La Loire et ses poètes
Amicalement
Armando
Ainsi vient de paraître, la Loire et ses poètes préfacé par André Bourin, homme de lettres et de coeur. Vers et prose, dans cet ouvrage magnifique, nous invitent à une longue rêverie où le lecteur croise les plus grandes plumes de notre littérature. Car, ne nous y trompons pas, la Loire est bien plus qu’un fleuve, fut-ce le plus long de notre beau pays de France, il est cet artiste insupportable et merveilleux qui, entre deux bancs de sable, vient vous parler au plus intime de votre être.
La Loire exerce son pouvoir de séduction depuis toujours, offrant aux voyageurs, une diversité incroyable, un caractère hors du commun qui lui fit refuser avec force et rage, ces murs de béton que l’on appelle barrage, sous le prétexte fallacieux d’apaiser, de contenir, d’aseptiser l’humeur de cette conquérante au coeur d’or !
Face à tant de beauté, de caractère, de dons et de douceur, nos grands artistes n’ont pu retenir leurs plumes. Ainsi Honoré de Balzac, Charles d’Orléans, Pierre de Ronsard, Joachim du Bellay, Gustave Flaubert, François René de Chateaubriand, Alfred de Vigny, Jean de La Fontaine pour ne citer que quelques noms au hasard des pages.
Le grand Victor Hugo rendant visite à son père nous gratifia de quelques pages à retenir. Plus près de nous, Paul fort, Julien Gracq, Jacques Lacarrière, et naturellement Maurice Genevoix dont l’oeuvre se trouve enchâssée dans ces paysages. Pour faciliter la confidence, tous ces hommes de lettres nous convient à leur table, le regard et l’âme emplis de cette respiration où le temps prolonge son existence !
J’avoue qu’il est impossible de résister à tant de joies qui sont autant d’invitations à découvrir ou redécouvrir les oeuvres de ces écrivains mais aussi de boucler sa valise et de se rendre sur place pour tutoyer la Loire.
Plus qu’un guide touristique, cette anthologie particulièrement originale vous entraînera au fil des pages, au rythme du courant, à la découverte des lieux qu’il vous tardera de connaître. Est-ce un « hasard » si en novembre 2000, l’Unesco inscrivait au patrimoine culturel de l’humanité, le Val de Loire et son fleuve indomptable et merveilleux ? Il ne me reste, cher lecteur, qu’à vous souhaiter « bon voyage » !
Maurice Bédel : "la Loire est un beau fleuve orgueilleux de soi-même, un peu paon paonnant, se prélassant et, quand il fait très chaud s’arrêtant presque dans sa marche par manière de bon ton. Nul barrage à sa molle fantaisie, nulle turbine à sa paresse. Il ne faut lui demander ni de fabriquer des électricités, ni d’animer des roues, des volants, des courroies. ‘La Loire ne sert à rien d’autre qu’à être belle’, disait un de mes amis finlandais à ses compatriotes étonnés : ces habitants d’un pays où les fleuves ne sont point des cours d’eau mais des forces motrices admettaient difficilement qu’une si grande rivière ne précipitât point ses eaux dans des usines hydroélectriques. Elle sert à être belle ; elle rappelle à l’homme qu’il a besoin de beauté plus que jamais en des temps où l’utilité l’emporte sur la fantaisie, le pratique sur le désinvolte. Il faut aller à la Loire comme à une eau de cure : on s’y guérit des atteintes de la vulgarité et de la grossièreté. Faites une cure de Loire, aimerait-on à conseiller aux surmenés de l’industrie et de la finance, aux fiévreux de la politique. Allez baigner votre jugement désaxé dans l’air tiède de cette harmonieuse vallée de France ; plongez vos mains brûlantes dans cette eau sans remous."
Eugène Bizeau : La lanterne de Rochecorbon
"Ce vieux phare aux yeux morts dominant sur la Loire
Guidait les grands bateaux chargés de lourds colis
Et les deux tonneaux ventrus taillés à la doloire,
Qui fleuraient bon le vin dont ils étaient remplis.Sa lumière avec peine éclairait l’ombre noire,
Ainsi qu’un ver luisant sans le brouillard des nuits,
Mais les fiers mariniers, qui savaient rire et boire,
Chantaient la torche en main pour chasser leurs ennuis.Ils chantaient plus encore en accostant la berge,
Où dansaient avec eux les filles de l’auberge,
Au pied d’un vert coteau planté de ceps tortus ;Et d’après un luron, conteur de balivernes,
Les dames de jadis ont risqué leur vertu...
Plus d’une fois, le soir, autour de la lanterne."