Marie-Thérèse de France

Publié le par gentle13

Marie-Thérèse Charlotte de France1, surnommée « Madame Royale », née le 19 décembre 1778 à Versailles et morte le 19 octobre 1851 à Frohsdorf en Autriche, est le premier enfant de Louis XVI et Marie-Antoinette. Après une enfance passée à la Cour, elle est la seule des enfants royaux à survivre à la Révolution française. Condamnée par les insurgés puis réduite à l’exil, Marie-Thérèse Charlotte, devenue Dauphine de France en 1824, puis une éphémère reine de France lors des journées de 1830, reste attachée à la monarchie jusqu’à la fin de sa vie2. C'est en exil sous le titre de courtoisie de « comtesse de Marnes3 » qu'elle décède le 19 octobre 1851 à Frohsdorf en Autriche.

Scrutée une bonne partie de sa vie aussi bien par ses admirateurs que par ses détracteurs, rendant compte de ses faits et gestes quotidiens pour mieux la réinventer, Madame Royale devient bien malgré elle l’héroïne de chansons, de poèmes, de récits au goût du jour voire d'insultes4. C'est ainsi qu'on la lia pendant longtemps à l'énigme de la Comtesse des Ténèbres5. Aujourd'hui, les analyses ADN ont démontré qu'il ne pouvait cependant y avoir identité de personnes entre la Comtesse des Ténèbres et la duchesse d'Angoulême6.

Ayant profondément marqué les esprits de son époque, Chateaubriand a écrit de Madame Royale : « Ses souffrances sont montées si haut qu’elles sont devenues une des gloires de la France »6. De même, la duchesse de Dino, non sans lucidité affirmait : « Jamais une femme dans l’histoire ne fut plus poursuivie par le malheur »

Naissance et baptême à Versailles : « Mousseline la sérieuse »

« Mousseline la sérieuse », 4 ans par Alexandre Kucharski, 1782.

Marie Thérèse Charlotte de France est appelée « Madame » ou « Madame Royale », sa mère l’appelant toutefois par le surnom de « Mousseline la Sérieuse »9. Elle est le premier enfant de Louis XVI et de Marie-Antoinette, né après plus de huit ans de mariage.

Sa naissance est attendue et saluée par le peuple français, et l'on entonne des Te Deum dans toutes les églises du royaume pour la célébrer10. Sa naissance paraît cependant suspecte, le couple royal n'arrivant pas à procréer depuis plusieurs années, ce qui fait naître la rumeur de bâtardise de l'enfant, la paternité de la princesse étant attribuée au comte d’Artois ou au duc de Coigny11.

Marie-Thérèse est baptisée le 19 décembre 1778, jour de sa naissance, dans la chapelle du château de Versailles par le cardinal-évêque de Strasbourg Louis de Rohan, grand aumônier de France, en présence d’Honoré Nicolas Brocquevielle, curé de l’église Notre-Dame de Versailles : son parrain est un cousin de son père, le roi Charles III d’Espagne, représenté par Louis Stanislas Xavier de France, comte de Provence, et premier dans l'ordre de succession. Sa marraine est sa grand-mère maternelle, l’impératrice-douairière Marie-Thérèse, représentée par la comtesse de Provence12.

La princesse royale Marie-Thérèse-Charlotte, couramment appelée par son troisième prénom, connut une enfance de fille de France dans une cour de Versailles unique en son genre. De nombreux écrits, notamment les mémoires de la baronne d’Oberkirch, témoignent du caractère orgueilleux de la jeune princesse, que Marie-Antoinette se souciait beaucoup de corriger.

  • 1778 à Versailles, naissance de la petite Marie-Thérèse Charlotte de France (Esquisse vers 1778)

  • 1784, Madame Royale, 6 ans (Adolf Ulrik Wertmüller)

  • « Madame Royale », et son frère le Dauphin Louis Joseph Xavier François (Élisabeth Vigée-Le Brun)

  • Madame Royale, ses frères et sa mère, Marie-Antoinette en 1787 (Élisabeth Vigée-Le Brun)

  • Les Cent-Jours : « le seul homme de la famille des Bourbons »

    Marie Thérèse et son frère Louis Charles, au Temple de l'Amour vers 1789 (Ludwig Guttenbrunn)

    « L'Héroïne de Bordeaux » immortalisée par Antoine-Jean Gros, 1819, Musée des Beaux-arts de Bordeaux.

    Les Cent-Jours marquent à la fois l’apogée de l’image de la duchesse d’Angoulême et l’échec définitif du projet de Louis XVIII qui voulait rassembler les Français autour de sa nièce.

    L’annonce du retour de Napoléon surprend Madame et son mari à Bordeaux, où ils célébraient l’anniversaire du passage de la ville aux Bourbons. Tandis que le roi s’est réfugié en terre étrangère, à Gand et que le duc d’Angoulême doit partir pour Toulouse, Madame Royale est chargée par le roi de défendre Bordeaux, ville qui lui est tout acquise, à l’exception notable de la garnison. À l’approche du général Clauzel, aux ordres de l’Empereur, et malgré le courage de la princesse qui vient haranguer seule les soldats, ces derniers trahissent la cause des Bourbons et passent à l’ennemi. La duchesse d’Angoulême est alors obligée de partir pour l’Angleterre où elle négocie l’achat d’armes pour la Vendée et s’efforce d’organiser les royalistes de l’ouest de la France, sollicitant jusqu'à l'Espagne à venir les soutenir.

    Napoléon, admiratif, dit d’elle qu’elle était « le seul homme de la famille des Bourbons »13.

    Cette action lui vaut un redoublement d’adoration de la part des royalistes : elle devient « l’Héroïne de Bordeaux », qui rallie les royalistes fidèles autour de son « panache » en fière héritière de Henri IV. Seule de sa famille à avoir résisté à « l’usurpateur », elle en est le joyau et le personnage le plus important, en particulier aux dépens du roi. Son héroïsme est relaté dans des chansons ou des sortes de poèmes épiques qui font d’elle une déesse sage et guerrière qui a sauvé la France.

    Mais, de manière parallèle, ce regain de popularité chez les royalistes entraîne une grande animosité chez les bonapartistes et les libéraux. Elle est traitée en furie, rendue responsable de tous les excès de la Restauration. Sa dévotion est particulièrement brocardée et transformée en fanatisme. Mais ce qu’on lui reproche avant tout, c’est son rôle contre nature de chef de guerre : ce n’est pas la place d’une femme.

    À l’issue des Cent-Jours, l’image de la duchesse d’Angoulême change peu à peu. Les calomnies et les caricatures ont fait leur effet et restent gravées dans les mémoires. Par ailleurs, l’image de « l’Héroïne de Bordeaux » pose problème : cette héroïne est une héroïne de guerre civile, qui ne peut donc plus prôner la réconciliation, et son courage s’oppose par trop à la lâcheté du roi qui s’est enfui de Paris. Ce n’est donc pas le pouvoir royal qui s’empare de cette image, mais l’ultraroyalisme, qui fait à présent de Madame son étendard.

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