai trouvé là aussi qu'il fallait vous le présenter, je vous laisse en sa présence il parleras de lui mieux que je puisse moi le faire
Amicalement
Gentle13




Je suis né en 1966 à Lille puis suis descendu progressivement vers le soleil en passant par Rouen, Paris et Toulouse pour finalement débarquer à Marseille en 1994. J'écrivais déjà à l'occasion (comme tout le monde) quelques poèmes et chansons qui ne sortaient pas de mes cartons, mais là, ne connaissant personne dans cette grande ville, je décidai de prendre contact en publiant un poézine, "Feuille de chou", 4 pages photocopiées en 50 exemplaires. Dès le premier numéro, j'eus droit à un article dans la Marseillaise et rencontrai le journaliste qui me permit de tirer une trentaine de numéros mensuels de 8 pages à 300 exemplaires. Cette petite feuille m'ouvrit aussi les portes d'une radio associative pour laquelle j'animai des émissions littéraires jusqu'en 2001 et écrivis 50 épisodes d'un feuilleton. A cette époque, une troupe de café théâtre parisienne me commanda également des sketchs. Je publiai mon premier recueil de poèmes, "Epona", en 2002, à compte partagé, après ma rencontre avec une association de peintres et écrivains. Depuis trois autres recueils sont nés: "Vers de rhum" en 2003, "Mise en bière" en 2005 et "Des lyres" en 2006. J'ai également publié, à compte d'éditeur, 4 recueils collectifs de sketchs et plusieurs nouvelles dans des recueils sur concours ou des revues.

 

 

Au voleur !

 La poésie ne se vend pas,
Disent les bien-pensants.
Elle n'appartient pas,
Elle s'offre ou se reprend.

Poète, tu caresses des merveilles,
Et t'en nourris l'esprit.
Sur ton visage, le soleil
Peint un rayon d'or et de vie.

La poésie ne se vend pas,
Disent les gens bien au courant.
Ne se marchandent ici-bas,
Que les armes, les larmes et le sang.

Alors poète, tends la main
Dans la rue des commerçants
Pour une obole, un bout de pain,
Et, sois reconnaissant!

 

 

Rocaille

Le soleil se rit
Profusion des sens
Couleurs et essences
De l’homme tout petit
Qui porte un coquillage
A son infirme oreille
Et, raillante merveille,
Entend jouir la plage

 

 

  

Rencontre

 Au coin de la rue
Des animaux dénaturés
Je croisai un être perdu
Ne manquant point d’humanité 

Nous souffrîmes, complices
Quelques anciens supplices
Souvenirs d’une Histoire
Aux heurts sans gloire

 Nous partageâmes, finesse
D’amicales caresses
Et espérâmes en un sourire
L’esquisse d’un avenir 

Mais, nous fûmes censurés
Par deux gardes assermentés
Qui ramenèrent mon gibbon
Au zoo Maurice Papon 

 

 

Fête à fête

 

Fêtes après fêtes, s'annonce un tête à tête,
Les gens disparaissent sans cesse.
Les maux de tête
Les maux de dent
Les parents
Les enfants.
Fêtes après fêtes, s'annonce la défaite,
Le temps passe, les gens trépassent.
Des ulcères aux cancers
Le foie, le Sida
Les voitures
La luxure.
Fêtes après fêtes, tout ceci m'inquiète,
Mais s'il le faut, je continuerai seul…

 
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Il eniger (2)

22 Février 2008 , Rédigé par gentle13 Publié dans #anthologie

Et voilà pour le deuxième, veuillez m'excuser si j'insiste sur cet auteur mais je pense que cela vaut son pesant d'or vu la qualité d'écriture
Gentle13


Le bleu des ronces ou le pacte secret de la lumière
jeudi 1er mars 2007.
 
Fidèle aux Editions Chemins de Plume, Ile Eniger nous propose aujourd’hui un somptueux recueil de textes poétiques :Le bleu des ronces.
Ile Eniger : Le Bleu des ronces
Ile Eniger : Le Bleu des ronces
Editions Chemins de Plume, EAN : 97828495-40398, 12 €
Dans cet ouvrage, je découvre avec joie le regard intérieur de cette artiste à la transparence profonde, sans cesse en équilibre sur le tranchant de la vague.

Cette écriture est un acte d’amour et de foi, et telle une flamme debout, Ile Eniger traverse le quotidien en louve solitaire et sauvage.

Ne nous y trompons pas, l’artiste suit le fil des jours, des gestes habituels, et comme une fée, elle ramasse chaque miette de lumière que l’homme aveugle écrase avec insouciance, prisonnier de son Avoir. Les chemins symbolisent les rencontres, sous l’oeil amusé du carrefour des « hasards » que le temps, avec malice, sème devant chacun de nos pas.

Le poète, conscient de la puissance inébranlable de la vie qui coule dans ses veines, accepte au nom de ce pacte secret, de traverser les buissons de ronces noires. Jamais notre artiste ne reculera face aux dangers. C’est avec son sang que le poète finance sa traversée du monde, car les épines déchirent la peau des heures de celui qui cherche et traque au-delà de l’illusion du visible, le moindre signe magique, le plus petit frémissement divin. Rien ne se donne ici-bas, tout ce conquiert, de haute lutte.

