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  le blog anthologie

Beranrd SIMEONE

3 Mai 2007 , Rédigé par gentle Publié dans #anthologie

Une nouveauté toujours grâce à la collaboration de jubelle, anthologie vous présente Bernard SIMEONE, quelqu'un je découvre trop tard mais dont les écrits resteront à jamais gravés dans le cœur de ceux qui l'ont connu. Un amoureux de la langue et des belles lettres, la littérature n'a pas de frontière elle n'est l'apanage d’aucun  pays, ni espace ni temps, elle est libre et intemporelle elle va où elle veut au gré de ses humeurs et de ses envies elle choisie les êtres (homme comme femme elle n’est pas sexiste) selon ces critères mais on n’est jamais déçus de ses choix sont toujours remarquables : Voilà juste un extrait tiré de « cavatine »Personnellement j’aime le style, cette manière d’écrire qui nous transporte aussitôt dans l’univers de l’écrivain on n’est  pris dans un tourbillon de mot et on se laisse prendre par la lecture comme envoûtait, presque hypnotisait par la puissance créatrice de l’auteur. Je vous laisse enfin savourer dans la quiétude c’est quelques phrases prisent au hasard… mais existe il vraiment ?

« Le treizième quatuor serait, croyait-il, son dernier. Une suite de danses, populaires ou savantes, détournées de leur but, déchiquetées, prétexte à jeux cruels et courses d’ombres. Une constellation en miettes. Ironique, effaré, lui, le grand sourd, a pris ainsi la mesure du chaos. »

Ou encore, là on entend la musique résonné à nos oreilles :

« Cette nuit, dans le garage, le mouvement lent de son quatuor, la cavatine, cavare, creuser, où certains ne voient que musique assourdie, presque sans grâce, semble écrit par l’espace lui-même qui s’incurve. Là l’écoute, qu’à Comacchio je croyais inaudible, peut s’entendre. Là je voudrais être, demeurer. Pas innocent, pas irréel, pas la proie d’une illusion : juste, au juste niveau. Quand la densité n’a pas besoin de preuve. »



 

Bernard Simeone


Né en 1957 à Lyon, Rhône. Décédé en 2001
Vivait dans le Rhône

roman, nouvelle, poésie, récit, essai

Après des études de médecine dans sa ville natale et d'histoire de l'art à Paris, Bernard Simeone se consacre entièrement à l'écriture, à la traduction et à la critique littéraire depuis 1983. En 1987, il a créé avec Philippe Renard la collection de littérature italienne "Terra d'altri" des éditions Verdier. Parallèlement à son œuvre personnelle, qui comprend des recueils poétiques, des nouvelles, des récits et des textes critiques, il a traduit une cinquantaine d'ouvrages italiens de prose et de poésie.
Critique à "La Quinzaine littéraire" et à "L'Indice" (Turin), il collabore à de nombreuses revues en France (La "NRF", "Les Temps modernes","Le Bulletin de la Lettre internationale", "Europe") et à l'étranger (Belgique, Canada, Italie, Suisse, etc.). Il a été traduit en italien, roumain, bulgare, anglais, espagnol et danois.
Il conçoit les divers aspects de son travail comme complémentaires, attaché toutefois à la rigueur formelle de chacun d'entre eux. Le rapport au génie des lieux est fondateur de sa poésie comme de ses proses, et le dialogue entre les langues occupe dans sa création une place importante. Écrivant en français (parfois en italien), il se considère comme un auteur de culture italienne (sur les plans artistique et littéraire) et allemande (sur les plans littéraire et musical). B.S., rédigé en 1999.






 

L’adieu de Bernard Simeone

 

