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  le blog anthologie

Souvenirs

5 Avril 2007 , Rédigé par gentle Publié dans #anthologie

Bonjour à toutes et à tous, j'espère que vous pourrez cette fois ci lire plus facilement l'article posté sur une grande poétesse russe, je vous remercie de l'effort que vous faite en continuant à me suivre chaque jours. Toutefois puis-je vous suggerer une petite astuce, si cela ne vous dérange pas, de mettre le texte en surbrillance afin d'avoir un meilleur confort visuel. J'ai conscience d'abuser de votre gentillesse et je vous en remercie par avance. Je vous laisse en compagnie de Marina et de sa prose en vous souhaitant une bonne lecture
Amicalement
 
Les Editions du Rocher nous proposent aujourd’hui Souvenirs de Marina Tsvétaïéva. Dans cet ouvrage la poétesse nous livre un carnet de croquis où les mots se métamorphosent en visages et en scènes inédites.
Marina Tsvétaïéva : Souvenirs - Anatolia
Marina Tsvétaïéva : Souvenirs - Anatolia
Editions du Rocher, EAN : 9782268057194, 22 €
Presque toute l’oeuvre de cette artiste, à part sa correspondance et ses cahiers, est poétique. Dans ce recueil, il s’agit de toute autre chose. Nous sommes en présence de textes en prose écrits au moment de l’émigration, qui nous parlent d’écrivains, d’artistes que Marina connaît ou a bien connus et qui sont demeurés en Russie.

Notre poétesse tente de retrouver ses racines amicales et artistiques par la magie du souvenir et le sang de l’écriture. Car l’exil ressemble à un coup de sabre qui tranche et rompt les amarres de ce quotidien, qui donnait de l’assise à la vie.

Dans la fuite, il y a aussi le spectre de la solitude, vent qui glace le silence et durcit l’isolement. C’est sans doute les raisons pour lesquelles Marina Tsvétaïéva comprit que cette séparation avec « sa Russie », mais également avec tous ses amis, était définitive et sans appel. Alors une sorte de panique l’envahit et pour conjurer le sort mais aussi pour ne pas sombrer dans la mélancolie, notre poétesse s’accroche au passé où sa jeunesse demeure intacte. Là, elle retrouve les lieux, les dates et même les voix, de toutes celles et de tous ceux qu’elle a dû quitter. Elle remonte le temps, sans doute, pour simplement tenter de survivre au naufrage de l’exil.

Sa plume devient le « Sésame » qui ouvre toutes les portes. Même loin de sa patrie, elle défend ses amis. Elle a toujours eu ce réflexe généreux et sans calcul. Les souvenirs sont toujours des moments revisités, c’est-à-dire idéalisés par la mémoire et immortalisés par la magie du verbe.

Mais comment éviter, avec l’espace-temps de cette passion toujours prête à jaillir du volcan du coeur, oui, comment éviter cette réécriture du passé : "la subjectivité est un péché qui donne du charme à ses écrits et les transforme en poésie" disait Vladislav Khodassevitch. Mais au fond, qu’importe la soi-disant « vérité ». N’existe-t-il pas autant de « vérités », c’est-à-dire d’interprétations que de témoins ? Laissons l’artiste s’exprimer comme elle l’entend, car elle n’a jamais eu le prétention de faire oeuvre de mémorialiste et il s’agit bien ici de ses souvenirs, donc d’un passé que le présent met en lumière et que l’artiste grave dans le marbre des jours.

Marina est et demeure Marina avec tout ce que cela comporte d’excès, mais aussi de réserves. Laissons nous prendre par la main, laissons-nous entraîner par cette prose alerte, émouvante et drôle. C’est à un face-à-face avec la vie, celle dont elle a rêvée, que nous convie Marina Tsvétaïéva. Ouvrons nos bras sans aucune arrière-pensée, acceptons de rencontrer Mandelstam, Vélochine, Brioussov, Balmont et tant d’autres.

Cet ouvrage nous permet d’entrer de plain-pied dans le jardin secret d’une des plus grandes poétesses du XXe siècle. Je ne peux, par conséquent, que recommander cette promenade au pays de la mémoire car elle ouvre une fenêtre qui donne directement sur le coeur vif et brûlant de Marina Tsvétaïéva ! Il s’agit bien, mes amis, d’un livre rare et c’est pourquoi, je vous invite chaleureusement à l’acquérir... Ce maître livre sera l’un des fleurons de votre bibliothèque et le fidèle compagnon de vos heures de lecture.

"Des nuages très bas, très bas, un soleil pâle ;
Potagers, cimetière - caché par un mur blanc ;
Tombés de leurs potences, des mannequins de paille
Sont allongées dessous, sur le sable, en rang.

Et je vois par-dessus les pieux de la barrière
Des soldats débraillés, des arbres, des chemins.
Saupoudrant de gros sel son pain noir, une vieille
Sur le pas de sa porte mâche et mâche sans fin.

Pourquoi te déchaîner sur ces pauvres chaumières,
Seigneur ! Et transpercer toutes ces poitrines, pourquoi ?
Sifflet de train, cris de soldats, flots de poussière,
Poussière sur la voie qui recule, s’en va...