Ile Eniger sait que la poésie habite notre quotidien et qu’il suffit de soulever les paupières du coeur pour découvrir un tout autre paysage ! Mais le poète n’est pas naïf, il n’est pas soumis à une foi car il incarne la recherche permanente de l’amour et de la beauté. En un mot, comme en mille, l’artiste incarne la voix mystérieuse et admirable de la Création. Dépouillées de leurs artifices, de leurs colifichets et de leurs compromissions, les heures nues, comme au premier jour, se donnent au poète qui, en échange, offre l’harmonie de sa parole. Ce recueil est bien un voyage au pays des hommes aux gestes ordinaires où l’artiste cueille, avec une patience inouïe, le nectar de la rose du coeur.

Au milieu des ronces aux mâchoires terribles, juste au sommet de cette jungle infranchissable, se tient un rayon de soleil, et de son regard naît une petite flamme bleue, mais ne serait-ce pas, dans le reflet du jour, les ailes du poète qui traversent nos plaintes familières ?

"T’en souvient-il ce qui des mains aux lèvres, comme un matin tardif dans la chambre d’avril, faisait l’envie de nous plus forte que raison ? T’en souvient-il l’arbre du lit, témoin de frondaisons si hautes, et les veines du large qui nous gardaient du vent ? Et ce bitume gris de lanterne avortée qui passait, repassait aux carreaux des fenêtres. Envieuse, la rue faisait claquer ses pas dans les bruits de la pluie. Nous marchions sur un fil du côté de l’urgence. Dans les draps mélangés, une respiration faisait chose commune. Le temps qui s’enfuyait comme du vin de grappe et ce goût sur la langue précipité d’ivresse, t’en souvient-il ? Une absolue beauté regardait ses enfants incendier la neige."

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ile eniger

22 Février 2008 , Rédigé par gentle13 Publié dans #anthologie

J'ai oublié comme un grand dadais que je suis de vous parler de cet auteure quoique le mot ainsi ne me plait pas : Ile Eniger. Victor Varjac présente sur son site deux de ses livres que je trouve passionnant vu la description qu'il en fait et pour le peu que j'ai lu je recommande à toutes et à tous de se les procurer. Voilà le premier livre Bleu Miel.
Bonne lecture, merci à vous toutes et tous de me suivre dans cette aventure.
Amicalement
Gentle13



Bleu miel ou « l’étincelle des mots »
lundi 24 septembre 2007.
 
Chemins de Plume, petite et vaillante maison d’édition, toujours à l’affût de talents nouveaux ou confirmés, nous propose Bleu miel, un recueil de textes poétiques d’Ile Eniger.
Ile Eniger : Bleu miel
Ile Eniger : Bleu miel
Editions Chemins de Plume, EAN : 9782849540527, 12 €
Cette auteure n’est pas une inconnue et j’ai eu, à plusieurs reprises, le plaisir de présenter ses ouvrages précédents.

Avec Bleu miel titre qui pourrait sembler énigmatique ou surréaliste, Ile Eniger nous entraine à l’orée d’un bois où nait une clairière. En quittant la forêt de son quotidien, l’auteure nous invite à la découverte de son nouveau visage. Il est naturellement celui de l’écriture, mais il est aussi celui de la vie de l’écriture, où les mots sont du sang, de la salive, des sentiments, et où la souffrance et la joie s’embrassent et se déchirent.

Bleu miel, deux couleurs, deux senteurs, deux univers. Le premier impalpable et souvent froid, neutre dans sa profondeur qui peut devenir égarement, l’autre qui évoque Phébus, l’astre Roi, qui ordonne au monde et commande aux espèces. La couleur qui donne la vie, la réchauffe, la bouscule dans la récréation sempiternelle des saisons.

Ile Eniger vient de sortir de ce bleu, de cette eau originelle pour entrer dans la lumière du feu, dans la passion du jour. L’auteure a pris tout son temps pour assembler les pièces majeures de son puzzle. Son avenir frappe à sa porte. Est-elle prête à franchir la ligne blanche qui partage la vie ?

Je le crois, car son écriture s’est affranchie des pliures du doute. Le chemin, un moment égaré, soulève ses paupières, il respire le vent du large. Il porte la phrase fidèle et magique. Il incarne cette impatience qui dévore les pas où naissent les histoires, celles de l’être qui se cherche sans savoir qu’il vient de se trouver. "Je sais maintenant, me confie Ile Eniger, que j’écrirai toute ma vie...".

Cet aveu, souriant comme une aile que l’on déploie, permet à l’auteure d’habiller son corps de la couleur du miel, miracle du mystère où pousse la graine insolente et fière de la vie !

L’écriture d’Ile Eniger fascine, subjugue et finit par vous retenir au sein de ses phrases courtes, élancées, nerveuses et nues.

Les mots s’agitent, prennent la parole, le texte se métamorphose en paysage, en scène où les objets eux-mêmes vous interpellent, vous prennent à témoin, vous accusent de ne pas entrer, de ne pas entendre, de ne pas participer... Avec Ile Eniger, l’indifférence n’est pas de mise, car l’existence est bien trop courte pour ne pas tenter l’impossible. Chaque texte est un voyage, une aventure où l’on entre sans choisir, où les yeux capturés par les caractères, se retrouvent au beau milieu de la page entre une route maigre, un escalier qui se cherche une destination, un passage qui s’ouvre, un chien qui aboie, une bougie encore fumante et l’arbre qui frappe aux carreaux tandis que les étoiles prudentes demeurent au sommet de la nuit !

Lecteur, tu ne pourras jamais t’asseoir sur le seuil de ce livre, car l’espace, tout l’espace est rempli de ces choses qui font et défont notre marche. Et si tu tends l’oreille et poses ton cœur sur les mots, alors je te promets l’ivresse d’une heure qui ne finira pas...

