Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
  le blog anthologie

L'intérieur du miroir

2 Juin 2007 , Rédigé par gentle13 Publié dans #anthologie

Henri Michaux un grand poète et un grand écrivain, je vous ai déjà parlé de lui. J'ai lu "la vie dans les plis"un recueil de textes qui se laisse lire avec délectation et croyez moi j'ai savouré chaque mot, chaque ligne, chaque page que j'ai lu. Je conseil à tout un chacun de lire Henri Michaux c'est un pur moment de bonheur, le temps s'arrête, l'espace se dilue et vous êtes là seul ou plutôt en sa compagnie vous en oubliez le monde qui court et s'agite autour de vous. Bonne lecture
Gentle13


La vie dans les plis

La guerre venait de finir et je cessais de me remparer, quand la peur qui n’attend qu’un soulagement pour paraître, la peur entra en moi en tempête et dès lors ma guerre commença. (La Vie dans les plis)

Voici un sommet de l’œuvre : La Vie dans les plis. Ce livre recueille la majeure partie des textes parus depuis 1945. Tous les registres précédents, déjà familiers au lecteur de Michaux, y figurent dans leur diversité. Mais c’est avec un degré d’intensité qui peut-être n’a jamais été atteint jusque-là.

L’humour noir - momentanément exclus par les écrits de la guerre -, réapparaît en force dans Liberté d’action. Ce petit livre, publié séparément en 1945, marque en quelque sorte la fin de «la vie entre l’écorce et l’arbre», le retour au principe de jubilation. On y renoue avec l’esprit d’enfance, avec sa puissance transgressive et son «habitude libératrice». On y fourbit les armes d’une «vie plastique» : mitrailleuse à gifles, fronde à hommes, broche, faux à foule, plâtre, homme bombe. Liberté d’action ? Oui, celle, retrouvée, d’un Michaux plus que jamais réfractaire à l’entourage, déployant à nouveau, contre les larves et les monstres de la mélancolie, les forces vives, cathartiques, du rire et de l’enfance insoumise.

Dès le premier texte, «La Séance de sac», l’écriture passe à l’offensive, reprenant à son point de départ la fable personnelle : «Cela commença quand j’étais enfant. Il y avait un grand adulte encombrant / Comment me venger de lui ? Je le mis dans un sac. Là je pouvais le battre à mon aise.» Nouveau commencement, en effet, que cette intervention, cet acte poétique où un «je», confronté aux «empêcheurs de vivre», invente des mécanismes imaginaires d’élimination afin de se rétablir dans son domaine et dans ses prérogatives. Il y a aussi «La Cave aux saucissons» : «J’adore malaxer. / Je t’empoigne un maréchal et te le triture si bien qu’il y perd la moitié de ses sens...» Tout le monde comprend, en 1945, ce que représente ce «maréchal».

La guerre se confond maintenant avec l’un des multiples épisodes de l’épopée du sujet. L’horizon de l’Histoire semble s’être éloigné. Mais que cette guerre nouvelle soit en relation étroite avec la précédente, il ne faut pas en douter. La guerre, c’est désormais le saucissonneur, ou «l’homme- bombe» ou encore le philosophe par le meurtre, qui en prend l’initiative. Son champ de bataille d’élection est tout proche : c’est la vie de famille, ou bien la vie des villes.

C’est aussi le corps et ses ravages intérieurs. À peine le poète a-t-il commencé à s’écarter des «sources glauques», que l’«usine» des supplices corporels réenclenche ses engrenages infernaux, ses disques à labourer le crâne et ses meules de chair, ses jeux cruels du «Je-tu», du «Tu-moi» et du «Je-moi». Une autre section de La Vie dans les plis, «Apparitions», nous raconte ces malheurs nouveaux, nouveaux prétextes à exorcisme, annoncés au début de chaque texte : «En ce temps-là, la peur que je ne connaissais plus depuis dix ans, la peur à nouveau me commanda. / Là, je subis l’assaut du sabre ondulant. / Il y a des époques où je ne peux me mettre au lit sans être opéré. / J’ai été transporté sans transition à l’atelier de démolition. / J’étais dans les soubresauts d’une résistance profonde. / Je fus mis à convoyer une troupe considérable. / En cette année malheureuse, je perdis mes mains.» C’est un «trépané» dont La Vie dans les plis nous brosse le portrait, un rescapé à qui la guerre a fait subir un «dérèglement définitif».