     Il ne savait pas, malgré le cancer qui le maltraitait et dont il espérait sortir, que ce livre, écrit à l’âge de quarante-deux ans, serait son dernier. Bernard Simeone mariait avec bonheur deux carrières, solidement arrimées l’une à l’autre par un savant amour de la langue italienne : une carrière de traducteur, de passeur transfrontalier d’écrivains1, grâce à laquelle il a introduit dans notre langue entre autres Franco Buffoni, Valerio Magrelli, Gesualdo Bufalino, Cesare Viviani, et une carrière d’écrivain, dans laquelle le fascinant récit titré Cavatine tient la place de dernier et de plus haut moment. Jamais l’art de Simeone n’est allé aussi loin dans l’exploration littéraire de la mémoire ; on devine bien ce que ces pages ont dû lui coûter à écrire, la peau de l’âme. Mais on le savait déjà : cet auteur était un écrivain singulier dont le timbre de phrase se reconnaît entre mille.
     Le lecteur ouvre la première page du livre comme on pousse la porte d’un mystérieux cabinet, sans savoir qu’il va être, au sens premier, ravi : rapté et enchanté par ravissement. Il pénètre dans un livre d’envoûtement, qui approche page après page les lisières de la folie, où, sous le signe de la ville de Turin, se développent et s’entrelacent, ainsi que dans une composition musicale, les thèmes de la mémoire, de l’amour et de la mort. La musique d’ailleurs accompagne tous ces thèmes : tantôt elle reste au second plan, comme entendue de loin, tantôt elle surgit au premier plan, s’imposant, devenant alors un personnage central. Une trame permet à Bernard Simeone de filer son récit : un critique musical, le narrateur, s’enferme dans un garage de tôle de la banlieue lyonnaise, à deux pas du périphérique, des cités inhumaines et des vies délabrées, pour écouter d’affilée l’Intégrale des quatuors à corde « du grand sourd », Beethoven. Seize quatuors, et la grande fugue, qui peut passer pour le dix-septième. Cette écoute va aspirer sa mémoire dans une sorte de trou noir, basculement dans un univers où le passé vient occuper le présent, s’y installer comme en sa demeure, et torturer la conscience de questions insolubles.
     Les quatuors, tout de même que s’ils posséderaient le pouvoir de susciter des spectres, ramènent dans le présent une autre vie : « Ma vie de Turin, voilà vingt ans, était une autre vie ». Un à un les quatuors donnent le ton des paragraphes du livre, accompagnant les méandres de l’amour, de la solitude, et de la mort, ils sont, ces quatuors, un véritable charme sorcier qui aspire le passé, lequel cependant ne pouvant être maîtrisé, dompté, va submerger l’esprit du narrateur. La ville et la femme se confondent : pour le suggérer, la prose de Simeone se fait poésie, prose/poésie de la ville, des rues, des places, des maisons, des dealers, des hôtels, de l’hôtel où s’est tué Pavese, prose/poésie de Turin, de l’âme de Turin. Qui, au fond, habite le narrateur ? Qu’est-ce qui le hante ? Quels sont ces fantômes qui, à la faveur des quatuors du « grand sourd » joués par Richter, s’agitent au fond de lui ? La femme, ou Turin ? Ou autre chose, la mort peut-être ? La femme et la ville au gré des pages semblent ne faire qu’un, pouvoir s’échanger l’une contre l’autre, pouvoir passer l’une dans l’autre.
     « La mort viendra et elle aura tes yeux », écrivit Cesare Pavese. Le souvenir de Pavese, de ses turinoises déambulations, de la façon dont il mit fin à ses jours, du lieu où il décida de passer de l’autre côté, rôde dans la mémoire du narrateur, aux côtés de la ville et de la femme ; son évocation est attachée à la topographie de Turin – qui est aussi la topographie d’un amour perdu, noire carte du Tendre et de Thanatos –, à laquelle se livre ce singulier musicologue. La mort de Pavese : « Lui, dans sa chambre de l’hôtel Roma, piazza Carlo Felice, le 27 août 1950, ne s’est plus contenté d’une traversée prétendue. » Existe-t-il un rapport entre la mort de Pavese, et celle de la femme aimée ? Certains êtres cherchent dans la mort un passage, une « traversée ». Le trajet entre la mort de Pavese, et celle de la femme, deux traversées, s’impose : « Comme pour elle dans les collines, à son corps défendant, alors que depuis dix ans elle courtisait dans l’héroïne un autre passage. Courir toutes les fugues possibles, de la plus sereine à la plus destructrice, et mourir dans ce que le rapport de police nomma choc frontal, comment ne pas y voir une logique absurde ?»
     « Choc frontal » martèlent les autorités, la voiture contre le camion dans un virage des collines – accident, suicide déguisé dû à la drogue, autre chose, comment savoir ? Le narrateur n’a pas assisté à la mort, la femme et lui étaient séparés depuis des années. C’est une mort absente, impossible à cerner, une mort absente à laquelle il ne cesse de penser pourtant, obstinément présente par cette absence. La mort est venue au narrateur, sans le tuer, elle est venue se lover en lui, la mémoire ayant été son véhicule : la mort est venue, et elle a les yeux de la femme jadis aimée. C’est la musique qui, réveillant la mémoire, hallucinant la conscience, révèle les yeux de la mort.
     Le titre du livre nous avait prévenus : Cavatine, c’est-à-dire, courte pièce vocale, devenu sous la plume de cet écrivain, court récit musical. D’une étrange beauté, parcouru par une magie funèbre et musicale, le texte de Bernard Simeone est à lire et à écouter d’un même geste : lire comme un livre, écouter comme une suite de quatuors à cordes, écouter ce qu’on lit, lire ce qu’on écoute.
     La mort et la musique. Comment la mort vient-elle ? est une question qui traverse Cavatine. Sinistre passage du narrateur à l’auteur, du livre à l’existence : aujourd’hui, au plus brûlant de cet été 2001, la mort est venue à l’auteur, et elle avait les yeux de la maladie. Musique : le dernier article paru du vivant de Simeone, quelques jours avant son trépas, aura été composé dans l’entrelacement des thèmes de la musique et de la mort, et ce dans Les Temps Modernes : « Devenir musique. Fantaisie autour de La mort d’Anton Webern de Gert Jonke 2 ».

     1. Bernard Simeone, Lecteur de frontière, Vénissieux, Éditions Paroles d’Aube, 1998.
     2. Les Temps Modernes, n° 613, mars-avril-mai 2001.

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petit coucou vite fait car le retard s'accumule pour les visites avec cette V2, après une journée bien occupée avec la V2, je suis crévée de chercher mes repères  dans cette nouvelle version, A petit pas j'avance, j'ai réussi à faire et à modifier mon premier article. Pas facile sans mode d'emploi, mais je vais m'habituer.<br /> passes un bon week end, sous des bigs bisous
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cette confrérie de poète est immense, tu as de quoi nous faire découvrir les nouveaux poètes inconnus pour moi<br /> Je viens de passer en V2 et je recherche pour l'intant mes repères, donc un peu moins présente sur les blog amisbonne journée et bisous toujours ensoleillés.<br />
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B
Continue !!!! Merci pour tes mots et a très bientôtBonne journée à toi
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F
Moi qui ai perdu énormément de membres de ma famille en très peu de temps ... je suis trés interpellée par la mort ! Je suis touchée de découvrir cette personne dont le nom ne me disait rien du tout ! Merci à toi bisous
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