"Vous vêtir ?je dis grège, un état grège, un état naturel. Votre saveur ? fruits rouges. Votre regard ? bleu miel, un métal bien étrange. Vous définir ? un autel sans dimanche, sans messe, loin des foules. Voisine des forêts. J’aime chez vous le poivre, la pointe qui résiste. La rigueur qui nuement s’abandonne. Vous dites que la pierre concentre la vitesse, que seul un amour sauve, que la joie se balance entre un rire d’enfant et le chant d’un moineau. Qu’il ne suffit le rêve mais la poigne à le vivre. Vous parlez de silences, d’arbres patients, de soleil égoutté chaque soir sur la mer, de lumières de route. Les gens comprennent mal ces choses que vous dites. Le roc, le centre, le magma, ce qui respire et vit sans fiche explicative, ces mondes les fatiguent. Dans la maison en flammes, vous sauvez cette chose que personne ne voit. Et moi si loin de vous, je m’étonne toujours à vous sentir si proche."

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Pétrarque : un poète entre l’ascension et la chute...

21 Février 2008 , Rédigé par gentle13 Publié dans #anthologie

En partance pour la mythologie vous êtes priez de remonter votre tablette et d'attacher votre ceinture, notre avion va maintenant prendre son envol et direction l'Italie et plus précisemment  Florence
Gentle13

« Le lundi 20 juillet de l’an 1304, au lever de l’aurore, dans un faubourg d’Arezzo appelé l’Horto, je naquis, en exil, de parents honnêtes, Florentins de naissance et d’une fortune qui touchait à la pauvreté.  »
    — Epistola ad Posteros, (Épître à la Postérité) Pétrarque
Statue de Pétrarque
Statue de Pétrarque


Lorsque nous abordons la lecture d’une biographie romanesque, il faut savoir que nous entrons chez l’auteur par le truchement d’un récit. Claude Mossé a voulu rappeler qu’en dehors des thèses universitaires existaient des aventures humaines extraordinaires. L’âme inquiète et curieuse, assoiffée d’infini mais terriblement attachée aux plaisirs charnels de Cavis Francesco Petrarco (de son vrai nom Petracco), méritait ce livre qu’un large public pourra découvrir pour le septième centenaire de sa naissance.
Claude MOSSE : Pétrarque Vagabond amoureux
Claude MOSSE : Pétrarque Vagabond amoureux
Editions du rocher,
Pétrarque est né le 20 juillet 1304 à Arazzo. Son père est banni de Florence avec Dante (1302).

Le notaire Pétracco emmène son fils à Pise, puis en Provence à la suite du Pape Clément V après avoir obtenu un emploi à la Cour Pontificale d’Avignon .

Il commence ses études de droit à Montpellier (1319) puis à Bologne où il découvre la poésie lyrique en langue vulgaire. Orphelin en 1325, il revient en Avignon, ne souhaitant pas poursuivre ses études de droit, ni même aller plus loin dans la carrière ecclésiastique.

A 23 ans, il rencontre, dans l’église Sainte Claire, le 6 avril 1327, celle qu’il aimera et célébrera jusqu’à son dernier souffle et qu’il nomme Laure. L’identité de cette muse est, à ce jour, restée mystérieuse. Certains historiens pensent à Laure de Noves.

Avec son frère Ghérardo, qui fut également son compagnon d’études, il s’étourdit dans les plaisirs de la vie mondaine, mais, à ce rythme, l’héritage fondit comme neige au soleil.

Pour vivre, Pétrarque choisit le secours des Prébendes et reçut les ordres mineurs en 1330. Il devint alors le chapelain du Cardinal Colonna.

Cette charge lui permit de voyager fréquemment notamment en Flandre, en Rhénanie et à Paris.

Cette existence de nomade lui ouvrit les portes des bibliothèques des couvents et des cathédrales, où il découvrit de véritables trésors.

Son voyage à Rome (1336-1337) fut la révélation du monde antique.

A la suite de l’ascension (la première) du Mont Ventoux avec son frère et deux serviteurs, que les curieux pensaient voués à une mort certaine, il se convertit définitivement ce qui, loin d’apaiser cette âme inquiète et souvent instable, ajouta le tourment religieux, à ceux de la gloire naissante et de l’amour sans cesse écartelé entre l’extase et la rupture.

Son installation en Avignon, ne lui procura que des précieuses relations car la vie trépidante lassa peu à peu le poète qui acheta en 1337, la maison de Vaucluse.

Ce lieu privilégié permit à Pétrarque de donner naissance à toutes ses grandes œuvres. Son prestige, avec les années ne cessa de grandir. Il fut invité à démontrer devant le Roi Robert à Naples des talents artistiques qui lui valurent d’être couronné "Grand Poète et Historien" à Rome en 1341.

Sa rupture avec les Colonna (1347) permit au Poète, durant les 3 années qui suivirent, de sillonner le Nord et le centre de l’Italie. Ce qu’espérait Pétrarque, c’était la sécurité financière qui lui permettrait le libre choix de ses activités.

C’est dans cet espoir qu’il accepta la protection des Visconti à Milan, puis celle de la Sérénissime et enfin celle des Carrare à Padoue.

Son voyage à Prague (1356) fit de l’ancien fils de notaire un Comte palatin. N’oublions pas les missions diplomatiques auprès de l’Empereur venu en Italie (1354-1356) et celle auprès du Roi de France à Paris (1361) qui permirent à l’envoyé des Visconti d’être l’insigne orateur de la concorde.