Dans «Portrait des Meidosems» (accompagnant primitivement douze lithographies de l’auteur), on retrouve, intensifié, épuré par l’abstraction, le mouvement qui cherchait à faire correspondre un innommable de l’imaginaire tératologique à une forme textuelle inédite. Tout y est comme stylisé : Plume, la barbarie contemporaine, l’étrangeté maximale, la colonne absente.

Dans «Vieillesse de Pollagoras», enfin, se lit en filigrane une catastrophe personnelle, l’événement d’une souffrance datée : «Le démantèlement commença avec la mort de quelqu’un avec qui je vivais.»

 

Poésie
Henri Michaux ou l’intérieur du miroir
dimanche 25 décembre 2005.
 
Comment peut-on concevoir un nouveau livre sur Henri Michaux après la biographie de Jean Pierre Martin ?
Robert Bréchon : Henri Michaux
Robert Bréchon : Henri Michaux
Edition Aden, Collection le cercle des poètes disparus,
Robert Bréchon n’a pas écrit à proprement parler un autre livre, mais il a relevé le défi que lui lança, il y a environ un demi-siècle, Henri Michaux, lui même : montrer son oeuvre sans parler de sa vie ! De toute manière, ’je ne savais rien de lui’... Je devais tout tirer de ses textes... ’, alors, pour réaliser ce véritable exploit, Robert Bréchon ne possédait que trois repères sous la forme de trois dates : 1/ 1945 : la découverte de l’oeuvre. 2/ 1956 : la rencontre de l’artiste. 3/ 1959 : la publication du livre.

 

L’aventure commença vers la fin de la seconde guerre mondiale avec l’achat de « Panorama de la jeune poésie française » de René Bartelé, publié à Marseille en 1943. Un poème toucha tout particulièrement Robert Bréchon qui avoua, que 60 ans plus tard, ce poème « emportez-moi » le touche toujours autant.

Puis, ce fut la découverte en 1946, dans la collection « Poète d’aujourd’hui » chez Seghers, de Michaux. Il y eut, plus tard, Raymond Bellour qui donna un « Henri Michaux ou une mesure de l’être » paru chez Gallimard, mais aussi, les introductions des oeuvres complètes en trois volumes à la bibliothèque de la pléiade, toujours chez Gallimard.

Tout semblait dit... Il n’y avait plus, peut-être, qu’à souligner ou suivre la route déjà balisée... Mais relever un défi, est avant tout faire acte de création. Pour atteindre son but. Robert Bréchon eut recours à l’écriture. Une écriture qui, ne cherche pas l’effet, une écriture, qui connaît le chemin de l’âme toute simple, toute pure. Avec cet ouvrage, Robert Bréchon réalise une synthèse entre l’homme et son œuvre, tout en respectant l’un et l’autre, ce qui représente un véritable tour de force.

Seul Michaux, artiste peintre, demeure quelques pas en arrière, laissant à l’écrivain le rôle principal, car l’oeuvre picturale connaît une audience universelle encore à venir pour la prose et la poésie.

Michaux est-il un poète à part entière, un poète véritable ? N’est-il pas plutôt un pionnier du monde visible, mais également et surtout du monde invisible ? Mais, me direz-vous, devenir comme dans le Nouveau Monde, l’aventurier des grandes plaines, n’est-ce pas justement incarner « le poète » dans ce qu’il a de plus authentique et de plus sacré ?

Michaux a suivi la piste des hallucinogènes pour atteindre et pénétrer dans des univers fantastiques. De ces expériences mystérieuses, le poète nous a laissé une écriture qui sent la foudre et où les éclairs de la vie claquent à l’intérieur de chaque mot, comme autant de paroles inconnues qui nous traversent, nous bousculent, transfigurant le pas minuscule de notre quotidien. N’est-ce pas ainsi que l’artiste se métamorphose en mythe ?

Hors de tous les courants, de toutes les modes éphémères, Michaux, a refusé tous les honneurs, les décorations, car il considérait que ’l’écriture ne suit pas, elle précède’. Il ne faisait que poursuivre une direction qui depuis sa naissance, ’lui fait choisir sa voie singulière’. Le poète se défiait de tout ce qui pouvait limiter, clore, enfermer, sa marche dans le doux ronron hypnotique de la ’ routine’.

Michaux savait maintenir « cet état d’éveil » qui s’exprimait par une présence active. ’Nous dormons notre vie, nous passons à côté d’elle, nous sommes des somnambules, l’ambition du poète c’est de parvenir à ce niveau supérieur d’éveil qui est à l’éveil ordinaire ce que celui-ci est au sommeil’

’j’écris pour me parcourir...’. L’écriture semble bien à la recherche du poète. De cette chasse naît, derrière chaque mot vaincu, un nouveau personnage ! Aussi le poète incarne-t-il ce ’fameux point d’interrogation en marche’. ’À la mesure, au limité, on aboutit plus, quoi qu’on fasse alors, on est dans les ondes sans fin du démesuré. D’une façon, c’est un peu un retour...’