Etre mort ! Mieux, n’être pas né, ne pas entendre
Ces braiments de bagnards, ses goualantes, ces pleurs
Sur leurs belles amies - noirs sourcils, yeux si tendres...
Ces soldats, comme ils chantent ! Ô mon Dieu, ô Seigneur !

" Alexandrov, le 3 juin 1916 : "ma mère mourut à l’âge que j’ai actuellement. Sauf ce qui concerne les désirs des autres, je la reconnais en moi en toute chose dans les mouvements de l’âme et des mains. Moi aussi je veux que ma fille soit poète et non artiste (ma mère voulait que je sois musicienne et non poète), moi aussi j’exige tout des miens et rien des autres, moi aussi... Si j’étais un livre, toutes les lignes coïncideraient. Je ne peux pas ne pas conclure par le dernier poème (tragique !) de mon cahier d’enfant. Un dessin : moi à mon bureau. Visage : une lune, main à la plume (d’oie) : plume, non, aile tout entière ! Menton atteignant tout juste le bord du bureau d’où dépassent, par contre, des jambes de cigogne prolongées par des chaussures à languettes, en chevreau (soyons réalistes !)".

Sous le dessin, la légende : Marina Tsvétaïéva compose.

"C’est la fin de mes chers poèmes
Je ne les recommencerai plus
Ne me les rappellerai plus
je les aime »

Vous n’avez jamais fait de mauvais vers ?
Si, bien sûr, mais tous mes mauvais vers datent d’avant
que j’aille à l’école.
Les mauvais vers, c’est comme la rougeole. Il vaut mieux _ s’en débarrasser dès l’enfance.
Cahiers vierges ! Une ode au cahier vierge ! Feuille
blanche, sans rien encore, avec - déjà - tout !

"

"Les Allemands ont le mot « scheu », souvent accompagné de l’épithète « heilige » (quelque chose comme la crainte révérencielle), cette intraduisible. Eh bien, cette « scheu » sacrée, je l’éprouve jusqu’à ce jour devant la page blanche. Malgré les dizaines de kilos de papiers noircis ? Oui. À chaque nouveau cahier, ça recommence. Qu’un cahier soit là, les vers suivront. Chaque cahier vierge est un reproche vivant, bien plus : une injonction. (« Moi, « j’existe », et toi ? »). Vous voulez de grandes œuvres ? Donnez de grands cahiers.

-  Ce n’est pas possible, personne n’a jamais eu la curiosité de savoir quelle était la forme de votre tête ? La tête, chez un poète, c’est le principal ! Et maintenant, parlons.

Et nous parlons - ce que j’écris, comment j’écris, ce que j’aime, comment j’aime - abandon complet à l’autre, examen, exploration, je ne quitte pas des yeux le visage et l’âme de l’autre - et quels yeux : blancs à force d’être pâles, aigus à faire mal (c’est ainsi que les larmes vous viennent quand vous regardez une lumière intense, mais ici, c’est la lumière qui vous regarde), ce ne sont pas des yeux mais des vrilles, des yeux réellement clairvoyants. Parce qu’ils ne sont pas grands, ils sont davantage « voyants » - et vus. Extérieurement : deux gouttes d’eau de mer ; dedans, deux brûlures : les pupilles ; derrière, du feu - non, pas du feu, des éclaboussures comme celles qui restent sur les mains quand, dans le jardin de Volochine, la nuit, on court en criant : « Venez vite ! Venez vite ! La mer brille ! » Ce ne sont pas deux gouttes d’eau de mer, mais deux étincelles de vivant phosphore marin, deux gouttes d’eau vivante.

Surveillée par ces yeux-là, la sauvageonne que je suis alors s’ensauvage encore plus : je ne me tais pas, je ne tais rien : - je dis le plus intime, j’en dis trop : je parle de Napoléon que j’aime depuis l’enfance, du Napoléon II (l’Aiglon de Rostand), de Sarah Bernhardt pour qui je me suis enfuie à Paris l’an dernier, que je n’y ai pas trouvée, et pourtant, là-bas, je n’ai vu qu’elle : de ce Paris-là - avec des N majuscule partout - des N sur les frontons des bâtiments -« son » Paris, « mon » Paris. Lèvres souriantes mais regard perçant, il écoute ; de loin en loin, lorsque je reprends mon souffle, il glisse un mot : Et Baudelaire, vous ne l’avez jamais aimé ? et Arthur Rimbaud, vous connaissez ?

je connais, je n’ai pas aimé, je n’aimerai jamais, je n’aime que Rostand et Napoléon Ier et Napoléon II - quel malheur que je ne sois pas un homme et que je n’aie pas vécu à la bonne époque pour aller à Sainte-Hélène avec le premier et à Schönbrunn avec le Deux !"

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B
tragique existence de cette femme qui vouait un étrange culte à Bonaparte ...elle se suicida par pendaison à 49 ans  !!!<br /> fallait t'il qu'elle soit désespérée !!<br />  
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J
Je connais un peu cette poétesse, que j'admireAmitiés
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A
de toute façon on arrive a lire en surbrillant ou alors tu fait tout en citation je te ferai un modele donne moi juste l autorisation bisous a toi
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