Son existence sinueuse et agitée est la preuve d’une inquiétude véritable qui tiraillait l’homme entre la chair et la foi, la retraite et la vie mondaine.

Le poète constata rapidement son inaptitude à suivre les pentes abruptes du renoncement ascétique. Cette voie qu’emprunta son frère ne serait jamais la sienne, mais il sut peu à peu partager son temps entre un labeur acharné, la prière, la méditation des textes sacrés et la lecture des anciens et la révision de ses propres créations. Pour ce poète humaniste, primaient les œuvres latines.

Il s’efforce alors d’égaler les anciens dans leur langue. Il écrit des lettres comme Cicéron et un poème épique (les Bucoliques) comme Virgile.

Il entretient des relations avec les grands de ce monde, l’empereur, les papes... Le décès de sa muse, Laure, emportée par la grande peste de 1348, rend à l’Italie le poète touché en plein cœur.

Il partage les 25 dernières années de sa vie entre les environs de Milan et ceux de Venise, se consacrant tour à tour à la littérature profane et à la littérature sacrée, à ses "rimes" d’amour et à ses ouvrages .

Il expire, dit la légende, sur un manuscrit d’Homère, à Arqua près de Vicenca à l’âge de 70 ans.

Il laisse une œuvre considérable, en partie inachevée. Les véritables monuments de son labeur sont les poésies latines, les Eglogues (1336), les Epîtres Métriques et l’Africa, inachevé, poème épique consacré à Scipion.

Le titre de gloire de Pétrarque, c’est son œuvre écrite à italien , Le Canzoniere et les Trionfi.

Le Canzoniere, recueil de 336 poésies, intitulées initialement Rerum Vulgarium Fragmenta (les fragments de choses en langue vulgaire) est presque exclusivement consacré à l’amour du Poète pour Laure. Ces Poèmes composés puis repris, pendant plus de quarante ans, occupèrent Pétrarque jusqu’au seuil de sa mort, véritable livre d’heures d’une âme sans cesse en équilibre entre l’ascension et la chute.

Les "Trionfi", est une œuvre dans laquelle Pétrarque vers 1352, essaie de rivaliser avec l’auteur de la Divine Comédie en donnant, dans le cadre d’une vision épico-dramatique, un sens philosophique à sa propre histoire.

Pétrarque partage avec Dante et Boccace, le mérite d’avoir révélé l’Antiquité à l’Europe qui adoptera, pendant près de 3 siècles, ce modèle.

Pétrarque est le précurseur indiscutable de la Grande Poésie lyrique du XIX ème siècle et c’est, à nos yeux, là que réside son extrême originalité. Il a su se dégager de toutes les influences provençales, bolonaises, florentines, pour nous parler quatre siècles avant Léopardi, de l’amour, de la Patrie, de la mort, de la nature et de Dieu, employant une langue poétique souple et musicale qui font de ce poète un voyant que ni l’espace ni le temps ne pourra atteindre.

"Les cheveux d’or naguère étaient à Laure épars,
qui les entrelaçait en mille tendres nœuds,
Et la belle clarté brûlait outre mesure
Des beaux yeux qui en sont maintenant si avares

Et il me paraissait (était-ce vrai ou faux ?)
Que la pitié avait coloré son visage
Moi qui gardait au cœur la mèche de l’amour

Faut-il s’émerveiller que soudain j’aie brûlé ?
Et sa démarche était non de chose mortelle,
Mais d’une créature angélique, et sa voix
Résonnait autrement que la parole humaine.

C’est un esprit céleste et un vivant soleil
Qu’alors je vis ; si maintenant elle a changé,
La plaie ne guérit pas quand l’arc est détendu."

Canzoniere (le chansonnier)

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Olympia Alberti

15 Février 2008 , Rédigé par gentle13 Publié dans #anthologie

Passionpoesie est tombée sous le charme de ce livre, Olympia nous transporte dans son univers au coeur de la rue Abou Nawas, laissez-vous imprégner par la vie qui palpite et qui vient à votre rencontre. Le plus grand fléau c'est l'ignorance, c'est la peur de l'inconnu, de l'autre qu'on rejette sans connaître. Le sang qui coule dans nos veines est le même sang qui coule dans leurs veines. Dans chaque pays émerge un jour ou l'autre une lumière, un être à part, qui à travers ses écrits et ses poèmes vous sort de votre grisaille quotidienne.  Au gré des flots d'une rime sans tâche les mots sont commes des notes de musique limpides et cristallines, le temps s'arrête l'instant d'un livre, d'un mot, d'une phrase...
Gentle13



Cet ouvrage nous transporte de l’autre côté de la mer, où les souvenirs, devenus impalpables, se mêlent à la
Olympia Alberti : 1 bis, rue Abou-Nawas
Olympia Alberti : 1 bis, rue Abou-Nawas
Editions Elyzad
lumière et dont la présence est devenue tellement physique que le lecteur pourrait presque les toucher.

D’où provient ce miracle ? Inutile de chercher bien loin ce qui crève les yeux. En effet, depuis qu’elle tient une plume, Olympia sait dompter les mots, les soumettre à sa volonté d’images, de rythmes et à sa profonde humanité.

Elle a le goût de l’écriture sonore qui évoque et bouleverse, qui vous saisit à bras le coeur. Elle noircit une page comme elle frotterait une lampe magique. Aussitôt « le bon génie » paraît et exauce les vœux de l’auteure qui, comme le vent, cherche à coiffer l’impossible de son bonnet de joie.