’L’homme est un enfant qui a mis une vie à se restreindre, à se limiter, à se voir limiter, à s’accepter limité. Adulte, il y est parvenu, presque parvenu. L’infini, à tout homme, quoi qu’il veuille ou fasse, l’Infini ça lui dit quelque chose, quelque chose de fondamental. Ça lui rappelle quelque chose. Il en vient.’, nous confie le poète dans le dernier volume de la saga mescalienne, « les Grandes Epreuves de l’Esprit ».

Robert Bréchon nous montre dans ce livre indispensable à une approche plus profonde peut-être de « cet artiste univers » entre prose et poésie, tout ce qui exclut l’enfermement, cette limitation plus ou moins consciente de soi-même. Michaux n’a cessé, par le biais de ses phrases mouvantes, tendues comme une coulée de lave, d’exprimer les malaises de ce Mystère qui nous entoure.

Cette quête multiple, jamais achevée, prouverait la présence d’un mouvement que l’homme doit saisir pour atteindre le seuil où se tient « le vivant ». Tout est en devenir, tout est donc à découvrir, au-delà de ce temps aussi insaisissable que ce monde à trois dimensions.

Le livre de Robert Bréchon s’achève par « quelques renseignements sur quatre vingt années d’existence, sorte de guide qui permet au lecteur de comprendre le cheminement de « cet artiste cosmique » que nous sommes encore loin de cerner.

Il faudra, sans doute, plusieurs générations, avant que nous appréhendions l’oeuvre dans son ensemble. L’ouvrage de Robert Bréchon ouvre une brèche, admirable et terrible, offrant à notre regard stupéfait l’étendue de notre éternité, non aux confins des galaxies, mais bien à notre porte, dans la fuite innocente du contenu de notre sablier.

"... Il y a une solidarité des créatures
Contre les abus de pouvoir du créateur
Si j’étais Dieu, j’aurais pitié du cœur des hommes,
Et des bêtes"

(mesure de l’homme -Henri Michaux)

 

"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?
Que mes secondes sont lourdes ! Jamais je ne les aurais crues si lourdes. Instants éléphantiasiques.
Loin de tout, rien en vue et pourtant comme des bruits à travers un filtre.
J’entends des paroles ininterrompues, comme si sans cesse, on répétait : Labrador, Labrador, Labrador, Labrador,
Labrador, Labrador. Une poche me brasse. Pas de fond. Pas de porte, et moi comme un long boa égaré... Oh espace, espace abstrait (...) (...)
Fatigué de monter, vais-je descendre ? Mais je ne suis plus fatigué. Je ne sais plus rien de ce qui est de la fatigue. Je ne la connais plus.
Je suis grand. Je suis tout ce qu’il y a de plus grand. Le seul peut être tout à fait grand. Où sont les êtres ?..."

... ...

"Grand, j’aimerais aller vers plus grand encore, vers l’absolument grand. Je m’offre s’il existe. J’offre mon néant suspendu, ma soif jamais encore étanchée, ma soif jamais encore satisfaite. Tout convient : le lieu est vaste. Plus vaste. Plus de fermeture. Pas de témoins. Fais signe si tu existes, viens, me prenant comme insecte dans une couverture. Viens tout de suite. Ceux d’en bas tirent sur moi, cerf-volant dans le vent, cerf-volant qui ne peut résister, qui ne peut couper sa corde..."

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

angel 14/06/2007 00:36

monsieur saxhe que jattend le prohain article bisous

ROSE 10/06/2007 18:22

  J’ai pas beaucoup de temps aujourd’hui je te fais des gros bisous et te souhaite un très bonne fin d'après midi, A bientôt Biz ……………rose

audrey 10/06/2007 15:17

Un petit coucou des landes où quelques orages hier soir mais ceci n'a pas empéché la chaleur de revenir aujourd'hui un bon petit 35 degrés c'est trés lourd!!!!Je te souhaite un excellent dimanche et oui le week-end se termine bientôt snif semaine chargée!!!! un gros gros bisous du SUD OUEST!!!

~~ Kri ~~ 10/06/2007 08:35

Bon dimanche à toi!

christel/seuleaumonde 08/06/2007 19:47

ouf! enfin le week-end! bisous et bonne soirée, christel