Ce livre est un journal d’âme. Il évoque des situations, des lieux avec une telle intensité que l’on sent les odeurs monter de la terre, les arbres danser sous la caresse du jour, mais aussi la poussière du chemin, la respiration de la mer et toute la simplicité de cette vie dont l’écho pénètre le lecteur d’une douce violence, comme les couleurs suaves et chaudes qu’entretiennent les comètes.

Le rêve est là, éveillé, comme sorti de son berceau, il marche, parle, s’agite, il cherche à capturer notre regard, sa présence devient familière comme le sable errant dans la rue Abou-Nawas, comme le jour dessine et rature les formes et les lignes, attachés à la course du soleil. Alors, quand on a vécu sous le feuillage des légendes, au milieu d’un éblouissement qui, sans cesse, entrebaille la porte du quotidien, il est presque impossible de vivre ailleurs, où les maisons se ferment, les rues se métamorphosent en moteurs bruyants aux chaussures de gomme et où les voisins se griment à l’abri de leurs volets mi-clos, cherchant à brouiller les heures en agitant le mirage d’un emploi du temps imaginaire.

L’éternité semble dormir là-bas, où « la grande bleue » incarne la liberté d’être et la joie de vivre avec le pain si chaud, si tendre, si vivant, si drôle. Ici, ce pain n’a plus de goût, il est devenu fade, triste, presque résigné sous sa croûte brune.

Alors, on rouvre la fenêtre, celle qui donne sur l’écriture, sur le voyage, celle qui possède la profondeur de l’infini où l’on puise l’eau pure et fraîche dans la paume d’un monde que l’on ne peut oublier. Il est devenu cette cicatrice qui semble coudre le cœur en son milieu, comme une frontière, et qu’un chagrin trop lourd ne manquerait pas de déchirer.

Peut-on réapprendre à vivre, comme on apprend à marcher ? Ici, le paysage est si différent. Ici, on dirait un décor qui chercherait des comédiens pour l’animer... Ici, on ne devient qu’une existence...

Il ne reste plus, pour se sauver du naufrage, que la création... Qu’elle entre, submerge, emporte tout sur son passage laissant la vie, plus vraie que la parole, surgir de la grisaille avec cette sincérité qui transporte les âmes au-delà de cette petitesse qui écrase les jours entre les doigts poisseux du quotidien.

Ce livre est une beauté qui se visite comme une révélation sous l’œil bienveillant de la lumière.

"J’écris pour les mains calleuses
Qui jamais ne toucheront mes livres
Pour les analphabètes
Et ceux qui ne croiseront jamais
Qu’au large de mes mots
J’écris pour ceux qui ont soif
Qui ont faim du seul pain
Qui leur manque
L’Amour
J’écris parce qu’ils ne le savent pas
Et qu’ils se trompent pour de l’argent,
J’écris pour essuyer le crachat
Des racistes à leur visage
J’écris là pour leur rendre
Un jardin -
Celui qu’ils m’ont pris
Sans le savoir"

"j’ai vécu au bord d’une plage de bleu et de sables lents à s’étirer. Les promenades m’y étaient moins solitude que communion, parfois, avec le monde, ouverture au chant subreptice des êtres. Les claquements de vagues me firent souvent élargir le cercle de mes pas ; j’allais, plus loin, jusqu’aux jardins intérieurs, où des airs de flûtes cascadent et font leur fraîcheur. Un jour, je dépassai un mur délité bordant un jardin immobile : il semblait veiller à contenir un parfum, une histoire. Revenant des rosées d’une autre musique, je m’arrêtai. Le mur se craquelait, des plaques de sable séché s’en étaient exco- riées. Cette retenue précaire de terre ocre attirait ma paume : je la posai sur l’om- breuse pierre ameublie. Je n’attendais rien, j’étais."

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Laetitia Marcucci

13 Février 2008 , Rédigé par gentle13 Publié dans #anthologie

Bonjour un petit recueil de tout beauté découvert à l'instant sur panorama du livre, Victor Varjac écrivain et poète nous présente "A tire-d'heures" là encore je trouve l'extrait du poème très beau. Lire et écrire encore et toujours cette passion qui m'anime c'est un feu qui couve, une braise éternelle qui réchauffe mon âme et mon esprit. La poésie c'est le chemin qui mène vers la liberté de l'esprit c'est de voyager au dessus des vicissitudes de la vie et au delà des horizons étroits du matérialisme

Gentle13



Comme chaque année à cette époque, les Editions Mélis éditent un Prix de Poésie offert par la Ville de Nice à un auteur pour un manuscrit inédit. Ce Prix correspond au vœu d’un des plus grands poètes du XXème : Alain Lefeuvre qui souhaitait donner sa chance à une œuvre de très haute qualité.
Laetitia Marcucci : A tire d’heures
Laetitia Marcucci : A tire d’heures
Editions Mélis,
Laetitia Marcucci est la lauréate 2006 et son recueil « A tire d’heures » nous fait découvrir une poésie remarquable, enfantée dans les bras du silence retrouvé après le tumulte d’un long voyage.

Nous retrouvons dans cet accouchement une sorte de joie où se mêle l’urgence de vivre, la beauté de s’épanouir dans la fleur du jour et de s’enivrer de ses parfums changeants. Ne pas, ne plus attendre que demain s’empare de cet espace à la fois immense et minuscule dans lequel nous devons employer notre existence, permet à l’auteur de poursuivre sans encourager les ombres. Le tic tac de la pendule, cette aiguille qui tourne et vrille nos poitrines, rappelle à chaque page que nous devons cueillir et partager tout ce qui pousse sur notre chemin.

Mais attention, méfions nous de ce qui se trouve à portée de main et qu’aucun obstacle, qu’aucun rempart ne protège ! La facilité cache toujours en son sein les mâchoires d’un piège bien plus dangereux que les crocs de l’abîme !

Le paysage que nous offre le poète, ressemble à un vitrail de cathédrale. Notre regard ne parvient pas à saisir toutes les images. Le lecteur a l’impression d’être dans un kaléidoscope qui éclate, éparpille mais il n’en n’est rien, bien au contraire. Ne nous laissons pas abuser par cet itinéraire, il incarne justement l’impasse où les hommes se ruent croyant reconnaître un raccourci !

Une étonnante unité se fait jour lorsque l’on approche l’oreille de son cœur. Nous retrouvons alors le sentier d’ombre et de mystère où les fleurs surgissent ici ou là pour mieux nous tenter ou nous perdre. Malgré sa jeunesse, Laetitia Marcucci a fait un pacte avec le Verbe et les mots lui semblent soumis. Les Glycines, par exemple, sont chargées du poids de la fatalité et nous retrouvons, à peine effacés, les pas de cette Grèce Antique, qui poursuit dans nos songes, son voyage intérieur.

Cette poésie est de la chair vivante. Elle semble appartenir à ce lointain passé que nos mains cherchent parfois dans les livres. En magicienne, l’auteur tutoie les mots faisant apparaître l’histoire même de nos songes. L’écriture devient l’intermédiaire entre le paysage de notre présent et les élans de notre âme. Cet espace où le temps sème des planètes, boit le frémissement de nos visages tandis que le sable se mélange à nos paroles.

Laetitia nous rappelle que l’errance ne fera pas fléchir le grand sablier.

La vie ressemble à une proposition multiple, sans cesse renouvelée mais le galop de l’âge ralentit peu à peu la marche de nos êtres. Ces pages flamboyantes sont les témoins d’une quête mystique où le poète combat des interdits et la fatalité :

"Mon estomac se serre
et je sens le poids des heures
me flageller de doutes
gifles de fleurs
inutiles pleurs
il faut prier
mais que serait une prière sans fleurs..."

Laissons-nous emporter par ce verbe d’une richesse visible. Ne craignons pas de pénétrer dans la chair du voyage car se perdre n’est-ce pas justement se retrouver ?

"J’en appelle aux frontières et aux lagunes je cherche le Verbe la cadence et le timbre qui nous ancreront dans le temps présent de la résurrection des rêves..."

Le cru « Alain Lefeuvre » 2006 est exceptionnel, nous ne pouvons que le recommander chaleureusement à tous les lecteurs. Il sera un compagnon de vacances et un ami de tous les jours.

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Jean Teulé

12 Février 2008 , Rédigé par gentle13 Publié dans #anthologie

Je, François Villon ou La trajectoire flamboyante de la lumière et du sang
mercredi 18 octobre 2006.
 
Si pour certains artistes, la vie ressemble à « une belle histoire », celle du poète et truand, François Villon, dépasse de plusieurs coudées toutes celles que nous connaissons. Dans son roman, paru chez Julliard, Jean Teulé prend possession, dès l’accouchement, de l’existence de celui que l’on considère comme le premier poète moderne.
Jean Teulé : Je, François Villon
Jean Teulé : Je, François Villon
Editions Julliard, EAN : 9782260 016830, 20 €
Si dans les contes, les fées, bonnes ou mauvaises, se penchent sur le berceau du nouveau né, que dire de celles dont l’histoire dissimule l’identité depuis des siècles, qui assistent à la naissance de François Villon, le 30 mai 1431 dans la capitale du Royaume de France tandis que son père expire, à quelques pas de là, au bout d’une corde et que Jeanne la Pucelle carbonise sur le bûcher anglais à Rouen...

Monseigneur Thibaut d’Aussigny, jeune évêque, menaça la jeune mère, sauvée par sa grossesse, d’une fin inéluctable et prochaine. N’avait-elle pas déjà les deux oreilles coupées pour vols ? Cette récidiviste ne pourrait s’arrêter, c’est donc sous la menace du jeune dignitaire religieux que la mère quitta l’hôpital serrant très fort son nouveau né dans ses bras.

Jean Teulé, pardon, François Villon va nous entraîner dans ce Paris du 15ème siècle, plus vrai que nature. La vie pulvérise, dès la première page, la distance et le temps qui nous séparent de cette époque.

L’écriture de l’artiste nous permet, non plus de lire, mais bien de vivre, c’est-à-dire d’utiliser nos cinq sens « comme si nous y étions ». Les personnages ne sont plus des mots mais des êtres que nous côtoyons. Nous assistons, impuissants, malgré notre révolte et peut-être même nos tentatives d’interventions, aux derniers moments de la mère du futur poète. Elle est condamnée « à souffrir mort et à être enfouie toute vive devant le gibet de Montfaucon ». De cette atrocité, véritable cataclysme intérieur, naîtra la première ballade :

" Dites-moi où, en quel pays
Est Flora la belle Romaine »"

Villon ira clouer cette première œuvre sur un des poteaux du gibet où les doigts du vent agitent malicieusement les cordes et les chaînes dans l’ombre des corps décomposés.

Rien de la cruauté du temps ne nous est épargné . Nous sommes devenus les otages de ce quinzième siècle où l’on découvre un quotidien tellement éloigné de notre existence que nous découvrons les gestes, les occupations de cette époque fascinante et terrifiante à la fois.

Jean Teulé, nous permet de nous pencher par-dessus l’épaule du poète et d’assister à la création de ces plus fameuses ballades. C’est aussi la naissance de la langue française. Premiers pas vers la modernité. On sent à quel point la poésie est à l’origine de toute chose. Le Verbe créateur semble ici s’être fait chair, c’est-à-dire souffrances, cris, mais également rires, jeux, parfois interrogations, souvent prières...

Le poème devient alors une sorte de véhicule sur lequel la pensée traverse les générations tenant dans ses poings solidement fermés, la mémoire vive de nos ancêtres, en un mot, de notre histoire à travers la chaîne des générations.

Comment ne pas, au-delà de ce visage, surgi du passé, être troublé par tous ces sentiments. En refermant cet ouvrage, on ne peut s’empêcher d’entendre les voix de ces êtres qui nous ont précédés. Bien plus qu’un roman, cette biographie nous permet de toucher, de voir, de connaître un Villon comme aucun cours d’histoire n’a pu nous le proposer.

Un maître livre qui nous ouvre toutes grandes les portes de la poésie d’un artiste exceptionnel dont la trajectoire flamboyante et terrible traverse notre monde l’éclaboussant de la lumière des anges et du sang des hommes !

"Dites-moi où, en quel pays
Est Flora la belle Romaine,
Archipiades, et Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine ;
Écho, parlant quand bruit on mène
Dessus rivière sur ou sur étang,
Qui beauté eut trop plus qu’humaine.
Mais sont les neiges d’antan ?

Où est la très sage Héloïs,
Pour qui fut châtré et puis moine
Pierre Esbaillart à Saint-Denis ?
Pour son amour il eut cette peine.
Semblablement, où est la reine
Qui commanda que Buridan
Fût jeté en un sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d’antan ?

La reine blanche comme lys
Qui chantait à voix de sirène,
Berthe au pied plat, Biétrix, Aliz
Haremburgis qui tint la Maine,
Et Jeanne, la bonne Lorraine
Qu’Anglais brûlèrent à Rouen,
Où sont-elles, où, Vierge souveraine ?
Mais où sont les neiges d’antan ?

Prince, ne chercherez de la semaine
Où elles sont, ni de cet an,
Sans qu’à ce refrain, je vous ramène :
Mais où sont les neiges d’antan ?"

« L’évêque incrédule me prend dans ses mains comme une bizarrerie qu’il soulève par les aisselles. Ses yeux sont vitreux. Il a des gants en peau de chien et une bague à l’annulaire. Je pisse sur sa croix pectorale. Ah, par le coeur de Dieu ! Sale fils de putain ! Celle qu’il appelle putain -ma mère- vient de s’évanouir en entendant dehors un homme qui a crié un prénom de femme : « Marie ! » Puis on perçu un claquement. Tandis que la novice ouvre à nouveau la fenêtre donnant sur la foule du parvis, la ventrière qui me récupère soupire en contemplant ma mère : « Pauvre gamine de vingt ans, son lait sera corrompu d’ennui et de tristesse. Tenez, sœur Tiennette, enveloppez l’enfant en blanc drapeau. » L’adolescente vient me lier étroitement bras le long du corps, dans des linges serrés par des bandelettes d’où seule la tête dépasse. Je ressemble à une chrysalide inondée de soleil. Soudain, le regard de l’évêque s’allume et va sur moi, cruel et précis comme un doigt : Là ! Regardez. Cette fine bande d’ombre en travers sur le maillot du nourrisson. C’est l’ombre de la corde qui vient de pendre son père. Ah, la chose est moult plaisante ! La ventrière referme la fenêtre : Ce pauvre gars Montcorbier qui désespérait de trouver un travail de porteur sur la place de Grève. Il n’aura même pas vu sa progéniture. »

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La maîtresse de Charles Baudelaire ou la lumière dans l’ombre du poète.

9 Février 2008 , Rédigé par gentle13 Publié dans #anthologie

Aujourd'hui, pour vous présenter Charles Baudelaire que tout le monde connait de part ces oeuvres, je laisserais la parole à victor Varjac qui vous parleras de Baudelaires beaucoup mieux que moi. C'est chez lui où je puise avec délectation tous les poétes et poème, les écrivains que je vous présente.
Bonne lecture
Gentle13




Charles Baudelaire, vous connaissez, naturellement, mais si j’ajoute « et Jeanne Duval ? », bien peu répondront par l’affirmative. Aussi, je vous suggère d’entrer avec moi dans le roman de Mickaël Prazan : « La maîtresse de Charles Baudelaire » aux Editions Plon.
Mickaël Prazan : La maîtresse de Charles Baudelaire
Mickaël Prazan : La maîtresse de Charles Baudelaire
Editions Plon
Cette œuvre romanesque, parfaitement documentée, entraîne le lecteur dans le Paris du XIX où les salons littéraires étaient les vitrines de la vie artistique de l’époque.
Victor Varjac

L’auteur de cet ouvrage, dans un avertissement au lecteur, se présente comme un ami du poète, qui, au soir de son existence, a suivi la carrière de Charles jusqu’à sa disparition et qui aurait reçut, de la bouche même de Jeanne Duval, les confidences qu’il transforma en récit : " J’ai fait de mon mieux ", nous dit l’auteur, car il voulait retrouver la trace de la vérité. Tant de mensonges et de fables naissent des cendres encore chaudes des artistes disparus !...

Le récit commence en 1842, où nous rencontrons Charles Baudelaire, qui venait d’atteindre sa majorité. Il était inscrit à la faculté de droit, mais rassurez-vous, il sécha les cours et ne passa jamais le moindre examen.

Le poète était « maigre comme une tige », il avait fière allure, poussé par l’impatience de la jeunesse. Il était optimiste et joyeux, car il allait recevoir l’héritage de son père, c’est-à-dire soixante quinze mille francs de l’époque soit environ trois cent mille de nos euros. Mais une telle somme, entre les mains, d’un poète, ressemble à une dune de sable aussitôt pillée par des rêves carnivores.

Nous aurons tout le temps de parler de cette méchante affaire d’argent qui tourmentera Charles toute sa vie. Comment peut-on, comment ose t-on importuner « un voleur de feu », un pirate sans peur, qui vogue à l’assaut du langage, engrossant le vocabulaire d’images inouïes avec des « querelles financières » ?

Décidément, les affaires des hommes sont autant de pierres que le quotidien glisse dans les poches des artistes, cherchant à les clouer sur l’étroite planche de la matière.

" ... Exilé sur le sol au milieu des huées
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher."

(L’Albatros)

C’est alors que Mademoiselle Berthe entre dans le récit. Elle s’appelait en vérité Jeanne Lemer. Elle était la maîtresse du moment de Tournachon, qui deviendra célèbre sous le nom de Nadar.

La jeune comédienne jouait, au théâtre de la Porte Saint Martin, une pièce, que l’histoire a oubliée : « le système de mon oncle », vaudeville invraisemblable sans écriture et sans saveur, mais qui permit à notre poète de découvrir, à la fin de l’acte premier, une soubrette, belle jeune fille " à la démarche inhabituellement chaloupée...aux gestes lents, empreints d’une rare sensualité. "

Dès qu’elle parut sur scène, le public surprit par la couleur ambrée de sa peau, son allure exotique, se moqua d’elle. La foule a toujours craint la différence et se défend de sa surprise, en laissant libre cours à sa méchanceté, d’autant plus cruelle, plus incisive qu’elle jouit de l’anonymat et donc de cette impunité si confortable, si rassurante qu’aucun des êtres responsables du désordre ne se sent mis en danger par ses actes.

Seul, Charles, devenu muet d’admiration, semblable à un chêne piqué par un éclair, buvait du regard la voluptueuse apparition. La tête en feu, Charles quitta de théâtre, sans un mot. Le lendemain, il convoqua son ami et lui proposa un stratagème digne du vaudeville qu’il avait vu la veille. Le but était de faire la connaissance de cette « déesse des îles lointaines » car sa propre vie en dépendait.

"Il faut que, confia Charles à son ami, par la manière dont je ferai sa connaissance, elle ne puisse se refuser à moi, et que notre rencontre soit aussi belle et romanesque qu’une légende."

Mais les évènements suivent rarement les chemins que l’homme lui prépare. Le destin reste maître de nos aventures, et tient fermement nos existences par la crinière des jours.

Cette rencontre changea le quotidien du poète et durant une vingtaine d’années, il vécut une passion lumineuse parfois, terrible souvent, qui poussera les deux amants, au bord du gouffre où l’éternité cache ses trésors.

Lecteur, si tu veux entrer dans l’intimité d’un des plus grands poètes français, je te propose un saut dans le temps et l’espace. Cette expérience rendue possible par la plume de Mickaël Prazan, te permettra de rencontrer, de vivre les heures les plus folles, les plus lumineuses mais aussi les plus terribles de ce couple sulfureux qui enfanta l’une des œuvres maîtresses du XIX « Les Fleurs du Mal ». Mais oseras-tu tes pas dans un siècle dont tu ignores... presque tout ?

"Je risquai un regard du côté de mon voisin de banc. Lui était au contraire subjugué par cette apparition. Les yeux écarquillés et la bouche si entrouverte, Charles avait l’air pétrifié, comme si le regard de la Méduse l’avait à l’instant foudroyé. Cette soubrette, en dépit de son accoutrement ridicule, de son rôle ingrat, de ses gestes étranges et de sa voix grave qui surprit la salle lorsqu’elle donna la réplique, était bien une déesse, surpassant par sa splendeur et sa taille haute, sa distinction sans fard et son regard voluptueux, la plus belle des plus nobles du faubourg St Germain. Quand nous quittâmes le théâtre, Charles, encore sous le coup du sortilège, ne prononça pas un mot. Nous marchâmes en silence dans la nuit qui s’égayait des lumières festives du faubourg Beaumarchais. Je lui fis part de mon indignation et entamai un laïus plein de conviction sur l’abolitionnisme, pour lequel la plupart de nos connaissances militaient au milieu d’une profonde indifférence. Non seulement l’esclavage régnait encore dans les îles dont Jeanne était originaire, mais ceux qui avaient pu être affranchis, ou étaient issus de quelque bâtardise les faisant libres à la naissance, étaient proscrits en France où ils n’étaient que très exceptionnellement autorisés à séjourner. La seule présence de Jeanne à Paris, aux yeux de notre bonne société, était un crime ou une parfaite incongruité. Charles demeurait muet, n’écoutant que d’une oreille distraite mes arguties enflammées. Au bout d’un moment, il interrompit sa marche et, me coupant au milieu de ma tirade, me donna sèchement congé en rebroussant chemin. Je le regardai disparaître dans la direction du théâtre qui nous venions de quitter."

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